Commentaire de l’évangile – par le frère Laurent Mathelot, op : « Touchés par la joie »


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Commentaire de l’évangile – par le frère Laurent Mathelot, op : « Touchés par la joie »
Par Angèle Mamuza
Publié le
3 min

Pour ce 4e dimanche de Carême, nous retrouvons la réflexion de frère Laurent Mathelot autour de l'évangile du jour...

On a beau se trouver pécheur, sale, boueux, terreux; on a beau avoir une piètre image de soi – rejeté, insignifiant, traité comme rien, comme l'était cet aveugle –, il suffit d'un peu de salive du Christ pour être guéri, relevé et finalement ressuscité à la vie.

La salive de Jésus est ici une image de sa parole. Jésus mêle sa salive à de la terre comme le Christ mêle sa parole aux malheurs du monde. A celui qui est dans les ténèbres, il rend l’espérance par des soins, en lui témoignant d'amour et d’affection, en le touchant et en rendant ainsi concrète sa foi. Finalement, de la boue, Dieu fait de ceux qu’il touche des saints!

Les contemporains de Jésus considèrent la maladie et le handicap comme la conséquence d'un péché: si le malheur s'abat sur quelqu'un, c'est qu'il a commis une faute, ou alors ce sont ses parents. C'est ce qu'on appelle une théologie de la rétribution: les souffrances sont la punition de péchés comme le bonheur est la récompense de bienfaits. Jésus montre ici que c'est faux. De fait, ses souffrances à lui ne sont en rien la conséquence de son péché.

Nous aussi, il nous arrive des souffrances que d'autres nous infligent, sans que nous ayons fait quoi que ce soit de mal. Face au malheur, la question "qu'ai-je bien pu faire pour mériter ça?" n'a pas nécessairement de sens. Jésus n'a rien fait pour mériter la crucifixion. Il y a des victimes innocentes du mal dont elles souffrent. L'aveugle-né est une image de celles et de ceux qui sont plongés dans l'obscurité du malheur depuis la naissance, de ces personnes innocentes pour qui tout est sombre depuis l'enfance.

L'expérience d'une guérison par le Christ l'emporte sur toutes les belles théories sur Dieu. Et, même, ce que l'Evangile affirme aujourd'hui, c'est que toutes nos belles théories sur Dieu finissent par nous aveugler. "Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement: que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles." Si nous ne nous sentons pas touchés par le Christ, tous nos beaux discours sur Dieu sont des paroles vides. La foi ne surgit pas de l'enseignement théologique mais de l'expérience de Dieu. La parole de Jésus est concrète: elle se mélange à la boue de nos existences pour nous conduire au Salut.

L'expérience chrétienne est celle de l’authenticité de l'amour mêlée aux malheurs du monde. Recherchons dans notre vie les aveuglements dont le Seigneur nous a guéris; essayons de nous souvenir quand une parole ou un témoignage d'amour nous ont rouvert les yeux. Et puisque nous montons vers Pâques, rapprochons ce sentiment de la Résurrection, de la joie de tout retour à la Vie.

Notre foi n’est pas une théorie, un discours aveugle sur Dieu. Elle est foi concrète en l'amour d'une personne qui nous ouvre en permanence les yeux et le cœur, expérience du Christ qui touche notre malheur, nous rend la vue sur le bonheur et ainsi la joie d’exister. Laetare.

Frère Laurent MATHELOT, o.p.

Catégorie : L'actu

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