En cherchant les mots pour commenter ces lectures dominicales où il est question d’accueil, d’hospitalité, je me suis attardé sur une faiblesse de ma langue: en français, "hôte" prête à confusion. C’est tout aussi bien celui qui reçoit que celui qui est reçu… Mais j’ai fini par trouver matière à méditer dans ce flottement du langage, a priori inconfortable…
Eh oui, si ce double sens soulignait ce que chacun vit indistinctement - accueillant, accueilli - dans une stricte égalité? S’il disait le plus précieux, l’essentiel de l’hospitalité: la rencontre? L’hospitalité, en vraie rencontre, porte des fruits dans le cœur et l’intelligence de chaque hôte (celui qui reçoit comme celui qui est reçu): la joie de se faire connaître d’un autre, le bonheur de partager en paroles et en actes ce qu’on a de meilleur, l’ouverture à la nouveauté qu’est l’autre, une nouveauté qui peut aider à préparer l’avenir… L’hospitalité enrichit, elle est féconde. Il n’est donc pas étonnant que, dans toutes les cultures, elle soit souvent mise en lien avec le Divin. A travers les siècles et les continents, on ne compte plus les mythes, les récits où un homme hospitalier découvre après coup qu’il a reçu une divinité incognito. Il y a du divin dans l’hospitalité. Dieu est notre hôte, aux deux sens du mot français.
Soit nous recevons Dieu, soit Dieu nous reçoit
Dieu nous reçoit: La Bible évoque son accueil de l’humanité dans un grand jardin (au tout début du Livre, la Genèse) ou dans une ville resplendissante (à la toute fin du Livre, l’Apocalypse). Isaïe parle des viandes grasses et des vins capiteux (Is 23, 6) que le Seigneur prépare sur sa montagne pour ses hôtes. Oui, Nous sommes les hôtes, les invités de Dieu.
Dieu nous reçoit, mais aussi - la Bible l’assure - nous recevons Dieu à travers ses envoyés. Et comme le raconte l’histoire d’Élisée et de la Sunamite, de cette hospitalité jaillissent le bonheur, la vie, là où l’on avait perdu toute espérance. C’est vrai à Sunam; c’est vrai au chêne de Mambré; c’est vrai à Béthanie, à l’auberge d’Emmaüs. Et Jésus l’affirme (ce que la sagesse universelle suggère à travers ses contes mythologiques): dès que nous accueillons même le plus petit, le plus négligeable des hôtes, c’est Dieu lui-même que nous recevons.
Finalement, à travers le flou de sa double signification, le mot hôte peut nous aider à mieux découvrir notre Dieu. Dans notre prière, jouons avec les richesses que ce mot suggère. Dieu se montre envers nous plein de générosité et de discrétion, il aime répondre à nos attentes, et il aime nous surprendre. Il trouve sa joie en nous comblant, et il se réjouit lorsque nous lui faisons place dans notre vie. Demandons-nous, dans le secret du cœur, quelle facette du mystère de Dieu nous sommes heureux de (re)découvrir en entendant proclamer en français que le Seigneur veut se faire doublement notre hôte…
Aujourd’hui, qu’il y ait une joie spirituelle à être francophone!

