Les micros étaient branchés, les enregistreurs prêts, l’appareil photo aussi. La tension montait au sein du groupe des enfants-reporters. Dans quelques instants, ils allaient interviewer le "responsable des chrétiens catholiques de Belgique", le cardinal Danneels. Ce dernier venait de terminer une conférence à l’Institut Supérieur de Catéchèse Lumen Vitae (encore à Bruxelles à cette époque). Et il avait accepté de répondre à quelques questions que les enfants avaient préparées.
Questions d’enfants au cardinal
"C’est difficile d’être cardinal?" Voilà la première question posée timidement par un garçon de dix ans qui n’avait évidemment aucune idée de ce qu’est la vie d’un archevêque de Malines-Bruxelles. Le cardinal Danneels a souri, comme souvent quand il était en confiance, et il attendit un moment avant de répondre car il est un homme de réflexion. "Tu sais, mon garçon, un cardinal a beaucoup de travail. Il doit s’occuper de beaucoup de choses. Beaucoup de personnes viennent le trouver, souvent avec des problèmes… Mais pas toujours des problèmes! Parfois, le soir, je n’ai pas pu résoudre certains problèmes… C’était trop difficile ou pas encore le bon moment. Un cardinal ne sait pas tout résoudre. Alors, chaque soir, je prie. Et je dis au Seigneur: 'Voilà, Seigneur, j’ai fait ce que je pouvais. Certains problèmes, j’ai pu les résoudre. Mais tu as vu, d’autres problèmes je n’ai pas pu les résoudre. Alors, maintenant, c’est toi qui dois continuer. Moi, j’ai fait ce que je pouvais'!" Les enfants-reporters, après cette réponse sont restés un instant en silence. Ils ont découvert, comme avec leurs parents et leurs enseignants, que même un personnage important de l’Eglise et du pays ne parvient pas à tout résoudre, à tout régler.
"Et vous allez un jour devenir pape?" C’était une autre question qu’ils avaient préparée.
"J’espère que non!", répond le cardinal aux enfants. "Pourquoi?" "Oh! Parce qu’autrement j’aurais encore beaucoup plus de problèmes à devoir régler et, le soir, à dire au Seigneur: 'Tu vois, il y a encore plus de problèmes que je n’ai pas pu résoudre'."
Question du cardinal aux enfants
Il est aussi arrivé au cardinal Danneels, à l’inverse, de poser des questions aux enfants. Un jour, en discutant avec des enfants de huit à douze ans, au cours d’une catéchèse* consacrée aux sacrements, il eut cette question: "Si vous allez très loin, vers un endroit pour lequel vous ne connaissez pas la route, que prendrez-vous dans votre sac?" Le petit Jean-Michel répondit: "Une carte", mais la grande Valérie dit au cardinal: "Moi, dans mon sac, je mettrais du respect, l’un pour l’autre, même si nous sommes différents!"
En posant cette question "Si vous allez très loin, vers un endroit pour lequel vous ne connaissez pas la route…" Godfried Danneels pensait-il aussi à l’ultime voyage, à son voyage vers l’éternité de Dieu? On ne le sait pas! Toujours est-il qu’il y est maintenant. Il est passé par la mort ce jeudi 14 mars 2019 à l’âge de 85 ans. Qu’a-t-il emporté dans son sac? Le Seigneur Dieu qui "est celui qui sonde les cœurs et les reins" (Ap 2,23) sait tout le bien qu’il a fait et, comme la petite Coralie de six ans, qui se jeta à son cou, lors d’une visite que le cardinal rendait à sa famille, quelques jours avant l’ordination diaconale de son papa, elle lui donna un gros bisou. Godfried (ce qui signifie "La Paix de Dieu") est maintenant dans les bras de Celui qui est l’Amour (1 Jn 4,16).
Question d’enfant – La chronique de Luc Aerens
*Ce dialogue catéchétique entre les enfants et le cardinal Danneels, à propos des sept sacrements, a été publié dans un livre qui porte comme titre Les sept doigts d’une main. Il a paru en 2003 aux Editions Fidélité (Namur). La question reprise ici se trouve à la page 72.

