Guyane française : enquête sur les scandales qui entourent Mgr Lafont


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Guyane française : enquête sur les scandales qui entourent Mgr Lafont
Par Cath.ch
Publié le - Modifié le
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Le Vatican a ouvert une enquête canonique le 2 avril 2021 pour vérifier les graves accusations d'abus portées contre Mgr Emmanuel Lafont, évêque de Cayenne, en Guyane française, de 2004 à octobre 2020. L’Église locale est perturbée et divisée par cette affaire. Mgr Lafont s'était fait connaître lors du synode sur l'Amazonie.

L'affaire a éclaté en octobre 2020, rapporte l'envoyée spéciale du journal La Croix. Le 18 octobre, le commissariat de Cayenne reçoit un appel de Mgr Emmanuel Lafont qui dit être menacé physiquement par un jeune sans-papiers qu’il héberge à l’évêché. Les forces de l’ordre arrivent sur place et arrêtent José, un Haïtien de 27 ans. Interrogé, le jeune homme affirme que l’évêque l’hébergeait chez lui et l’aidait à obtenir des papiers en échange de relations sexuelles, ce que l’ecclésiastique nie farouchement. La semaine suivante, l’évêque fête ses 75 ans. Le jour de son anniversaire, il présente sa démission au pape qui, fait rare, l’accepte immédiatement.

À Cayenne, l’altercation à l’évêché, relatée dans la presse, met la communauté catholique en émoi. Pour certains fidèles, «c’est l’affaire de trop». Des prêtres boycottent la messe de départ de l’évêque dans la cathédrale. Ainsi s’achèvent ses seize ans à la tête de ce diocèse. Alerté, le nonce apostolique aux Antilles décide, le 2 avril, de l’ouverture d’une enquête sur les accusations portées contre Mgr Lafont.

Un évêque au parcours remarquable

A son arrivée en 2004, Mgr Lafont jouissait d’une solide réputation, auréolée de treize ans passées en Afrique du Sud pendant l’apartheid. Il séduit les Guyanais par son dépouillement, sa proximité avec les fidèles et ses connaissances bibliques. Il devient le héraut des peuples amérindiens et s’engage dans les combats écologiques locaux. En 2019, il participe à Rome au synode de l’Amazonie à Rome. L’image qu’il renvoie de l’Église, proche et chaleureuse, lui assure de nombreux soutiens, au Vatican comme dans les médias.

Très tôt en Guyane, l’évêque revendique d’utiliser sa résidence pour accueillir les plus démunis. Dans ce beau bâtiment créole, à l’entrée duquel un grand poster de Mandela accueille les visiteurs, des familles précaires sont parfois hébergées. Des jeunes hommes sans-papiers surtout, selon de nombreux témoignages. José affirme que l’évêque lui aurait proposé immédiatement de l’aider en échange de sexe. Il lui aurait fait divers cadeaux. Il parle aussi d'abus commis sur d'autres jeunes. Contacté par La Croix, Mgr Lafont dément: « C’est faux, tout simplement faux. Je n’ai eu aucune relation sexuelle en échange de quoi que ce soit. » Il indique qu'il réservera ses réponses aux représentants de la justice.

Mis en cause en 2008 déjà

Mais sur place d'autres témoignages mettent en cause l'évêque. Dès 2008, cinq prêtres avaient dénoncé les mœurs financières, pastorales et sexuelles de leur évêque. Un enquêteur, ami de l'évêque en question, fut alors envoyé par la Congrégation pour l’évangélisation des peuples. Mgr Jean Bonfils, alors évêque de Nice est resté onze jours sur place et a entendu 44 personnes. Il ne conclut pas définitivement. "Ça m’a fait l’effet d’un coup monté contre lui, mais je suis quand même reparti avec des points d’interrogation", explique-t-il à La Croix.

Parmi les prêtres de Guyane, certains éprouvent toujours de l’admiration pour leur ancien évêque. Mais d’autres évoquent franchement une face plus sombre. Ils décrivent un homme « cassant », « humiliant » son clergé et le personnel diocésain. Beaucoup ont vu son départ avec soulagement.

cath.ch/cx/mp Image: © Synod.va via Cath.ch

Retrouvez la totalité de l'enquête de La Croix ici.


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