Voici les attentes d’Alphonse Borras pour le nouveau pontificat: « Un pape qui prend au sérieux les questions de nos contemporains »  (6/7)


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Voici les attentes d’Alphonse Borras pour le nouveau pontificat: « Un pape qui prend au sérieux les questions de nos contemporains »  (6/7)
Par Vincent Delcorps
Publié le - Modifié le
5 min

Juste avant l'élection de Léon XIV, nous avons interrogé plusieurs chrétiens de Belgique, observateurs attentifs de la vie de l'Eglise. Qu'attendent-ils du nouveau pontificat ? Aujourd'hui, c'est Alphonse Borras qui répond à la question. Professeur émérite de droit canon, il est aussi l'ancien vicaire général du diocèse de Liège.

À juger des réactions telles que je les ai vues, plus à l’étranger qu’en Belgique, la première chose c’est qu’il faut que ce soit un pape qui « spontanément » respire l’Évangile, au langage simple, clair, direct, sans decorum… Un pape souriant, humain dans ses relations. Au-delà, le pape devra être attaché au Christ et faire part de la joie que cette adhésion de foi lui procure, tout simplement dans ses relations interpersonnelles, l’analyse des situations, le discernement pour la mission, la prise des décisions, la gouvernance habituelle, etc.

"Un pape à hauteur d'homme"

Un pape qui a « du coeur », non pas impassible ni en surplomb, mais « à hauteur d’homme », qui prend au sérieux les questions que se posent nos contemporains face à l’existence, à la vie et à la mort sans trop vite dire ce qui est permis ou interdit, mais comprenant aussi la part de tragique de notre vie humaine, individuelle et collective. Pas besoin d’un pape « bisounours »… mais je crois que le danger n’est pas là. Un pape qui accueille, écoute, dialogue, se concerte, implique dans le discernement, associe aux prises de décision; un pape qui soutient et accompagne… Un pape qui évitera la langue de bui/bois, le double langage typique des milieux ecclésiastiques (mais pas seulement), la dissimulation, etc.

Un pape qui continuera avec résolution à lutter contre les abus de tous genres dans les milieux ecclésiastiques, transgressions sexuelles sur mineurs ou personnes vulnérables, abus de conscience résultant d’abus de pouvoir et d’autorité, abus financiers de tous genres même quand c’est pour le « bien de l’Eglise » (et pas l’enrichissement personnel), etc. Corrélativement, j’’espère qu’il incitera à aborder les questions délicates de l’affectivité et de la sexualité des clercs, les conséquences dans l’appel au ministère, les problèmes sinon les drames personnels en ce domaine, etc. 

Assumer le tournant synodal

Un pape qui assumera le tournant synodal opéré par le pape François et qui n’est en définitive rien d’autre que la réception/appropriation de Vatican II tant dans la centralité de la Parole de Dieu annoncée, célébrée et attestée et le témoignage évangélique qu’elle suscite que dans sa vision de l’Eglise (ecclésiologie) et dans les pratiques ecclésiales, le respect et la PROTECTION de l’égalité et de la dignité des baptisés. Il devra clairement manifester la préférence qu’ont les pauvres dans le coeur de Dieu et interpeller les communautés ecclésiales sur leur tonus évangélique et leur zèle missionnaire, non pas dans un sens nostalgique de reconquista mais dans la volonté de faire part de la joie de l’Évangile. Cela signifie dans nos diocèses lutter contre la lassitude de bon nombre rêvant (encore) d’une présence institutionnelle forte et incisive de l’Église comme jadis en ces temps révolus de chrétienté, celui du catholicisme culturel dans notre pays.

Le rayonnement international

Un pape qui pourra soutenir et développer un rayonnement du Saint-Siège sur le plan géopolitique, pour la paix mondiale, la concorde entre les peuples, la protection des minorités et l’accueil et l’insertion des migrants, etc. Comme François, surtout dans le contexte global actuel, il devra continuer à lutter contre le populisme, éclairer et former les consciences en fonction du bien commun et de l’intérêt général, encourager à l’engagement politique des citoyens et contribuer à ce que les catholiques s’impliquent dans l’humanisation de nos sociétés, une Église « en sortie », en dehors de nos conventicules... 

Assumer la diversité

Un pape suffisamment serein pour assumer les tensions inévitables dans l’Église, les conflits de tous genres qui blessent son unité, la diversité des sensibilités… Un pape qui assumera la « diversité catholique », expression tautologique qui honore la diversité en assumant les particularités qui la composent et lui donnent son éclat. C’est un pape qui, en vertu même de son ministère de garant de l’unité des Église, sera tout autant porté à promouvoir les particularités légitimes. Un pape qui, de ce fait, aura le courage d’aborder les questions qui fâchent quant aux choix que les Eglises locales devront faire sans tarder, comme par exemple appeler au ministère des hommes mariés, mettre un terme à l’importation de prêtres étrangers en ouvrant un véritable dialogue avec leurs Eglises d’origine, elles-mêmes sous pression (népotisme, tribalisme, déviances, excès, etc. qui favorisent le départ de ces prêtres, sans oublier la dépendance économique des ces « jeunes » Eglises).

Sans nostalgie du passé

Pour la Belgique, n’oublions que c’est d’abord et avant tout de la responsabilité première des évêques diocésains d’assumer un gouvernement ecclésial sans nostalgie du passé (au-delà du catholicisme culturel que beaucoup de fidèles affectionnent quand même parce que cela les rassure), cela signifie cesser de dissimuler le délitement du réseau paroissial en important des étrangers (qui viennent déjà à un certain âge pour se faire soigner!!!), entreprendre de concert avec les pouvoirs publics la réforme des fabrique, avoir le courage de revoir la formation des séminaristes, stimuler les communautés paroissiales et autres à être ouvertes et accueillantes, etc. Je crois aussi qu’il se doivent d'accompagner une véritable formation liturgique pour que les assemblées dominicales soient belles, ferventes, priantes ouvrant le coeur des fidèles à la présente du Ressuscité et les disposant à témoigner de l’Evangile dans la force de son Esprit. Cela signifie une formation liturgique sérieuse au-delà ou à l’encontre des tendances en cours « à la base » dans les séminaires, à savoir celles d'une liturgie rubriciste et formelle.

"Le courage de croire"

Je crois que, aussi bien pour l’évêque de Rome que pour les évêques diocésains de l’Église catholique en Belgique (de grâce évitons de parler d’Eglise de Belgique, car elle n’est pas celle d’un Etat confessionnel et ne peut prétendre à l’exclusivité vu la présence des autres Eglises et confessions), la qualité première devrait être le « courage de croire » dans toutes ses conséquences, notamment institutionnelles, sans nostalgie, simplement « faire signe » (et non plus prétendre à faire nombre et, corrélativement, à s’essouffler à montrer que l’on est encore nombreux et qu’on a(aurait) quelqu’incidence dans la vie sociale…).

Catégorie : Eglise Belgique

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