Le nouveau film de Pierre-François Martin-Laval, Fahim, retrace l’étonnant parcours d’un très jeune migrant bangladais devenu champion d’échecs en France.
On connaît Pierre-François Martin-Laval, alias PEF, pour ses talents comiques. Ex-membre de la troupe des Robins des Bois sur Canal +, il est passé de l’autre côté de la caméra en 2006 avec la comédie Essaye-moi. Depuis, on lui doit King Guillaume, les deux volets de l’adaptation de la bande-dessinée Les profs et celle de Gaston Lagaffe. Le CV du Français ne laissait donc pas forcément présager un drame. C’est pourtant vers ce genre qu’il s’est dirigé aujourd’hui, plus précisément vers le biopic. Touché par Un roi clandestin, roman autobiographique de Fahim Mohammad, il a voulu transmettre cette incroyable histoire au cinéma.
Ce récit est donc celui de Fahim, un jeune garçon du Bangladesh. Menacé dans son pays, il arrive en France avec son père dans l’espoir d’y trouver un refuge. Comme tous les clandestins, ils se heurtent alors à l’administration qui a pour mission de renvoyer ces immigrés plutôt que de les intégrer. Classique, jusque-là, ce parcours n’a rien d’extraordinaire. La singularité de cette histoire tient dans la passion de Fahim. Car le jeune garçon est un champion d’échecs dans son pays. Il espère donc pouvoir continuer à jouer, mais plus encore, trouver un professeur qui lui permettra de progresser. C’est là qu’entre en jeu Sylvain, un ours mal léché mais aussi un des meilleurs maîtres d’échecs de France. Au début, le contact n’est pas facile. Fahim ne parle pas français et n’est pas habitué à respecter des horaires. Malgré tout, son professeur décèle en lui l’essence d’un génie, capable de remporter les championnats de France d’échecs. Seul problème: il n’a pas de papiers et le règlement est intransigeant, il faut être Français pour participer.
Une ode à l’entraide
A travers son film, Pierre-François Martin-Laval veut donc sensibiliser à la cause des migrants qui échouent chaque jour en Europe dans l’espoir de trouver une vie meilleure. Il veut surtout rendre hommage aux personnes qui tendent la main à ces réfugiés. Le professeur d’échecs, bien sûr, mais aussi les enfants de la classe de Fahim, et leurs parents. Chacun à leur tour, ils ont accueilli le jeune garçon, alors qu’il risquait chaque jour d’être placé en famille d’accueil, une fois la demande de permis de séjour refusée. Au-delà du message humaniste, le réalisateur français raconte une histoire émouvante, en conservant une certaine légèreté. Pour un gars issu de la comédie comme lui, impossible, en effet, de se débarrasser complètement de tout humour. Fahim se glisse donc plutôt dans la case de ce qu’on nomme les ‘feel-good movies’, ces films qui "font du bien". Grâce à des personnages attachants, il nous entraîne aussi sans peine dans le monde des échecs. Lui-même totalement étranger à ce jeu, Pierre-François Martin-Laval réussit à rendre les parties amusantes à suivre, même sans comprendre toute la terminologie. Il peut pour cela s’appuyer sur le grand Gérard Depardieu, un dur au cœur tendre qui a plus d’un tour dans son sac pour damer le pion à l’administration.
Elise LENAERTS
Un roi clandestin, ed. Les Arênes, 2014

