A Berlin, Sant’Egidio réunit responsables religieux et politiques autour d’un objectif commun : « Oser la paix »


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A Berlin, Sant’Egidio réunit responsables religieux et politiques autour d’un objectif commun : « Oser la paix »
La cérémonie de clôture de la rencontre “L'audace de la paix” a eu lieu ce mardi 12 septembre devant la célèbre Porte de Brandebourg. © Sant'Egidio
Par Clément Laloyaux
Journaliste de CathoBel
Publié le
5 min

Du 10 au 12 septembre s'est tenu, à Berlin, la 37e Rencontre internationale des religions et des cultures en dialogue, réunissant des chefs religieux, des représentants des États et des acteurs de la société issus de 33 pays. Un événement promu par la communauté de Sant’Egidio, avec pour thème cette année : "l'audace de la paix". “L’audace de la paix signifie croire que des alternatives sont possibles”, a déclaré Andrea Riccardi, fondateur de Sant’Egidio, lors de la cérémonie d'inauguration.

La cérémonie de clôture de la rencontre “L'audace de la paix” a eu lieu ce mardi 12 septembre devant la célèbre Porte de Brandebourg. © Sant'Egidio

Brandir le dialogue comme arme de paix

Nombre de chefs religieux, représentants des États et du monde de la culture des quatre coins du monde se sont donnés rendez-vous à Berlin, du 10 au 12 septembre 2023, sur invitation de la communauté chrétienne de Sant’Egidio. Le but affiché par Sant'Egidio à l'ouverture de ce grand rassemblement international était de promouvoir la coexistence pacifique, le dialogue et la solidarité à tous les niveaux.

Parmi les nombreux représentants officiels présents, on peut citer le chancelier allemand Olaf Scholz (en dialogue, dans un forum, avec Andrea Riccardi), le président de la Guinée-Bissau Umaro Sissoco Embalò, le grand imam d’Al-Azhar Ahmed Al-Tayyeb, le président de la Conférence des rabbins européens Pinchas Goldschmidt, le cardinal Matteo Zuppi, le patriarche assyrien Mar Awa Royel...

“Après 1989, une génération a espéré un monde plus uni, pacifique, démocratique", a déclaré Andrea Riccardi, fondateur de Sant'Egidio, lors de la cérémonie inaugurative. "Mais quelque chose n’a pas pris la tournure espérée, sous l’emprise, peut être, du processus de la globalisation économique. [...] Nous n’avons cessé, chaque année, de nous donner rendez-vous, de ville en ville, pour invoquer la paix, revêtus de la diversité de nos traditions religieuses, pour éviter que le rêve de la paix ne soit enseveli”.

Il a une dernière fois interpellé l’assemblée, avant le coup d'envoi des conférences et débats, pour leur rappeler que «l’audace de la paix signifie croire que des alternatives sont possibles».

En tout temps, la Communauté de Sant’Egidio cherche à protéger la paix là ou elle est en danger et aider à la construire là ou n’existe pas/plus. A leurs yeux, cet effort de construction de la paix et de médiation peut se faire à travers d’outils simples tels la prière, la rencontre et le dialogue.

D’importantes délégations de diverses Églises chrétiennes, de l’islam, du judaïsme, du bouddhisme et de l’hindouisme se sont rendues à Berlin. © Sant'Egidio

Du dialogues certes, de l'audace surtout !

Durant trois jours, hommes et femmes de tous horizons et toutes religions se sont réunis lors de débats, conférences et temps de partage pour réfléchir comment œuvrer ensemble pour la paix et la démocratie, à l’extérieur et à l’intérieur de leurs institutions. Un chemin de dialogue jalonné de vingts forums abordant chacun des défis très contemporains (Forum sur la crise environnementale, la migration, le dialogue interreligieux, le désarmement l’intelligence artificielle,...).

