Jubilé d’or chez les orthodoxes


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Jubilé d’or chez les orthodoxes
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
5 min

Le patriarche oecuménique Bartholomée

Ce samedi 9 novembre, le patriarche œcuménique Bartholomée vient commémorer les cinquante ans d'existence de l'Archevêché orthodoxe de Belgique du Patriarcat œcuménique de Constantinople. Des festivités et des rencontres officielles sont prévues plusieurs jours durant.

 

La venue du patriarche Bartholomée de Constantinople ne constitue pas une première en Belgique, puisqu'il s'agit de sa cinquième visite. Il a même déjà été honoré du titre de docteur honoris causa de la KULeuven en 1996. Créé en 1969, l'Archevêché orthodoxe de Belgique et Exarchat des Pays-Bas et du Luxembourg fait partie de la juridiction immédiate du Patriarcat œcuménique. Il recouvre ainsi les trois nations du Benelux. Il apparaît dès lors logique que le patriarche visite les trois Etats lors de son voyage. En effet, le 5 novembre, le patriarche œcuménique Bartholomée débutera sa visite officielle par un passage aux Pays-Bas, avant de se rendre en Belgique du 9 au 14 novembre, avec un passage-éclair au Grand-Duché de Luxembourg, le 13 novembre.

Côté belge, le nombre de chrétiens orthodoxes présents est actuellement estimé à quelque 100.000 personnes. Reconnu depuis 1985 par l'Etat, le culte orthodoxe y voit désormais le traitement de ses desservants assuré, dispose de la faculté d'intervenir dans les médias par le biais d'émissions concédées et, enfin, a la possibilité d'organiser des cours de religion dans les écoles publiques.

Un programme dense

La venue du patriarche œcuménique sera célébrée avec faste, avec notamment des audiences auprès des souverains des trois Etats visités, des ministres fédéraux de la Justice aux Pays-Bas et en Belgique, la présidence de deux colloques consacrés à l'écologie aux Pays-Bas, la rencontre des évêques orthodoxes du Benelux, du nonce apostolique, des représentants des Eglises orthodoxes locales, des étudiants du Collège de l'Europe à Bruges, mais aussi des paroissiens et des fidèles… Une célébration en présence du cardinal Jozef De Kesel et d'autres évêques catholiques est également annoncée le 9 novembre.

Lors d'une réception le lendemain, "des danses roumaines, géorgiennes… ainsi que des chants russes ou arabes souligneront l'universalité de l'Eglise orthodoxe", précise le métropolite (archevêque) Athénagoras de Belgique. Par ailleurs, afin de rappeler combien "le monachisme est important pour l'Eglise orthodoxe", des vêpres publiques ont été programmées au monastère de Rochefort. "Il y a 25 ans, lors du jubilé de l'Archevêché, le patriarche s'était rendu à Chevetogne. Cette fois, ce sera à Rochefort", se réjouit le métropolite. D'origine belge, celui-ci a grandi dans une famille orthodoxe. "Mon père était favorable au dialogue entre les Eglises", affirme celui qui a renoncé au prénom d'Yves il y a trente ans, pour porter celui d'Athénagoras lors de son ordination au diaconat.

Une présence croissante

Le métropolite Athénagoras

Selon le métropolite de Belgique, qui est aussi exarque (entre le patriarche et le métropolitain chargé d'une province) des Pays-Bas et du Luxembourg, les relations avec la communauté catholique sont excellentes. "Dès le début du XXe siècle, l'Eglise orthodoxe a entretenu de très bonnes relations avec l'Eglise catholique. Favorable au dialogue avec l'Eglise orthodoxe, mais aussi anglicane, le cardinal Mercier a notamment supporté les étudiants russes à Leuven. En 1957, mon prédécesseur est arrivé à Mons sans rien. Il y a été accueilli à bras ouverts par ses frères catholiques." De même, le climat entre les orthodoxes belges semble serein. "Il y a une très bonne entente. Les fidèles sont d'origines et de cultures différentes, mais la foi est la même. Nous avons les mêmes sacrements. Nous célébrons ensemble les mêmes moments. Ainsi, le 17 mars 2019, la célébration du Dimanche de l'Orthodoxie a-t-elle été concélébrée en présence du roi Philippe. Dans l'archevêché, nous avons une majorité de paroisses grecques, mais aussi une paroisse polonaise, arabophone, germanophone, néerlandophone et francophone, avec une majorité de prêtres grecs, mais aussi la présence de prêtres syriens, hollandais, albanais…"

