Cinéma – Un astronaute en quête de sens


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Cinéma – Un astronaute en quête de sens
Par Isabelle Bogaert
Publié le - Modifié le
3 min

Avec Ad Astra, le réalisateur James Gray emmène Brad Pitt en voyage initiatique dans l’espace. Et nous fait réfléchir sur notre humanité.

Dans le silence de l’espace, sur un fond étoilé, des hommes s’affairent, arrimés à une station spatiale. Soudain, des explosions en série propulsent ces astronautes dans le vide noir. On retient son souffle, l’un d’eux parvient de justesse à s’accrocher et remonte vers la base, miraculeusement vivant. Ce premier plan vertigineux ouvre magistralement le nouveau film de James Gray (The Lost City of Z, Two Lovers). Après être parti en quête au fin fond de l’Amazonie, le réalisateur se perd dans l’espace pour livrer un envoûtant voyage initiatique. Malgré ce que laissent présager son affiche et son casting, Ad Astra ne pourrait être plus éloigné du blockbuster dopé aux scènes de bravoure. Car si James Gray réalise son premier film de science-fiction, c’est pour transporter Brad Pitt dans une quête pratiquement métaphysique.

La beauté au service de l’introspection
Après cette première scène époustouflante, le spectateur fait la connaissance de cet astronaute, Roy McBride, que ses supérieurs envoient en mission secrète. Roy n’a pas été choisi au hasard. Son père, un célèbre astronaute qu’on croyait tragiquement disparu, serait encore en vie. Et lié à ces mystérieuses explosions. Son fils embarque donc à bord d’une navette pour un périple aux confins de notre système solaire. Son voyage le mène d’abord sur la Lune, que l’Homme a conquise et façonnée à l’image de la Terre. Cette première partie permet au cinéaste de dévoiler son savoir-faire de metteur en scène, à travers des images puissantes, notamment une haletante course-poursuite lunaire. Mais, aussi impressionnantes soient-elles, ces séquences baignent dans une atmosphère désenchantée. La fin est proche, l’être humain est arrivé au bout de son règne et l’espace est devenu un Far West peuplé de hors-la-loi. Là où d’autres en auraient profité pour s’adonner à une surenchère de scènes d’action, James Gray choisit de s’intéresser au ressenti de son personnage, en plein doute existentiel à l’aube de ses retrouvailles avec son père. Cette nostalgie est surlignée par les pensées de l’astronaute, traduites en voix-off. On ne peut s’empêcher, alors, de penser au style de Terrence Malick, le cinéaste de l’introspection.
Le décor est donc éminemment important, mais c’est pour mieux traduire l’état d’esprit de cet homme, dont le visage filmé en gros plan reflète les tourments. La deuxième partie pousse plus loin encore la contemplation. La quête de l’astronaute fait d’ailleurs penser à celle de Martin Sheen dans Apocalypse Now. Son rythme lent, bercé par la musique aussi. Cinéaste d’ambiance, James Gray soigne donc dans les moindres détails ses plans, des photographies éblouissantes. Entre ses mains, la science-fiction devient un moyen de réflexion sur notre humanité. Clairement, Ad Astra a plus de 2001 l’odyssée de l’espace et de First Man, avec lequel il partage cette image d’astronaute déprimé, que de Gravity. Vrai film d’auteur, il déstabilisera probablement ceux qui espéraient voir Brad Pitt conduire des fusées. Même si contemplation ne veut pas dire manque d’adrénaline.

Elise LENAERTS

Catégorie : Culture

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