Au Brésil, Lula da Silva est redevenu président, dans un pays divisé. Retour sur une campagne électorale et sur les enjeux à venir, notamment avec le regard d'un évêque belge vivant au Brésil depuis 26 ans.

Difficilement, lentement, la transition est en cours au Brésil entre le président sortant Jair Bolsonaro et le nouvel élu, Luiz Inacio Lula da Silva. La victoire de Lula s'est jouée sur le fil, dimanche 30 octobre avec à peine 50,9% des voix contre 49,1%.
"L'écart s'est resserré entre les deux tours", constate, comme d'autres observateurs, Mgr Philip Dickmans. Cet évêque originaire de Belgique est en charge du diocèse de Miracema do Tocantins dans l'Est du Brésil. "Il y avait selon les sondages une différence de 8 à 9% entre les deux candidats avant le premier tour", analyse-t-il. "Puis Jair Bolsonara a choisi, avec l'appui des évangélistes, de diaboliser l'image de Lula, avec le souhait d'apparaître comme le 'sauveur' de la patrie."
Les cadeaux de Bolsonaro
Cette stratégie du positionnement religieux n'a pas suffi à lui assurer la victoire, pas davantage que les cadeaux sociaux 'distribués' par Bolsonaro au cours des six derniers mois. Sébastien Antoine, sociologue et professeur invité à l'université de Pernambuco, était récemment l'invité de 1RCF. "L'effet de l'inflation et le fait que les salaires minimum -déjà très faibles- n'ont pas été augmentés par rapport au coût de la vie créent une situation de tension sociale. Ces six derniers mois, Bolsonaro a essayé de distribuer des cadeaux fiscaux et de diminuer artificiellement les accises sur le prix de l'essence, pour parvenir à obtenir un large soutien de la société."
Face à ce président sortant se présentait l'ancien président Lula da Silva qui a déjà exercé cette fonction de 2002 à 2010, et qui avait été empêché en 2018 de se présenter. "Notre rôle, précise Mgr Dickmans, n'était pas de prendre parti pour l'un ou pour l'autre, mais d'élire la personne qui s'occupe vraiment des problèmes du Brésil." La Conférence épiscopale, composée d'évêques dits bolsonaristes et d'autres lulistes, a plaidé pour le déroulement d'élections transparentes où la démocratie sortirait victorieuse face aux fake news. "C'est important de ne pas souligner les différences politiques, ajoute Mgr Philip Dickmans, mais de faire tout notre possible pour rassembler et unir la population."

L'espérance de l'Amazonie
Parmi les enjeux de ce nouveau mandat de Lula, le sort de l'Amazonie figure en bonne position. "Cette région met une grande espérance sur le nouveau président", confie Mgr Dickmans. Il se rappelle que "Lula avait démontré une grande expérience d'écoute et de compassion vis-à-vis des indiens et des groupes persécutés" lors de son premier exercice présidentiel, entre 2002 et 2010. A l'inverse, selon l'évêque, Bolsonaro laissera le souvenir d'avoir beaucoup détruit la forêt amazonienne. "Il a laissé ceux qui cherchaient l'or et les autres minerais envahir cette région", de même que "les grands producteurs agroalimentaires ont pu gagner beaucoup d'argent pendant cette période."
L'Amazonie était l'un des sujets abordés par les évêques brésiliens lors de leur visite ad limina au Saint Siège en juin dernier. L'archevêque de Porto Velho, Mgr Roque Paloschi, relatait notamment à Vatican News, les encouragements du pape à trouver "du courage, pour être ensemble avec les populations les plus pauvres et, surtout, que l'Eglise sache respecter les cultures, le défi de l'incarnation". François reste très marqué, comme les Eglises d'Amérique latine, par l'expérience du synode pour l'Amazonie.
Anne-Françoise de BEAUDRAP
Pour aller plus loin
👉 réécouter l'entretien avec Sébastien Antoine sur 1RCF
👉 La situation des Brésiliens pendant la période Covid: des centaines de pasteurs morts du Covid19
👉 Retour sur l'encyclique Querida Amazonie publiée à la suite du synode pour l'Amazonie

