Adaptation sensorielle d’un classique américain, If Beale Street Could Talk (Si Beale Street pouvait parler) est une œuvre poétique et engagée.
Un couple d’Afro-Américains se promène dans les rues de Harlem. Ils sont jeunes, amoureux et ont toute la vie devant eux. Le soir tombant, ils se quittent sur un long baiser, avant de rentrer chez eux. Tish habite encore chez ses parents et doit leur annoncer qu’elle est enceinte de Fonny. Ce qui devait être le début d’un conte de fées va malheureusement tourner au drame. Alors que la famille de la jeune fille accueille la nouvelle avec bienveillance, la maman et les sœurs du jeune homme voient d’un très mauvais œil cette alliance avec une famille inférieure à leur classe. Et ce premier obstacle n’est rien, comparé aux événements qui vont suivre... Le lendemain, Fonny est jeté en prison, accusé d’avoir violé une jeune femme. Ses chances de s’en sortir sont minimes car, dans les années septante, le racisme fait encore partie des mœurs acceptées aux Etats-Unis. La jeune Tish va donc devoir se battre pour réparer l’injustice subie par son compagnon. Elle ne tardera pas à découvrir qu’un policier revanchard a décidé d’anéantir leur bonheur.
Le thème du racisme préoccupe toujours – avec raison – le monde du cinéma américain. Il revient donc naturellement dans plusieurs prétendants aux Oscars cette année-ci. L’hilarant Green Book, le revendicatif BlacKkKlansman et If Beale Street Could Talk traitent chacun à sa manière de ce vaste sujet. Alors que les deux premiers sont axés sur l’humour, cynique ou bon enfant, If Beale Street Could Talk joue sur un autre terrain, celui de la romance. Son réalisateur, Barry Jenkins, par ailleurs déjà détenteur de l’Oscar du meilleur film pour son précédent long-métrage, Moonlight, a choisi d’adapter le roman éponyme de James Baldwin. Le cinéaste afro-américain connaît le livre par cœur, et voulait donc retranscrire ce qu’il a ressenti à la lecture de ce drame écrit en 1974. Cette approche transparaît dans chaque recoin de son film.
La poésie des images
If Beale Street Could Talk brille, en effet, par sa mise en scène délicate, sa photographie aux couleurs douces, qui contrastent avec l’histoire d’amour contrariée. Le réalisateur mise sur l’aspect sensoriel des images, en s’appuyant sur une musique enveloppante, pour nous faire ressentir ce que traversent Tish et Fonny. Le racisme est évidemment partie intégrante de l’histoire, mais le style fait penser à un instantané qui saisit l’ambiance d’une époque. Les alentours de Beale Street, la vie dans ce quartier afro-américain dans les années septante, sont magnifiquement reconstitués. On a l’impression de déambuler dans ces rues aux couleurs pastel, de prendre le métro new-yorkais avec les amoureux. L’épreuve du jeune couple n’en est donc que plus émouvante, même si le côté contemplatif peut éventuellement sembler légèrement soporifique. Barry Jenkins n’arrive pas avec des phrases choc ou des rebondissements en cascade. Il se fie au ressenti et à l’aura de ses personnages principaux. If Beale Street Could Talk s’apparente donc à un poème visuel, d’un romantisme fou, mais au message engagé. Il confirme, en tout cas, le talent d’un cinéaste.
Elise LENAERTS

