Cet été, profitons-en pour découvrir des pépites "made in Belgium"! Rendez-vous dans la maison de deux frères artistes, chers au cœur des Arlonais.
Elève de Jef Lambeaux, Jean-Marie Gaspar se distingue par la qualité de sa production animalière, tout en mouvement. Le sculpteur était "une carte de visite pour Arlon", estime David Colling, le conservateur du musée. "Plusieurs de ses œuvres se retrouvent dans l'espace public de la ville, mais aussi au Jardin botanique de Bruxelles." Parmi ses sujets de prédilection, des félins et des animaux de la région ardennaise, sans oublier des animaux plus exotiques qu'il observe au zoo d'Anvers ! Par testament, son frère, mécène dans l'âme, va léguer la maison familiale à la ville d'Arlon, à la condition expresse que celle-ci devienne un musée dédié à l'œuvre de Jean-Marie. C'est donc tout logiquement que les sculptures de l'artiste se retrouvent au côté des photographies de Charles, le notaire. En effet, celui-ci s'est adonné à des loisirs photographiques, à la suite du mouvement du pictorialisme. Certains de ses clichés se retrouvent d'ailleurs au musée de la Photographie à Charleroi, gage de leur qualité. Le salon et la salle à manger de la maison bourgeoise ont été restaurés et permettent au visiteur de s'immiscer dans la vie d'autrefois, grâce au mobilier ancien, régulièrement complété par de nouvelles acquisitions, comme une pièce en bronze "Les lutteurs" de Jef Lambeaux ou encore une collection d'assiettes en faïence produite dans la région par des dissidents de la maison louviéroise Royal Boch.
Des pièces religieuses aussi
Parmi les pièces exposées dans le musée communal, le retable polychromé de Fisenne (début du XVIe siècle) occupe une place majeure. "Réalisée par l'IRPA, la dernière restauration remonte aux années 90", précise David Colling. "Certains détails soulignent le pathos des personnages, tandis que toutes les scènes amènent vers la scène supérieure de la Passion, qui est placée en plein centre." Et dans cette salle dédiée à l'art religieux se retrouve également un portrait du père abbé d'Orval, Bernard de Montgaillard, dont la représentation permet d'envisager la disposition des bâtiments de l'abbaye au début du XVIIe siècle. Il s'agit d'un témoignage historique précieux pour les historiens. A côté des salles d'exposition permanente, d'autres sont consacrées temporairement à un aspect historique ou artistique. Ainsi, après les capucins en 2015, c'est au tour des jésuites en 2020, 125 ans après la pose de la première pierre de l'église du Sacré-Cœur, de style romano-byzantin.
Un hommage à la présence jésuite
Durant quelques mois, une exposition temporaire retrace l'influence jésuite dans le Luxembourg. "Chef-lieu pour la partie belge, Arlon était la deuxième ville en importance après celle de Luxembourg. Le développement de la ville est lié à l'arrivée des fonctionnaires, puisque en 1830, seuls 3.000 habitants étaient recensés, contre 12.000 en 1914", précise le conservateur du musée Gaspar. Dans cette ville dont les origines remontent à l'antiquité romaine, le patois était pourtant germanique. Mais les deux Guerres mondiales ne seront pas sans laisser de ressentiment contre la langue allemande. 
C'est donc à Arlon que les jésuites décident de fonder un noviciat, au milieu du XIXe siècle. "L'endroit est aéré, la ville en pleine expansion et connectée avec le reste du pays", observe David Colling. "Dès la fin du XIXe siècle, leur maison de retraites a connu un grand succès, avec des possibilités à la carte et tout au long de l'année: pour les agriculteurs, les pères de famille, les jeunes filles, les professions libérales… Dès leur installation, les jésuites ont été appréciés par la population, étonnée par leur charisme. Et beaucoup de gens ont eu une expérience avec eux. Ils étaient, en effet, bien insérés dans le tissu associatif local. Ils ont ainsi créé des œuvres caritatives ou même sportive, tel le club de football de l'Union Saint-Georges!" Face à l'ampleur des archives conservées, notamment par les jésuites eux-mêmes, le musée Piconrue à Bastogne ou la paroisse Saint-Donat et l'église du Sacré-Cœur, un choix s'est imposé entre les portraits de personnalités remarquables, tel Everard Mercurian, qui a connu Ignace de Loyola, ou François-Xavier de Feller, considéré comme le père du journalisme luxembourgeois… Mais aussi les pièces précieuses (ostensoirs, ciboires ou calices), voire des souvenirs plus anecdotiques avec l'affiche d'une fancy-fair sponsorisée par une marque de cigarettes ! A travers ce parcours, c'est une plongée dans un siècle révolu qui est opérée, quand la vie religieuse marquait l'ensemble des contours de la vie sociale. La ville d'Arlon a, en effet, connu la présence de nombreux ordres religieux : les sœurs de Notre-Dame, les frères maristes, les carmes, les capucins, les sœurs de Sainte-Elisabeth, les clarisses, sans oublier les jésuites ! Anecdotique aujourd'hui, la concurrence fut vive entre les pèlerinages dédiés à Notre-Dame reine du Luxembourg par les jésuites et à Notre-Dame reine de la Paix par les capucins, se plaît à rappeler David Colling. Et de suggérer, aux amateurs d'excursion, une visite dans les ruines de l'abbaye noble de Clairefontaine, dont la fondation remonte à 1253.
Angélique TASIAUX
Infos: "Ad maiorem Dei gloriam!", du 9 mai au 3 janvier 2021. Musée Gaspar, rue des Martyrs, 16 à 6700 Arlon. Tél. 063.600 654 – www.museegaspar.be

