Crier au bord du chemin


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Crier au bord du chemin
Par Didier Croonenberghs
Publié le - Modifié le
2 min

Aux quatre coins du Royaume, des accords et des alliances se sont progressivement formés suite aux élections communales. Dans certains cas particuliers, des partis pourtant sortis vainqueurs ont été laissés au bord du chemin par un jeu de coalition! De l’autre côté de la Manche, une foule nombreuse avec des drapeaux bleus étoilés a offert un spectacle un peu surréaliste en plein cœur de Londres. Un des organisateurs de cette manifestation anti-Brexit qualifiait ce rassemblement d’indispensable cri dans le vide. Vainqueurs que l’on tente de faire taire ou minorités qui veulent faire entendre leurs voix envers et contre tout: tel est le jeu démocratique. Il y aura toujours des personnes au bord du chemin. Voilà aussi l’expérience de l’aveugle Bartimée qui subit la pression de la foule: "Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle." Poids des majorités, de l’opinion, des émotions: il y a des jours où la démocratie nous rend ochlophobe. Les ochlophobes voient dans la foule une menace. Ceux qui souffrent d’ochlophobie finissent par ne plus distinguer clairement ce qui les entoure. Leur vision est comme troublée! Parce qu’ils ne voient que la foule, ils ne se voient même plus eux-mêmes comme sujet libre. Et nous? Nous pouvons tous, à des degrés divers, souffrir du poids de la masse versatile, nous sentir victimes de ce que nous n’avons pas choisi. Nous avons aussi une grande capacité à nous mentir à nous-mêmes, à ne pas voir la vérité en face. Mais lorsque la vie nous semble indifférente, fruit d’un consensus mou et non éclairé, il y a cependant une chose qu’on ne peut nous dérober: cette capacité à bondir, à crier, à personnaliser notre vie. Comment? En quittant justement le manteau de l’opinion pour nous désaveugler et croire à nouveau en la vérité. Tout affaiblissement de confiance en la vérité entraîne nécessairement un sentiment d’inutilité de la démocratie, réduite alors à un simple jeu d’options et d’opinions. Il est facile de reprocher aux autres et aux dirigeants un manque de vision, lorsque nous sommes nous-mêmes complices de notre propre aveuglement. Avoir une vision politique à long terme présuppose justement l’idée de Vérité plus haute que nos jeux démocratiques. Y croyons-nous vraiment, par nos paroles et par nos actes? "Rabbouni, que je retrouve la vue!"

Frère Didier CROONENBERGHS, o.p.
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