Le chef de l’opposition armée, de la petite ville de Qusayr, dans les environs d’Homs, en Syrie, Abdel Salam Harba, a lancé un ultimatum aux chrétiens leur ordonnant de quitter la ville. Selon les sources locales citées par l’agence Fides, 9’000 des 10’000 chrétiens qui habitaient la ville ont déjà fui.
Selon des sources sur place, certaines mosquées de la ville ont accepté de relayer le message annonçant du haut des minarets : "Les chrétiens doivent quitter Qusayr dans un délai de six jours qui se termine vendredi". L’ultimatum, qui a expiré ce 8 juin 2012, a apeuré le reste de la population chrétienne ; anéantissant les espoirs nés de la présence du Père Paolo Dall’Oglio à Qusayr. Le p. Dall’Oglio, du monastère catholique syriaque de Mar Mousa, s’était rendu au milieu du conflit pendant une semaine dans le but d’y prier et d’y jeûner pour la paix.
Les raisons de cet ultimatum demeurent peu claires. Si certains disent que c’est pour épargner aux chrétiens de nouvelles souffrances, d’autres relèvent une continuité dans la discrimination et la répression depuis des mois. D’autres encore se lamentent du fait que certains chrétiens ont manifesté trop clairement leur loyauté à l’Etat, ce qui a provoqué ces représailles.
Les familles chrétiennes demeurant à Qusayr ont commencé leur exode en direction des vallées et des campagnes environnantes. Certaines se sont réfugiées chez des parents ou des amis à Damas. Beaucoup de familles sont restées sur place, malgré l’ultimatum. Elles ne se résignent pas à abandonner leur ville natale, leurs terrains et leurs biens.
Les sources de Fides réaffirment que des groupes extrémistes islamistes salafistes se trouvent dans les rangs de l’opposition armée. Ces gens considèrent les chrétiens comme des renégats, confisquent leurs biens, pratiquent des exécutions sommaires et sont prêts à déclencher une guerre confessionnelle.
Mise en garde du vicaire apostolique d’Alep
Les sanctions économiques et les actions des militants islamiques extrémistes commencent à faire davantage de morts que les soldats du régime de Bachar Al-Assad, dénonce Mgr Giuseppe Nazzaro. Le vicaire apostolique d’Alep condamne sans ambages le nouveau massacre commis à Mazraat al-Qbeir et Maarzaf, dans la banlieue de Hama.
Ce massacre aurait fait, selon l’opposition, 78 victimes, dont des femmes et des enfants. Il s’agirait, d’après l’agence de presse officielle syrienne SANA, d’un "crime abominable (….) commis de sang froid" par des "groupes terroristes armés" contre des habitants de la localité et ayant coûté la vie à 9 femmes et enfants.
Mgr Giuseppe Nazzaro s’insurge contre "la mort d’enfants exploitée à des fins politiques et stratégiques", estimant que l’ONU, avant de condamner quiconque, a le devoir moral de vérifier le contexte de cette tuerie, d’en rechercher les auteurs et de connaître les motivations de ces odieux massacres et qui se cache derrière. A l’heure actuelle, écrit l’agence de presse catholique AsiaNews, aucun organisme indépendant n’a pu vérifier l’authenticité des films montrés sur internet, la dynamique de ces massacres et l’identité de leurs auteurs.
L’évêque italien en poste à Alep, ville du Nord-Ouest du pays, cite également le massacre de Houla le 26 mai dernier, qui a également coûté la vie à des femmes et des enfants. Il note que ce sont des soldats qui ont tiré de façon délibérée contre des enfants réfugiés à l’intérieur d’une école. "Un tel fait est un crime, mais qui a permis que ces innocents soient tués? Où étaient les adultes, qui juste après se sont dépêchés de filmer et d’exposer les corps, mettant aussitôt les vidéos sur internet ?"
L’évêque catholique relève que les effets induits par le massacre de Houla ont été dévastateurs pour le peuple syrien. Ce dernier subit également les actions sanglantes d’extrémistes islamiques infiltrés dans le pays, n’a pas de voix dans les médias et est toujours plus isolé. "L’ONU et les pays occidentaux, affirme-t-il, ne se rendent pas compte qu’avec leurs sanctions et leur appui aux rebelles, ils font plus de victimes que n’en fait le régime".
Le double standard des régimes occidentaux
Mgr Nazzaro considère que l’on assiste à une véritable campagne pour détruire la Syrie: "L’acharnement contre le régime de Bachar al-Assad alimente la spirale de la violence et empêche que la population et le gouvernement trouvent la possibilité d’une ouverture graduelle vers la démocratie et les réformes".
A l’instar de ce qui s’est passé en Irak et en Libye, les droits humains sont exploités à des fins économiques et de pouvoir, pas toujours pour le bien de la population, déplore le prélat franciscain. "Ceux qui désirent détruire Assad – le Qatar et l’Arabie Saoudite, ainsi que les autres Etats du Golfe – dirigent leur propre pays avec une main de fer sans aucun respect pour les droits de l’homme et la liberté religieuse. Pourquoi, jusqu’à aujourd’hui, personne n’a jamais condamné les violences contre les chiites au Bahreïn ou les arrestations et les condamnations infligées aux migrants de confession chrétienne en Arabie Saoudite et au Koweït ?".
(apic/fides/asian)

