Cinéma – Le patriarcat chamboulé


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Cinéma – Le patriarcat chamboulé
Par La rédaction
Publié le
3 min

Le concours Miss Monde a connu une année sombre en 1970, chahuté par une bande de féministes. A partir de cet événement, Misbehaviour aborde tout autant la montée du féminisme que la lutte contre les discriminations.

En 1951, le Britannique Eric Morley a l’idée lucrative de créer un concours de beauté féminine international, Miss Monde. Pendant une petite vingtaine d’années, le concours s’est déroulé sans heurts, devenant un rendez-vous incontournable. A la fin des années soixante, cependant, les dents ont commencé à grincer. Avec la montée du féminisme, de plus en plus de spectatrices se sont insurgées de voir ainsi défiler des femmes sur un podium, comme de la marchandise. En 1970, le concours a carrément dû être arrêté en plein direct, perturbé par un mouvement de protestation mené par un groupe d’activistes. Misbehaviour nous raconte les coulisses de cette action, à travers plusieurs des protagonistes. Vivante et enthousiasmante, cette page d’histoire rend hommage à ces héroïnes oubliées.

Emancipation d’une divorcée
On suit tout d’abord Sally Alexander, une divorcée mère d’une petite fille qu’elle n’a pas envie d’élever dans un monde qui lui interdit de s’exprimer parce qu’elle fait partie "du sexe faible". Elle se rend donc timidement à une réunion de défense des libertés de la femme. Là-bas, elle y aperçoit brièvement Jo Robinson, une activiste au caractère bien trempé. Cette rencontre va être décisive car quelques jours plus tard, Sally frappe à la porte du quartier général de ces militantes pour faire partie de leur bande. A ce moment-là, elles réfléchissent au moyen de manifester leur mécontentement à l’égard de ce concours rétrograde et humiliant. Entre les slogans, les brainstorming et les coups de gueule, on vibre avec ces femmes libérées, en quête d’un monde plus juste.
En parallèle, on pénètre dans les coulisses du fameux concours. Au milieu des interviews, séances de maquillage, répétitions et confessions angoissées des candidates, on observe Eric Morley se débattre avec les polémiques qui entourent la compétition qu’il a créée. Joué par le truculent Rhys Ifans (Coup de foudre à Notting Hill, Good Morning England), il incarne le camp des conservateurs, pas méchants mais à côté des réalités. En évitant de le présenter comme un tortionnaire, le film permet de mieux saisir les enjeux qui gravitent autour de ce genre de compétition. La réalisatrice n’hésite pas, en revanche, à "tailler un costard" à Bob Hope, l’humoriste américain invité lors de cette soirée. Présenté comme un misogyne, il fait une cible parfaite pour les activistes en colère.
Grâce à un bon dosage d’humain et de faits historiques, Misbehaviour relate cet événement de façon agréable, sans être ni trop militant ni trop superficiel. Il aborde deux questions de front. La lutte féministe, en trame principale, mais aussi les discriminations sous toutes leurs formes. Car en 1970, sous la pression de certains groupes, les organisateurs ont permis à deux miss de concourir pour l’Afrique du Sud: une blanche et une noire. Nul besoin de préciser que le parcours de la seconde sera semé d’embûches…

Elise LENAERTS

Catégorie : Culture

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