Cet été, l'exposition Territoires intérieurs met en avant Gustave Van De Woestyne et Anto Carte, deux peintres belges nourris de silence et d'attention aux mouvements de l'âme.
Confortablement installée dans un vaste jardin, la maison des époux Van Buuren continue à séduire les visiteurs attirés par l'Art déco, mais pas seulement !
De nombreux objets décoratifs et tableaux ornent les pièces de l'habitation, et parmi ceux-ci des œuvres de Gustave Van De Woestyne (1881-1947), dont le propriétaire fut le mécène et l'ami. Dans la salle à manger, six natures mortes composées pour la pièce et, dans la cage d'escaliers, un grand tableau attirent ainsi le regard. Intitulé La table des enfants, ce dernier met en scène les cinq enfants du peintre, dans une composition figée et pourtant bouleversante. La maison a compté jusqu'à 32 tableaux de ce peintre, membre de l'école de Laethem-Saint-Martin, dans la région gantoise dont il est originaire. Et cet été, la fondation privée propose une confrontation inédite entre ses œuvres et celles du peintre montois Anto Carte (1886-1954). Si leurs parcours semblent antinomiques, leur foi et son inscription dans certains de leurs tableaux unissent cependant les deux artistes. Très vite, il apparaît que le lien entre les hommes s'inscrit aussi dans leur déclinaison de poses communes. Ainsi en est-il du Berger ou du Semeur.
Et l'ange parut...
L'annonciation réunit, à nouveau, les deux peintres, dans une approche sensible du thème. Dans la lithographie sur papier de Carte, l'ange apparaît à la fenêtre d'une jeune femme, en lui tendant, non pas une brassée de fleurs, mais un pot de fleurs. La jeune femme à la chevelure blonde semble songeuse. "Chargées de spiritualité, les œuvres d’Anto-Carte emplissent qui les contemple, d’une sorte de ferveur admirative. Il y règne, en effet, une atmosphère qui donne des ailes à l’esprit", explique la fondation consacrée à l'artiste. Du côté de l'huile sur carton de Van De Woestyne, l'ange s'incline devant la jeune femme auréolée qui se tient devant une petite maison au carrelage noir et blanc, et aux fenêtres en croisillon. Ces deux œuvres touchent par la simplicité qui s'en dégage. Ce face à face proposé dans le dressing d'Alice Van Buuren est saisissant de justesse.
Avec Annonciation au milieu d'un paysage, Van De Woestyne rêve d'un ange agenouillé au pied d'une jeune femme dont l'illumination vient du sol et non du ciel. Autrement dit, son humanité est mise en lumière, dans un décor imaginaire où une ferme au toit de chaume ouvre son jardin.

La maternité assumée
Autres merveilles : les tableaux qui mettent en avant une femme et son enfant. Intitulé sobrement Mère et enfant, l'huile d'Anto Carte a pour sujet deux personnages vêtus de couleurs claires devant un paysage aux allures de ferme brabançonne. La mère se tient campée avec détermination. On sent la force qui l'habite face aux imprévus de la vie, aux mauvaises récoltes peut-être. Son enfant est niché dans le creux de son épaule, comme une Vierge tient le Christ.
Dans la même pièce de la maison des époux Van Buuren, l'huile sur toile Maternité d'Anto Carte illustre la douceur de l'attachement mère-enfant, alors qu'un cheval de trait se tient en arrière-fond de l'habitation villageoise. Si la terre est noire, la maison est d'une blancheur qui rend plus grand le contraste entre les éléments naturels et la construction humaine. Des couleurs primaires complètent l'ensemble avec force: la robe rouge de la mère, une barrière verte, autant d'éléments qui rassurent.

Avec son Paysage d'été, Anto Carte met en scène un enfant que l'on devine joyeux et une mère attendrie ou rassurante. Les nombreux pots de fleurs soulignent le soin apporté au jardin coloré, qui s'ouvre derrière la barrière verte. Tout autre est la vision de la maternité déployée par Van De Woestyne, avec une femme songeuse au pied d'un pommier dans Maturité. Sa robe est aussi sombre que le tapis de pommes est coloré. Massive et enceinte, elle occupe toute la place.
Au-delà du jeu des courants et de leurs appartenances respectives à des écoles de peinture comme l'expressionnisme pour Van De Woestyne, la confrontation de ces deux peintres se révèle plus qu'intéressante. Elle scelle des visions de l'humanité chargées de tension et d'attention. L'infiniment petit y prend vie, dans une méditation qui touche encore près d'un siècle après leur composition.
Angélique TASIAUX
Territoires intérieurs est à voir jusqu'au 27 septembre au Musée Van Buuren. N'hésitez pas à vous procurer le guide du visiteur composé pour l'occasion.

