Dans l'émission "Déclic" ce lundi 25 septembre, Julie Morelle lance une discussion entre Myriam Tonus et Eric de Beukelaer. A la veille de l'assemblée synodale à Rome, les deux n'avaient pas le même point de vue sur l'importance de ce rendez-vous.

En une quinzaine de minutes, les deux invités de Déclic (sur la Première) ont d'abord réagi à l'actualité du pape à Marseille. "J'ai été très heureuse" d'entendre les propos de François sur les migrants, commence Myriam Tonus. "Dans le problème des migrations, il y a -avant tout, pour moi- des êtres humains. Les politiques, eux, en parlent comme de variables d'ajustement pour lesquels il faut trouver des logements..."

Julie Morelle fait part des réactions de certains catholiques selon qui le pape sortirait de son rôle. L'abbé Eric de Beukelaer répond: "le pape est dans son rôle de rappeler que les migrants sont des êtres humains. Cela ne rend pas le travail des politiques plus facile, on le sait. Si nous ne sommes pas capables d'avoir une attitude d'accueil et de solidarité, ça dit beaucoup sur notre société."
Voir notamment ce compte-rendu sur Cathobel:
"L'avenir se fera ensemble ou ne se fera pas"
Le pape, la voix de notre conscience
"La religion a un rôle politique", poursuit le vicaire général du diocèse de Liège. Comme le font toutes les grandes institutions de la vie publique (les mutuelles, les syndicats, les associations, etc) "toutes ont un rôle politique, dans la cité. Elles n'ont pas à se substituer aux élus du peuple, mais à faire bouger les lignes." La chroniqueuse Myriam Tonus évoque les prises de positions de Jean-Paul II qui combattait le communisme. "Tout le monde trouvait cela très bien", souligne-t-elle. Aujourd'hui, "nous avons beaucoup plus de mal" à accepter le fait que "les migrations politiques, économiques et écologiques vont continuer."
L'émission Déclic s'est ensuite orientée vers l'avenir proche, avec l'ouverture le mois proche du synode des évêques à Rome. "L'Eglise, précise d'emblée l'abbé Eric de Beukelaer, n'est pas une institution qui fait facilement sa révolution." L'évolution se fait lentement, reconnaît-il. "Le pape et les évêques veulent davantage changer la 'culture d'entreprise'. Le pape souhaite avant tout que les décisions ne viennent plus toujours d'en haut." Le vicaire général du diocèse de Liège souligne d'ailleurs que le mot synode signifie "faire chemin ensemble".
Qu'attendre de ce synode?
"Je ne suis pas persuadé", reconnait Eric de Beukelaer, que ce synode "arrive à de grandes décisions". Il s'en explique: "Entre ce que l'Europe souhaite, ce que l'Afrique voudrait..." L'important n'est pas là. "Comme dans les premières églises, chacun a beaucoup à apprendre des autres. L'objectif serait d'atteindre des décisions plus concertées."
A l'inverse, Myriam Tonus ne partage pas l'enthousiasme de son co-débatteur sur les résultats à attendre. Même la présence d'une cinquantaine de femmes dans cette assemblée synodale ne l'impressionne pas: sur combien de participants ? et quels sont leurs profils ? "La question est ailleurs", ajoute-t-elle. "Comment allons-nous nous organiser en Eglise ?" Eric de Beukelaer reconnaît : "la pluralité de vues est très enrichissante", comme le vicaire général le constate au sein du Conseil épiscopal du diocèse de Liège.
Myriam Tonus évoque la place du pape François, qui est davantage un pasteur selon son point de vue qu'un réformateur. Eric de Beukelaer embraye: "nous devons passer d'une Eglise centralisée, avec une majorité d'hommes célibataires -dont je fais partie- qui ont seuls voix au chapitre, à une Eglise 'poly-culture' où chacun a la parole." Attendons donc de voir ce que la polyphonie de voix ecclésiales produira depuis Rome.
AF de Beaudrap

