Avec leur dernier album, "Gloria", vendu à plus de 500.000 exemplaires en France, "Les Prêtres" ont entamé en mai dernier une grande tournée. De la France à la Belgique, en passant par Tahiti, elle devrait se conclure à Lourdes en juin prochain. Accompagnés de 60 choristes, de musiciens, et de Monseigneur di Falco, évêque de Gap et d'Embrun, le père Jean-Michel Bardet, le père Charles Troesch et leur compagnon ex-séminariste Joseph Dinh Nguyen Nguyen ont mis, une fois encore, leur voix au service de mélodies vouées à la foi, à l’amour, et à l’espoir, associant chants religieux et reprises. Le groupe était en Belgique du 28 au 29 janvier (Bruxelles et Banneux), rassemblant plus de 6000 fans, et un public somme toute familial, voire âgé, mais des plus enthousiastes.
En présence de Monseigneur Di Falco, concepteur du projet, et Monseigneur Léonard, nous avons pu rencontrer le trio français, juste avant leur montée sur scène à Forest National, à Bruxelles.
Le succès des "Prêtres" est là, indéniablement. Peut-être même plus important que ce que vous aviez imaginé au départ. Cela répond-il à vos attentes, ou ce "triomphe" vous dérange-t-il?
Mgr di Falco : Il est vrai qu'on ne s'attendait pas à une telle réussite. Il y a deux ans, nous n'aurions jamais imaginé chanter sur la scène belge! Cependant, au risque de vous surprendre, je peux vous affirmer que le succès ne nous dérange pas du tout ! Je ne vois pas pourquoi on ne se réjouirait pas de la réussite d'une belle entreprise! Ce succès, même s'il est vécu avec beaucoup de sérénité et de modestie, nous fait du bien…
Prêtre, chanteur et star, est-ce compatible avec la vocation de prêtre?
Charles Troesch : En tant que prêtre, nous sommes souvent amenés à chanter, ne serait-ce que dans la liturgie. Pour moi, la musique est moyen d'annoncer le Christ, et elle fait partie de notre métier de prêtre.
Jean-Michel Bardet : La musique a d'abord été ma première vocation si je puis dire. Ce fut même ma profession pendant un temps. Le fait que je devienne prêtre m'a éloigné non pas de la musique mais de sa pratique. Et là, providentiellement, avec cette expérience, mes deux passions se sont rejointes!
Est-ce une manière de prier quand vous montez sur scène?
Charles Troesch : Oui bien sûr. Comme disait Saint Augustin, bien chanter, c'est prier deux fois.
Comment expliquer le succès des "Prêtres" alors que les églises se dépeuplent de plus en plus aujourd'hui?
Charles Troesch : Je crois qu'il y a actuellement, une crise et un rejet de l'institution même de l'Église. Ce qui ne veut pas dire que le monde n'est pas attentif ni soucieux d'une certaine spiritualité. Il se trouve qu'à travers le vecteur de la musique, du chant, de nombreuses personnes laissent finalement résonner en eux cette dimension intérieure qu'en temps normal ils n'arrivent pas à concrétiser, à exprimer ou à formaliser.
Après "Spiritus Dei" et "Gloria", un nouvel album en perspective?
Mgr di Falco : Rien de prévu pour l'instant. Ceux qui ont produit les deux précédents le souhaitent vivement. Mais nous avons pensé nous poser un petit peu, après ces deux années de succès inattendus, et essayer de prendre du recul par rapport à tout ce que nous avons vécu.
Monseigneur Léonard, que pensez-vous des prêtres-chanteurs?
Mgr Léonard : J'ai fait cette découverte en écoutant un CD de "The Priest", un groupe composé de trois prêtres irlandais. Par la suite, j'ai appris qu'ils avaient des homologues français, avec "Les Prêtres". J'ai trouvé que c'était une très belle initiative et un moyen inédit de participer à l'évangélisation.
Pour vous, est-ce une nouvelle forme d'évangélisation?
Mgr Léonard : Oui, et cela m'intéresse beaucoup. Le pape m'a nommé membre du Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation. Je suis donc à l'affût des nombreux médias permettant d'annoncer la parole de Dieu. Ce nouveau concept sensibilise tout type de public car il n'est pas fréquent de voir des prêtres chanter sur scène. Ils frappent l'imaginaire, ils intriguent et donc ils attirent des personnes ne fréquentant pas forcément nos églises.
Après l'Irlande et la France, à quand un groupe de prêtres-chanteurs en Belgique?
Mgr Léonard : Il y a un petit proverbe en Belgique qui dit que quand il pleut à Paris, il ne tombe que quelques gouttes à Bruxelles. Un groupe de prêtres-chanteurs n'est pas exclu en Belgique. Cependant, il ne faut pas commencer à faire une opération de mimétisme, sinon la formule s'userait et risquerait de devenir banale. Elle doit rester exceptionnelle pour toucher. Pour le cas où il y auraient des prêtres en Belgique qui se sentiraient appelés à la scène, il serait intéressant de rassembler un prêtre flamand, un prêtre bruxellois, un prêtre wallon et un prêtre germanophone, afin de faire une belle synthèse belge…!
Propos recueillis par Anne LECONTE
