Derrière son titre malin, Notre dame n’évoque pas un incendie, mais le tourbillon d’événements vécus par une mère célibataire distraite et attachante, dans un Paris poétique.
Dès son premier film, La Reine des pommes, Valérie Donzelli s’est créé un univers, un style à part dans le cinéma français. Quatre films ont confirmé cette personnalité, mélange de poésie, de drame intime et d’humour, le tout mâtiné de références à sa vie privée. Dans La guerre est déclarée, la réalisatrice française nous parlait d’un couple confronté à la maladie de son bébé de 18 mois. Elle donnait alors la réplique à son ex-compagnon Jérémie Elkaïm, père de ses deux premiers enfants. Passés par là, ils avaient décidé de raconter leur combat avec un recul émouvant. Ce film très personnel lui a permis de s’affirmer comme une réalisatrice de talent qu’on retrouve aujourd’hui avec Notre dame, une comédie dramatique dans la lignée de ses quatre précédents films.
Avant de se lancer dans le cinéma, Valérie Donzelli a fait des études d’architecture. Elle se replonge, le temps de ce nouveau long-métrage, dans les plans et les maquettes. Également actrice, elle se glisse dans le corps de Maud Crayon, une architecte parisienne un peu maladroite. Mère de deux enfants, elle est séparée de leur père, ce qui ne l’empêche pas de succomber de temps à autre à son charme. Sa vie prend un tournant serré le jour où elle remporte, par un étrange hasard, le concours organisé par la mairie de Paris pour réorganiser le parvis de Notre-Dame. En même temps que ce nouveau défi, Maud retombe sur un amour passé. Devenu journaliste, c’est lui qui est chargé de couvrir l’avancement des travaux de réaménagement du parvis. Il va donc devoir suivre l’architecte en charge comme son ombre. Une surprise n’arrivant jamais seule, Maud apprend qu’elle est une fois encore enceinte de son mari.
La poésie du burlesque
Ces quiproquos et coups du sort constituent un patchwork poétique raconté par une voix-off qui renforce le côté gentiment décalé. Valérie Donzelli semble prendre plaisir à mélanger les genres, à brouiller les pistes. Son architecte en plein tourbillon émotionnel et retournement professionnel nous entraîne dans une comédie douce-amère, à la fois hors du temps et actuelle. Moderne, on parle d’une mère célibataire qui peine à s’imposer et à obtenir la reconnaissance qu’elle mérite dans son travail, Notre dame est aussi intemporel. Certains éléments ne trompent pas, nous sommes bien au XXIe siècle, mais on pourrait transposer cette histoire d’amour(s) à n’importe quelle époque. Même si elle nous parle d’elle-même, Valérie Donzelli aborde des thèmes universels. Humour pas toujours très conventionnel, séquences chantées, ralentis et moments d’émotion se combinent heureusement avec harmonie.
On peut également y voir une déclaration d’amour à Paris, la ville d’adoption de la réalisatrice, même si elle n’occulte pas le mauvais caractère de ses habitants. On vous laisse découvrir par quel biais décalé elle nous transmet cet état d’esprit... Le côté très personnel de ce film, allié à sa fantaisie burlesque en fait un agréable divertissement qui se distingue dans le paysage cinématographique de nos voisins.
Elise LENAERTS

