Célibat des prêtres : un débat presque aussi vieux que le christianisme


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Célibat des prêtres : un débat presque aussi vieux que le christianisme
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
5 min

Le 13 septembre prochain, la chaîne arte diffusera un documentaire sur le célibat des prêtres. Un sujet qui agite la sphère catholique depuis des années, mais qui trouve également un écho dans le monde non chrétien. Cette semaine, Dimanche revient sur les enjeux pastoraux et spirituels de cette question, qui fait également l’objet de débats dans le cadre du synode actuel.

La question du célibat des prêtres dans l’Eglise catholique semble occuper, aujourd’hui, une place centrale dans les communautés chrétiennes. En témoignent notamment les résultats de la grande consultation menée dans les diocèses, dans le cadre du synode sur la synodalité. A tout le moins est-ce le cas en Europe occidentale, où le sujet est apparu à l’avant-plan dans la foulée du mouvement de mai ’68, à l’instar d’autres questions comme celle de la contraception artificielle. Mai '68 a eu d’importantes répercussions sur l’Eglise en Occident, et a interféré avec l’application du renouveau de l’Eglise initié par le concile Vatican II…

"On est tombé d'accord"

Cela dit, les questions entourant le célibat des prêtres sont presqu’aussi anciennes que le christianisme lui-même. La première trace écrite d’un débat à ce sujet date de 306 et du concile local d’Elvire, en Espagne: "On est tombé d’accord sur l’interdiction totale faite aux évêques, aux prêtres et aux diacres, c’est-à-dire à tous les clercs employés au service de l’autel, d'avoir, de commercer avec leurs épouses et de procréer des enfants" (XXXIIIe canon). Par la suite, nombre de synodes – et le premier concile œcuménique de Nicée, en 325 – ont rappelé cette décision qui ne concerne donc pas le célibat des prêtres, mais leur continence. Car à l’instar des apôtres qui auraient été mariés, mais ont par la suite "tout quitté" pour suivre Jésus (cf. Lc 18,29-30), de nombreux évêques, prêtres et diacres, depuis les origines de l’Eglise jusqu’à la réforme grégorienne, étaient mariés avant leur ordination. Mais après celle-ci, il leur était interdit d’avoir des relations intimes avec leur épouse. C’est à partir du XIe siècle que l’Eglise latine décidera de ne plus ordonner que des hommes célibataires, comme l’exprimera par exemple le deuxième concile du Latran en 1139, et le concile de Trente (1547-1563) le confirmera.

Des arguments de "convenance"

C’est cette discipline qui, jusqu’à présent, est appliquée dans l’Eglise. Si le magistère ne va pas jusqu’à dire que le célibat est essentiel au presbytérat – contrairement à ce que, de manière privée, a écrit Benoît XVI en 2020 –, il estime que "le célibat a de multiples convenances avec le sacerdoce", comme l’exprime le concile Vatican II. "En gardant la virginité ou le célibat pour le Royaume des cieux, les prêtres se consacrent au Christ d’une manière nouvelle et privilégiée", "ils évoquent les noces mystérieuses voulues par Dieu, qui se manifesteront pleinement aux temps à venir: celles de l’Eglise avec l’unique époux qui est le Christ. Enfin, ils deviennent le signe vivant du monde à venir, déjà présent par la foi et la charité, où les enfants de la résurrection ne prennent ni femme ni mari" (Presbyterorum ordinis, n°16).

En 1967, le pape Paul VI rappelle également la valeur spirituelle du célibat, de sorte qu’il est maintenu comme "qualité" à requérir concrètement des candidats au sacerdoce (cf. Sacerdotalis caelibatus, n°15). Mais il rappellera aussi, à la suite de Vatican II, que la vocation sacerdotale reste distincte "du charisme qui fait choisir le célibat comme état de vie consacré" (ibid.) et que "la virginité n’est pas exigée par la nature même du sacerdoce, ainsi que le montrent la pratique de l’Eglise primitive et la tradition des Eglises d’Orient" (n°17, cf. Presbyterorum Ordinis, n°16).

Changement en vue ?

A partir de ces différents éléments, on peut donc conclure que l’Eglise catholique pourrait décider de ne plus lier vocation au presbytérat, d’une part, et vocation au célibat, d’autre part – qui fait partie de la vocation des moines et des autres religieux. Mais le fera-t-elle, dans un avenir plus ou moins proche? Pour sa part, le pape François – qui estime que le célibat n’est pas une "limite" mais une "grâce" à accueillir – a exprimé son refus de franchir le pas. En 2019, il aurait repris à son compte une phrase de Paul VI, retrouvée dans les archives du Vatican: "Je préférerais mourir" que de revenir sur le célibat des prêtres. Et en 2020, il n’a pas donné suite au souhait des évêques d’Amazonie d’ordonner des hommes mariés dans cette région du monde, dans certaines situations précises.

La discipline pourrait-elle d’ailleurs être différente selon les régions du monde et les cultures? En principe oui, puisque le célibat n’est pas un dogme qui engage la foi. Par ailleurs, une décision d’accepter des hommes mariés au ministère presbytéral pourrait-il entraîner un schisme de grande ampleur? C’est peu probable, dans la mesure où le choix du célibat demeurerait toujours possible, comme c’est actuellement le cas dans les Eglises – même catholiques – d’Orient. On assisterait alors à une forme de cohabitation entre des prêtres diocésains mariés et des prêtres diocésains célibataires – les religieux n’étant pas concernés par la question. Et si l’Eglise décidait de maintenir le célibat des prêtres contre vents et marées? On pourrait alors assister à certaines désaffections – comme en lien aux situations d’abus. Au cours de la deuxième phase du synode sur la synodalité, qui a démarré, il sera important de jauger la perception de cette problématique dans les Eglises des différents continents.

Christophe HERINCKX

Découvrez les autres articles de ce dossier dans le Dimanche n° 31 (pages9-12), avec des interviews du père Charles Delhez, curé de la paroisse de Blocry à Ottignies, de l'abbé Joël Spronck, recteur du Grand Séminaire de Namur, et du père Evangelos Psalas, prêtre orthodoxe


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