
Tout le monde a ri aux gags de Laurel et Hardy. Un film rend hommage à ces deux légendes, en s'attachant au crépuscule de la carrière de ce duo comique.
Certains titres sont parfois très bien choisis et traduisent subtilement le contenu de leur film. C’est le cas de Stan & Ollie. Derrière ces surnoms se cachent deux grandes figures du cinéma burlesque. L’un, Américain, a un physique imposant, l’autre, Britannique, est petit et maigrelet. A deux, ils ont tourné plus de cent films pendant près de vingt-cinq ans. On parle bien sûr de Stan Laurel et Oliver Hardy, le duo de comiques qui a marqué à jamais l’histoire du cinéma. Jon S. Baird leur consacre un biopic, en se focalisant sur une période bien précise de leur vie. Il passe les années de succès dont tout le monde se souvient pour s’arrêter sur la fin de carrière du duo comique. Nous sommes alors en 1953, le cinéma parlant est maintenant installé et l’étoile de Laurel et Hardy a bien pâli. Les deux amis ont vieilli et d’autres artistes les ont remplacés. Mais ils décident, malgré tout, de remonter sur scène, le temps d’une tournée à travers l’Angleterre. Ce sera l’occasion de les découvrir dans leur intimité, en les appelant par leurs prénoms, Stan et Oliver.
Les dessous d’un mythe
Les salles peinent à se remplir, la santé d’Oliver vacille mais l’amour du métier est plus fort. Ces gars sont des passionnés. Le film montre leur motivation à faire rire, le plaisir qu’ils éprouvaient face à leur public. Ils ne gagnent plus grand-chose, mais l’envie de jouer est intacte.
L’idée de se concentrer sur la déliquescence de leur carrière est donc très ingénieuse. Elle permet, en effet, de dresser un portrait humain du mythique duo. On voit notamment comment cette tournée rapproche Laurel et Hardy. Alors qu’ils formaient auparavant un couple de travail, leur complicité se prolonge une fois le rideau tombé. Les deux copains ont chacun leur vie amoureuse, mais ils prennent soin l’un de l’autre, comme des frères. Ils peinent à trouver des moyens de financement, se disputent, bien sûr, et doivent donc de plus en plus compter l’un sur l’autre. Impossible, dans ces conditions, de ne pas être ému par leur fin de parcours. Tout en riant, évidemment, de leurs sketches.
Ceux-ci sont reproduits à la perfection par les deux acteurs, l’autre gros point fort du film. Le trop rare Steve Coogan (vu notamment dans Philomena) emprunte le chapeau melon de Stan Laurel, tandis que l’immense John C. Reilly (l’un des frères dans The Sisters Brothers) prend la moustache de son acolyte. Tous deux font preuve d’une impressionnante maîtrise, reproduisant fidèlement les pas de danse, la gestuelle et les chorégraphies des comiques. Les voir rejouer avec un tel entrain les numéros de Laurel et Hardy donne l’envie irrépressible de se replonger dans leurs meilleurs films. Alors que certains biopics se contentent de dérouler la vie de son/ses sujet(s), Stan & Ollie choisit de raconter une histoire originale. Drôle et émouvant, il évite de sombrer dans la nostalgie pour rendre de la meilleure façon qui soit un hommage au duo qui a pratiquement inventé le burlesque. Un genre qui continue de marquer le cinéma actuel.
Elise LENAERTS

