Une exposition namuroise rend hommage à Christophe Plantin, le célèbre imprimeur en activité à Anvers au XVIe siècle.
"Plantin est le plus grand imprimeur de la Renaissance de nos régions", affirme enthousiaste Pierre Assenmaker, l'un des deux commissaires de l'exposition qui lui est consacrée cet automne à la Bibliothèque universitaire Moretus Plantin (BUMP). Dans le contexte de la guerre religieuse qui sévit au XVIe siècle, le parcours de Plantin est remarquable à plus d'un titre.
Né dans les environs de Tours, en 1520, devenu artisan-relieur, c'est en 1550 que Christophe Plantin s'installe dans la ville cosmopolite et prospère d'Anvers, où séjourne un grand nombre d'intellectuels et de savants. Cinq ans plus tard, il choisit de se lancer comme imprimeur. Arrivé à Anvers sans maîtriser la langue usuelle, "le Français se constitue un lexique et se rend compte de la nécessité de créer un instrument pour l'étude du néerlandais. Il lance l'un des premiers dictionnaires du néerlandais, un ouvrage qui sera fréquemment réédité vu sa grande utilité", précise Pierre Assenmaker. 
"Un niveau d'excellence reconnu"
Face à la rude concurrence qui sévit entre les imprimeurs-éditeurs, Plantin décide d'abandonner le créneau littéraire pour se concentrer sur la réalisation d'ouvrages scientifiques. Parmi les qualités de celui qui s'impose comme un homme d'affaires, au sommet de son art dans les années 1560 et au début des années 1570, Pierre Assenmaker, docteur en Langues et lettres, lui reconnaît un esprit d'entreprise hors norme et le déploiement d'un projet éditorial solide. Plantin reçoit le titre d'archi-typographe du roi d'Espagne, qui lui assure le monopole sur l'impression d'ouvrages religieux catholiques, mais aussi celui d'imprimeur des Etats généraux… calvinistes. Il a pour devise "par le travail et par la constance", deux mots-clefs dans son parcours. "Le créneau choisi par Plantin correspond à un credo: mettre son activité au service de la diffusion du savoir", relève encore Pierre Assenmaker.
Parmi les ouvrages estampillés Plantin, citons la littérature morale, avec les apologies, ces petites fables en latin à contenu moral, des antiphonaires ou partitions pour les offices religieux, des ouvrages de botanique (en pleine expansion à cette époque), de médecine, de cartographie, des atlas marins, de géographie historique… "Plantin ne vendait pas les livres coloriés ni reliés. Il ne possédait pas de presse pour imprimer les plaques de cuivre des gravures et sous-traitait cette tâche. Il sera toutefois l'un des premiers à utiliser la gravure sur cuivre pour illustrer ses ouvrages richement illustrés", souligne le commissaire de l'exposition. A la mort de Charles Quint, une frise de douze mètres retrace le cortège funèbre de l'empereur. Imprimée par Jérôme Cock, celle-ci est accompagnée d'un fascicule reprenant l'ordre protocolaire de la cérémonie, imprimé par Plantin. "C'est un indice de sa notoriété croissante", observe Pierre Assenmaker, qui y voit même "une consécration" de l'Anversois d'adoption.
La Bible polyglotte
"A une époque où la Bible se lisait dans la Vulgate établie par saint Jérôme, la volonté de revenir aux textes premiers est apparue. Un impératif philologique a prévalu, y compris du côté catholique. Ce travail d'édition va occuper l'atelier à plein temps durant cinq ans", estime Pierre Assenmaker. "La Bible polyglotte est un monument de philologie et de typographie. Elle compte huit volumes in-folio (NDLR – dont la feuille d'impression est pliée en deux) et les trois derniers volumes constituent un appareil érudit qui accompagne la lecture de la Bible. Plantin payait correctement ses correcteurs, parce qu'il savait que ceux-ci garantissaient l'excellence de ses ouvrages", précise Pierre Assenmaker. "Ce projet a mis en œuvre le réseau des hommes de métiers, le réseau des scientifiques et le réseau commercial de Plantin. Ce dernier se déplaçait d'ailleurs chaque année à Francfort pour y vendre ses livres." Grâce à sa correspondance précieusement conservée, de nombreux aspects de la personnalité de l'homme d'affaires érudit nous sont connus. Celui-ci a géré, à la fois, des relations avec des artisans du livre, des savants et des personnalités politiques de premier plan.
Fonds Philippe de Dorlodot
La collection de la BUMP vient d'être complétée par un dépôt exceptionnel de 600 volumes réalisé par la Fondation Roi Baudouin. Ce fonds d'ouvrages du typographe Plantin a été réuni par Philippe de Dorlodot, fils de Charles, jadis enseignant de droit romain et d'encyclopédie du droit aux Facultés de Namur. Une lettre inédite de ce fonds est présentée pour la première fois dans l'exposition temporaire. Elle concerne sa succession. En effet, c'est à Moretus, l'un de ses gendres, que Christophe Plantin confiera les rênes de son entreprise, active jusqu'au XIXe siècle. Le nom de la bibliothèque namuroise rend d'ailleurs hommage à la dynastie Moretus Plantin.
Angélique TASIAUX
L'exposition "Christophe Plantin. Un homme de caractère(s)" est à voir jusqu'au 17 décembre 2021 à la Bibliothèque universitaire Moretus Platin, rue Grandgagnage 19 à 5000 Namur.


