La reconnaissance des droits civils des moines de l'abbaye de Rochefort sur la source de la Tridaine conforte une décision précédente. Le jugement rendu par le tribunal de première instance de Marche-en-Famenne a été confirmé début mai par la Cour d'appel de Liège.
En aura-t-elle fait couler… de l'encre, cette source de la Tridaine, à l'origine du conflit qui oppose, depuis des décennies, les moines de l'abbaye de Rochefort au groupe international Lhoist ! Il faut dire que les enjeux sont conséquents, puisque les moines l'estiment indispensable à l'élaboration de leur bière à la recette ancestrale, tandis que le carrier y voit un lieu d'exploitation industrielle, quitte à modifier l'itinéraire d'acheminement de l'eau.
Du côté de l'abbaye, les moines attendent la communication de l'intégralité des arrêts de la Cour d'appel et ne font aucun commentaire pour l'instant. Dans ce dossier à rebondissements juridiques, ce sont deux conceptions du temps qui s'opposent avec fracas. Alors que les moines intègrent la lenteur dans leur mode de vie immémorial, une activité industrielle se démarque de ses concurrents par sa capacité à innover. L'exploitation du gisement calcaire a été planifiée par Lhoist pour encore deux décennies. Une solution semble se dessiner pour l'assurer et garantir l'occupation d'une centaine d'emplois directs sur place. Le groupe vient de réintroduire un projet de modification partielle du plan de secteur, afin d'agrandir la carrière sur une étendue de plus de 14 hectares en surface, au-dessus du niveau de la nappe phréatique et dans le prolongement immédiat de la carrière actuelle. La proximité avec la station de radioastronomie localisée dans le village de Humain, et fondée par l'Observatoire royal de Belgique dans les années 1950, a nécessité la réalisation d'une étude conjointe sur les incidences potentielles de l'extension, qui impliquera davantage de vibrations et d'ondes électromagnétiques. Selon Jean Marbehant, vice-président Public Affairs du groupe, la compatibilité des deux activités est assurée. Après les profondeurs, place aux étoiles !
Angélique TASIAUX
Illustration (c) Natagora Famenne