Andrea Riccardi a bien résumé l’objectif de ces journées dans l’esprit d’Assise: “la situation difficile actuelle demande de l’audace pour nous conduire au-delà des murs de l’impossible”.

Dans cette optique, plusieurs idées, propositions et initiatives constructives ont germé au sein de ces forums de discussion. Le président de Guinée Bissau, Umaro Sissoco, a, par exemple, évoqué la nécessité d’un nouveau partenariat entre l’Afrique et l’Europe pour répondre aux crises actuelles. Le cardinal Matteo Zuppi a appelé à démanteler les murs de défense. Il a qualifié d’inacceptable la clôture frontalière que la Pologne a érigée pour contrôler l’afflux de réfugiés en provenance de Biélorussie. Le cardinal Marx a réclamé plus de démocratie dans l’Église. L’évêque Georg Bätzing, président de la Conférence épiscopale catholique allemande, a insisté pour sa part sur la nécessité pour les chrétiens et les musulmans à cohabiter pacifiquement.

«Nous étions d’accord», a-t-il dit suite à un entretien en marge de la rencontre avec le grand imam égyptien Ahmad al-Tayyeb, «que la paix est pour les chrétiens et les musulmans la grande tâche de notre temps. Prenons-la à bras-le-corps et agissons ensemble», rapporte le site katolish.de.

Plusieurs moments touchants également, parmi lesquels les témoignages de Zohra Sahrabi, Afghane et Olga Makar, Ukrainienne, qui ont mis en évidence les horreurs de la guerre et le besoin de réconfort et d'aide pour les enfants.

Olaf Scholz
Le chancelier allemand Olaf Scholz a pris part à un des forums, rappelant l'urgence de ramener la paix en Ukraine. © Sant'Egidio

Message du pape François : "Au lieu d'abattre des murs, on en a érigé d'autres"

La rencontre internationale "Audace de la paix" s'est clôturée le 12 septembre au soir, par une grande cérémonie finale. Le pape a adressé un message fort aux participants réunis devant la porte de Brandebourg. «N’ayons pas peur de devenir des mendiants de paix», a déclaré d'emblée le souverain pontife, soulignant le fort sens symbolique du lieu de l’organisation de cette rencontre. «[Le Mur de Berlin] est tombé grâce à plusieurs facteurs, dont le courage et les prières de nombreuses personnes. Il a ainsi ouvert de nouveaux horizons : liberté pour les peuples, réunification des familles, mais aussi l’espérance d’une nouvelle paix mondiale», a poursuivi François.

François regrette que, entre-temps, d’autres murs ont été érigés. Et qu'aujourd'hui, «la guerre dévaste encore trop de parties du monde». Il mentionne notamment l’Afrique et le Moyen-Orient, mais aussi «la guerre en Ukraine, un conflit terrible qui ne voit pas de fin et qui a provoqué morts, blessés, douleurs, exodes, destructions.»

Face à l'Histoire qui se répète inlassablement et tragiquement, le pape invite les responsables politiques à avoir «le courage de savoir tourner la page, malgré les obstacles et les difficultés objectives». Et de l'audace aussi :

"Nous ne pouvons pas nous résigner à ce scénario. Il faut quelque chose de plus. Il faut "l'audace de la paix", qui est au cœur de votre rencontre. [...] Il faut du courage pour savoir prendre une autre direction, malgré les obstacles et les difficultés réelles. L'audace de la paix est la prophétie qui s'impose à ceux qui tiennent entre leurs mains le destin des pays en guerre, à la communauté internationale, à nous tous. C'est surtout le cas des croyants et des croyantes, qui expriment les cris des mères et des pères, le déchirement des morts, l'inanité des destructions et dénoncent ainsi la folie de la guerre.

Pape François, Message aux participants de la Rencontre Internationale de Prière, 12 septembre 2023.

Retrouvez ici les textes et captations vidéo des conférences, ainsi que les moments forts de l'évènement en images.

C.L. (avec catch.ch)


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