En cinquante ans, des évolutions sont notables. "Au départ, il s'agissait d'une Eglise de travailleurs grecs venus sur invitation du pays belge sans savoir s'ils allaient rester. L'Eglise était pauvre dans son organisation, mais dynamique dans son existence. Pour l'Eglise orthodoxe, c'et la liturgie eucharistique qui est le centre. Elle a reçu un énorme dynamisme avec la reconnaissance officielle en 1985. Cela lui a permis de recevoir une place dans la société. Elle a aussi compris qu'elle devait s'organiser selon les modalités du pays. Elle est dès lors devenue plus universelle. D'un développement de petites paroisses peu organisées, elle est passée à 40 paroisses et 55 clercs", se réjouit le métropolite Athénagoras.

Des dissensions aussi

Prêtre orthodoxe à Bruxelles et d'origine russe par ses parents, le père Serge Model estime que le patriarche est "le chef spirituel de l'ensemble de l'Eglise orthodoxe, mais n'a pas un rôle comparable à celui du pape. Il est primat avec les autres primats. C'est un président d'assemblée, plutôt qu'un souverain". Ces dernières années, la situation politique de l'Ukraine a envenimé les relations entre orthodoxes, nous confirme le père Model, qui est par ailleurs l'auteur d'un dossier consacré à "L'Eglise orthodoxe en Belgique" aux éditions du CRISP.

De ce fait, "les communautés d'origine russe ou non grecques sont moins enthousiastes" à la venue du patriarche Bartholomée. "Les Eglises d'origine slave ont commencé à être réticentes par rapport à la primauté du patriarcat de Constantinople, estimant qu'il fallait que ce soit plus collégial." La grande majorité (80%) des offices continuent à être célébrés dans la langue liturgique des Eglises-mères. En effet, "la plupart des orthodoxes en Belgique et en Europe occidentale sont originaires des différentes émigrations. Une bonne partie d'entre eux souhaite des offices comme dans leur pays d'origine. Il y a un attachement à des formes familières. Seule une minorité veut promouvoir les langues locales et l'inculturation. Cette minorité va sans doute grandir avec les années. D'origine belge, le métropolite Athénagoras pousse à une plus grande intégration de l'orthodoxie dans les cultes en Belgique. C'est une progression qui doit encore se faire." Quant à la question du nombre exact d'orthodoxes recensés, le père Model estime les estimations incomplètes: "il reste encore des gens non répertoriés, originaires notamment des pays de l'Est". Une Eglise résolument en mouvement.

Angélique TASIAUX

Programme de la visite de Sa Toute-Sainteté le Patriarche œcuménique Bartholomée en Belgique

Samedi 9 novembre à 17h30: accueil officiel du Patriarche œcuménique Bartholomée et vêpres en la cathédrale orthodoxe des Saints Archanges de Bruxelles (avenue de Stalingrad 34 à 1000 Bruxelles) en présence des autorités belges, des représentants d’autres confessions religieuses et de Grèce, ainsi que des fidèles.

Dimanche 10 novembre de 9h à 12h: matines et divine liturgie présidées par le Patriarche œcuménique Bartholomée en concélébration avec plusieurs hiérarques orthodoxes en la cathédrale ortho-doxe des Saints Archanges de Bruxelles.

Dimanche 10 novembre à 14h: rencontre du Patriarche avec les fidèles au collège Saint Jean Ber-chmans (rue des Ursulines 4 à 1000 Bruxelles). Accessible à tous.

Infos: www.orthodoxia.be


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