Cinéma – SOS reconnaissance


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Cinéma –  SOS reconnaissance
Agnès Jaoui et Alban Ivanov
Par Isabelle Bogaert
Publié le - Modifié le
3 min

Agnès Jaoui et Alban Ivanov

Dans son nouveau film, Gilles Legrand tourne en dérision la société bienpensante d’aujourd’hui. Eh oui, parfois, il faut savoir se méfier des bonnes intentions!

Isabelle, la cinquantaine, ne peut s’empêcher de rendre service aux autres. Depuis toute petite, elle est de toutes les collectes, voyages humanitaires, cours bénévoles et distributions de médicaments. Elle a d’ailleurs rencontré son mari, Adjin, dans un camp de réfugiés pendant la guerre des Balkans. Depuis, ils sont revenus en France et ont eu deux enfants. Désormais adolescents, ils aimeraient voir un peu plus leur maman. Zoé, surtout, rêverait de faire du shopping sans entendre sa mère demander à la caissière si la fabrication de son t-shirt n’a pas impliqué le meurtre d’un enfant du Bangladesh. À force de courir pour les autres, Isabelle en a pratiquement oublié sa propre famille. Malheureusement, la situation ne va pas s’arranger. Car une nouvelle prof vient de faire son entrée au centre d’alphabétisation où elle travaille. Jeune et dynamique, Elke fait de l’ombre à Isabelle avec ses méthodes d’enseignement modernes. Alors, pour se prouver qu’elle est toujours la meilleure, Isabelle décide de faire passer le permis à ses élèves de français. Vu leur niveau en langue, l’explication du code de la route s’annonce fastidieuse...
La société au vitriol
Les bonnes intentions tourne en dérision la société bienpensante d’aujourd’hui avec un ton grinçant très juste. L’acharnement de cette bonne samaritaine à vouloir absolument faire le bien dans tous les domaines donne lieu à des scènes d’humour acide qui font réfléchir à nos propres comportements. À la contradiction, surtout, entre nos modes de vie et nos convictions et beaux discours humanistes. Car Isabelle a peut-être le beau rôle, vu de l’extérieur, mais son dévouement aux autres n’est pas toujours complètement désintéressé. Accro au sentiment de gratitude, elle a besoin des regards admiratifs de ceux qu’elle sort de la misère pour exister. À tel point qu’elle risque de se perdre, au grand dam de son mari et ses enfants.
Agnès Jaoui, impériale
Même s’il est souvent corrosif, le film n’aspire pas à dénigrer les personnes qui travaillent dans le domaine social, mais dresse le portrait d’une femme et de ses petits travers, dans lesquels certains se reconnaîtront. Agnès Jaoui est d’ailleurs comme un poisson dans l’eau en bourgeoise donneuse de leçons. Tour à tour insupportable, attachante, tendre et amusante, elle joue une partition sans fausses notes. Malgré tout, on tombe peut-être parfois un peu dans les clichés. Les élèves du cours de français, par exemple, sont assez caricaturaux. Mais on sent que les intentions, justement, sont louables. Une séance chez une psychologue de couple sert ainsi de prétexte pour se moquer gentiment des méthodes de communication en vogue. Une réunion de Noël égratigne notre recherche éperdue de reconnaissance sociale.
Les Bonnes intentions ne révolutionne pas le genre de la comédie française. Le scénario ne livre pas de grande surprise. Mais le sujet et surtout la façon dont il est traité ont le mérite de nous interroger. Et ça, ce n’est jamais inutile.

Elise LENAERTS

Catégorie : Culture

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