Paul Ryan : une étiquette catho qui ne colle pas !


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Paul Ryan : une étiquette catho qui ne colle pas !
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
3 min

Editorial de Jean-Jacques Durré paru dans le "Dimanche Express" n°30 du 9 septembre 2012 :

En novembre prochain, les Américains choisiront leur président. Si, aux Etats-Unis, on ne peut pas à proprement parler de clivage gauche-droite, comme c’est l’usage en Europe, les deux candidats en lice proposent néanmoins des visions différentes de la société. De toute évidence, Barack Obama a voulu, au cours de son mandat qui s’achève, se pencher sur le sort des plus démunis. La réforme de la santé a ainsi constitué pour le président sortant une victoire historique qui permet à quasi-totalité des Américains de bénéficier d'une couverture maladie. Mais, cette réforme du système n’a pas été facile à faire adopter et, dans ce combat, l’Amérique a révélé tout l’égoïsme qu’elle peut secréter.

Dans la course à la Maison Blanche, la religion constitue aussi un élément important. Et cette année, elle prend une tournure particulière avec le choix de Paul Ryan comme potentiel vice-président républicain si Mitt Romney était élu. Catholique, il est aussi l’un des représentants de la droite ultralibérale et l'un des auteurs de la proposition du budget fédéral 2013 de son parti, intitulée "Le chemin vers la prospérité" (The Path to Prosperity). Ce document a pour objectif de réduire le déficit public des États-Unis à travers une réduction drastique des dépenses de l’État, notamment dans le domaine de la santé. Paul Ryan affirme avoir été guidé par sa compréhension de la doctrine sociale de l’Église et a expliqué que ce plan lui avait été inspiré par l’encyclique de Benoît XVI, "Caritas in Veritate".

Cela n’a pas manqué de faire réagir l’Église d’outre-Atlantique qui n’a pas hésité à dire que le projet de Ryan est justement contraire à l’enseignement de l’Église. Outre le plan lui-même, c’est aussi son estampillage "catholique" qui est critiqué par une large partie des catholiques américains. La Conférence des évêques du pays, mais aussi des théologiens, des défenseurs des droits sociaux, des universitaires et des éditorialistes ont critiqué l’approche ultralibérale de Ryan et demandé la protection des pauvres, en estimant que le programme proposé est "nuisible aux enfants mal nourris, aux familles pauvres, aux personnes âgées fragiles et aux chômeurs". On ne peut être plus clair.

Aujourd’hui, dans tout scrutin électoral, les catholiques sont appelés à s’assurer que leur société et leur gouvernement agissent conformément à l’idée de justice, notamment distributive, basée sur les valeurs de l’Évangile. En prônant une réussite à tout crin, un égoïsme dépassé et humiliant, on crée des clivages qui peuvent engendrer des révoltes. Peut-on mettre une étiquette "catholique" sur un plan qui stigmatise les laissés-pour-compte? Certainement pas. C’est en quelque sorte "insulter" l’ardente compassion et la richesse de la doctrine sociale de l’Église. Et ce qui est vrai pour les USA l’est tout autant pour l’Europe et le reste du monde.


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