Peut-on réinterpréter la Révélation divine en fonction des changements culturels et anthropologiques en cours ? La pratique répandue de bénir les unions de personnes de même sexe est-elle en accord avec le Magistère ? A ces deux questions et trois autres posées par des Cardinaux, le pape François apporte des éléments d'éclaircissements.

Le Pape François a répondu à cinq questions, des «dubia» ou «doutes» en latin, qui lui ont été adressées en juillet dernier. Les questions rédigées en italien viennent des cardinaux Walter Brandmüller [Allemagne] et Raymond Leo Burke [Etats-Unis], avec le soutien de trois autres cardinaux, Juan Sandoval Íñiguez [Mexique], Robert Sarah [Guinée] et Joseph Zen Ze-kiun [Hong-Kong].
Les questions des cardinaux, en italien, et les réponses du Pape, en espagnol, ont été publiées en ce mois d'octobre sur le site du Dicastère pour la Doctrine de la Foi. François commence ses réponses par cet avertissement: "Bien qu'il ne me semble pas toujours prudent de répondre aux questions qui me sont directement adressées, et qu'il me serait impossible de répondre à toutes, dans le cas présent, j'ai jugé opportun de le faire en raison de la proximité du Synode."
Peut-on réinterpréter la Révélation divine ?
A cette question posée par les cardinaux, le pape souligne et nuance: "La réponse dépend du sens que l'on attribue au mot «réinterpréter». S'il est compris comme «mieux interpréter», l'expression est valable. [...] Par conséquent, s'il est vrai que la Révélation divine est immuable et toujours contraignante, l'Église doit être humble et reconnaître qu'elle n'épuise jamais son insondable richesse et qu'elle a besoin de grandir dans sa compréhension."
Dans la suite de sa réponse, France aborde quelques exemples tels que l'esclavage toléré par le pape Nicolas V, qui est pourtant en contradiction avec la dignité inaliénable de la personne humaine. Le pape reconnaît: "tant les textes de l'Écriture que les témoignages de la Tradition ont besoin d'une interprétation qui permette de distinguer leur substance pérenne du conditionnement culturel."
Sur les bénédictions de couples de même sexe
Les cardinaux interrogent le pape: "l'Église peut-elle déroger à ce «commencement»[que représente la Création de l'homme et la femme différents] en le considérant comme un simple idéal, et en acceptant comme «bien possible» des situations objectivement pécheresses, telles que les unions de personnes du même sexe [...] ?"
Voir l'avancée sur cette question par les évêques flamands
François réaffirme d'abord: "L'Église a une conception très claire du mariage: une union exclusive, stable et indissoluble entre un homme et une femme, naturellement ouverte à la procréation d'enfants. Seule cette union peut être appelée «mariage». Les autres formes d'union [...] ne peuvent donc pas être strictement appelées «mariage»." Le pape ajoute : "C'est pourquoi l'Église évite tout type de rite ou de sacramentel qui pourrait contredire cette conviction et faire croire que l'on reconnaît comme mariage quelque chose qui ne l'est pas."
Aussitôt, le pape évoque la deuxième dimension, de charité pastorale, soulevée par cette éventuelle bénédiction des couples de même sexe. "Nous ne pouvons pas être des juges qui ne font que nier, rejeter, exclure. La prudence pastorale doit donc discerner correctement s'il existe des formes de bénédiction, demandées par une ou plusieurs personnes, qui ne véhiculent pas une conception erronée du mariage. En effet, lorsqu'on demande une bénédiction, on exprime une demande d'aide à Dieu, un appel à pouvoir mieux vivre, une confiance en un Père qui peut nous aider à mieux vivre."
Le pape invite toutefois à une grande prudence réglementaire: "Les décisions qui, dans certaines circonstances, peuvent faire partie de la prudence pastorale ne doivent pas nécessairement devenir une norme. [...] la vie de l'Église passe par de nombreux canaux en plus des canaux normatifs."
L'Eglise est-elle synodale par nature ?
A la question "la synodalité peut-elle être le critère régulateur suprême du gouvernement permanent de l'Église"? le pape répond avec franchise: "vous manifestez par ces questions votre besoin de participer, d'exprimer librement votre opinion et de collaborer, demandant ainsi une forme de "synodalité" dans l'exercice de mon ministère."
François rappelle ensuite: "la synodalité, en tant que style et dynamisme, est une dimension essentielle de la vie de l'Église." "Non seulement la hiérarchie, mais tout le Peuple de Dieu, de différentes manières et à différents niveaux, peut faire entendre sa voix et se sentir partie prenante du cheminement de l'Église", ajoute-t-il. Mais il n'envisage pas de "Sacraliser ou imposer une certaine méthodologie synodale qui plaît à un groupe, pour en faire une norme et un chemin obligatoire pour tous".
La théologie de l'Eglise a-t-elle changé sur la possibilité d'ordonner des femmes ?
Les cardinaux constatent que "certains prélats affirment, [déclarations] qui n'ont été ni corrigées ni rétractées, selon lesquelles la théologie de l'Église et le sens de la messe ont changé avec Vatican II". Leur question: "l'enseignement de la lettre apostolique Ordinatio Sacerdotalis de saint Jean-Paul II, qui enseigne comme une vérité à considérer définitive l'impossibilité de conférer l'ordination sacerdotale aux femmes, est-il toujours valable"?
Sur cette question: Jusqu'où ira l'Eglise allemande?
Le pape François précise d'abord que son prédécesseur, Saint Jean-Paul II "n'a en aucun cas dénigré les femmes et conféré le pouvoir suprême aux hommes." Il ajoute: "bien que seul le prêtre préside l'Eucharistie, les tâches «ne donnent pas lieu à la supériorité de certains sur d'autres»" (Christifideles laici) Enfin, François termine: "nous reconnaissons qu'une doctrine claire et faisant autorité sur la nature exacte d'une "déclaration définitive" n'a pas encore été élaborée de manière exhaustive."
Le repentir est-il toujours une condition au sacrement de pardon ?
"Le repentir est nécessaire pour la validité de l'absolution sacramentelle, écrit le pape en réponse à cette question. Et ce repentir implique l'intention de ne pas pécher. Mais il n'y a pas de mathématiques ici et je dois vous rappeler une fois de plus que le confessionnal n'est pas un bureau de douane." Enfin, François rappelle: "Il y a de nombreuses façons d'exprimer le repentir."
L'intégralité des textes (questions et réponses) traduits en français sur le site Vatican News

