Le dernier village chrétien de Palestine, connu dans la Bible sous le nom d’Ephraïm, ciblé par des attaques de colons israéliens


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Le dernier village chrétien de Palestine, connu dans la Bible sous le nom d’Ephraïm, ciblé par des attaques de colons israéliens
L'église Saint-Georges à Taybeh, sauvée des flammes par ses habitants. © Nabd ElHaya / Facebook
Par Clément Laloyaux
Journaliste de CathoBel
Publié le
5 min

À Taybeh, localité chrétienne de Cisjordanie, une église du Ve siècle a échappé de peu à un incendie criminel. Face aux attaques répétées de colons israéliens, les trois prêtres du village en appellent à la communauté internationale.

Le village chrétien de Taybeh est enraciné depuis deux millénaires en Terre sainte. L'Evangile de Jean y fait référence, sous son ancien nom : Ephraïm. Rappelez-vous, c'est là que Jésus se réfugia avant d'entrer dans sa Passion (Jean 11:54).

Situé en Cisjordanie, à l’est de Ramallah, Taybeh est désormais le dernier village chrétien de Palestine. Ses habitants vivent en harmonie avec les populations musulmanes des villages avoisinants.

Malheureusement, le village est régulièrement la cible de provocations et violences de la part de colons israéliens. Un grave incident, survenu début de cette semaine, a conduit les prêtres des Églises locales à tirer la sonnette d’alarme et à lancer un appel à l’aide.

Un incendie déclenché aux abords de l'église byzantine Saint-Georges

Ce lundi 7 juillet 2025, un groupe de colons israéliens a bouté le feu à un terrain situé à proximité du cimetière chrétien de Taybeh. Les flammes se sont rapidement propagées en direction de l’église Saint-Georges, datant du Ve siècle, l’un des plus anciens édifices religieux de Palestine. Ce n’est que grâce à l’intervention rapide des habitants et des pompiers qu’une catastrophe a pu être évitée, sauvant in extremis l'église byzantine.

L'incendie provoqué par les colons est arrivé au pied de l'abside de l'église Saint-Georges le Khader, à Taybeh. © Collectif de Taybeh / www.terresainte.net

Les trois prêtres du village en appellent à la communauté internationale

L'incendie s’inscrit dans une série d’actes, de harcèlement et de provocations documentés depuis plusieurs mois : intrusion de colons dans des propriétés agricoles, saccage de plantations, tirs en l’air, construction illégale d’avant-postes... Fin juin, une maison à l'entrée du village a même été attaquée.

Mais la gravité du dernier incident en date marque un tournant : le père Bashar Fawadleh, curé de la paroisse latine du Christ-Rédempteur à Taybeh depuis quatre ans, confie n’avoir jamais rien vécu de pareil.

L'incendie, désormais sous contrôle, a poussé les trois prêtres des Églises de Taybeh, latine, grecque-catholique melkite et grecque-orthodoxe, à lancer un appel à l'aide à l'international. Ce mardi, ils ont publié une déclaration commune dans la presse arabe :

"En tant que prêtres, nous avons une responsabilité pastorale et morale envers notre communauté. Nous ne pouvons rester silencieux face à ces attaques incessantes qui menacent notre existence même sur cette terre."

Les oliviers, véritable pilier de l’économie locale, sont systématiquement endommagés

"Désormais, les terres situées à l’est du village sont attaquées en permanence", témoigne le père Bashar, expliquant que, chaque matin, des colons viennent faire paître leurs troupeaux de vaches sur les terrains familiaux, ravageant les cultures et bloquant l’accès aux terres à leurs propriétaires. "Les colons, souvent armés, ne touchent pas aux membre de la famille, mais leur présence endommage les oliviers", ce qui n’est pas sans conséquence pour l’économie locale qui repose en grande partie sur la production d’huile d’olive, qui a une certaine notoriété. Le prêtre craint le pire pour la récolte de cette année.

Les vaches seraient effectivement devenues un "nouvel outil de colonisation" dans "un nombre grandissant" de villages en Cisjordanie, confirme Terre Sainte magazine, la revue de la Custodie. "Ils viennent sur les terres d’un village avec un troupeau, leur raconte un villageois. Personne ne leur dit rien [ils sont systématiquement armé NDLR]. Et de jour en jour ils approchent plus près. Ils font ça de façon répétitive, puis un jour ils labourent la terre et affirment « C’est à nous ! »." Parmi les colons, figurent des adolescents.

Taybeh est la dernière localité entièrement chrétienne de Cisjordanie. Ses quelque 1 300 habitants vivent principalement de l’agriculture, notamment de la culture de l’olivier, ainsi que de petites industries familiales. © Ralf Lotys (Sicherlich), CC BY 3.0

Un climat d'effroi qui pousse la communauté chrétienne à bout

Dans leur déclaration commune, les trois prêtres de Taybeh dénoncent "une série dangereuse d’attaques systématiques" commises en toute impunité car, insiste le père Bashar Fawadleh à Vatican News, "personne ne contrôle les colons", ni le gouvernement israélien, ni les militaires israéliens qui occupent la Cisjordanie, ni les équipes israéliennes sensées "coordonner la vie civile" avec l’Autorité palestinienne. "On les a appelés et ils nous ont dit qu’ils voulaient faire quelque chose pour nous. Mais jusqu’à maintenant, ils n’ont rien fait", déplore-t-il.

Les prêtres dénoncent un "silence officiel qui accentue le sentiment de danger et d’absence de protection". Les enfants de Taybeh vivraient aujourd’hui dans un climat d’"effroi" tel qu’ils se mettent à pleurer dès qu’ils entendent le nom d’un colon, rapporte le curé de l’église du Christ-Rédempteur. "La peur est devenue constante".

L’inquiétude prévaut pour Taybeh mais aussi pour les quatorze villages alentours. "La semaine dernière, quatre personnes, des jeunes palestiniens, y ont été tués dans des attaques de colons et des tirs de militaires israéliens", explique le père Bashar.

En conclusion de leur lettre, les trois prêtres du village demandent une enquête "immédiate et transparente" sur les attaques, ainsi que la visite de délégations internationales et religieuses sur le terrain pour "documenter les dégâts". Ils gardent espoir :

"Nous demeurons dans notre foi et notre espérance. La vérité et la justice triompheront, c’est une certitude."

Une réaction politique remarquée en France

L’appel des prêtres a trouvé écho en France, où un certain... Jean-Luc Mélenchon a relayé sur X leur demande de "protection urgente contre les agressions répétées des colons israéliens". Le fondateur de la France Insoumise, ardent promoteur de la cause palestinienne, a également dénoncé un "fanatisme antichrétien endémique des amis de Netanyahu" qui doit cesser. Une réaction qui peut interroger : compassion sincère ou posture politique ?

Du côté israélien, les autorités ne réagissent pas officiellement à ces accusations. L’armée affirme de manière générale "garantir la sécurité de tous les citoyens" explique Terre Sainte magazine, mais dans les faits aucune mesure concrète n’a été prise pour protéger Taybeh.

Clément LALOYAUX (avec cath.ch, Terre Sainte Mag et Vatican News)


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