Emmanuel Macron au Vatican : que faut-il retenir de cette rencontre avec le Pape ?


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Emmanuel Macron au Vatican : que faut-il retenir de cette rencontre avec le Pape ?
Le pape Léon XIV et Emmanuel Macron se sont rencontrés pour la première fois Le 10 avril dernier. © Vatican News
Par Maxime Mpeye
Publié le
6 min

Ce vendredi 10 avril, Emmanuel Macron a été reçu par le pape Léon XIV en audience au Vatican. Il s’agissait de leur première rencontre depuis l’élection du souverain pontife le 8 mai dernier. Cette entrevue, en pleine guerre au Moyen-Orient, devait permettre aux deux chefs d’Etat d’aborder plusieurs thématiques. Avant une visite de Léon en France?

Après plusieurs rendez-vous reportés pour des raisons d’agenda, le président français, accompagné de son épouse, a rencontré Léon XIV pour la première fois ce vendredi au Palais apostolique. Cette audience est venue s'intercaler dans une  période dense pour le Vatican, cinq jours après la fête de Pâques et trois jours avant le début de la tournée africaine du Pape.

Différents thèmes abordés

Bien qu’ils ne soient jamais vus physiquement auparavant, Emmanuel Macron et l’évêque de Rome avaient déjà échangé par téléphone. C’était le 15 mai dernier, une semaine après l’élection de Robert Francis Prevost à la tête de l’Eglise. Les deux hommes avaient alors notamment parlé des guerres en Ukraine et à Gaza. Le président français avait fait part de son ambition commune avec le pape « de concilier lutte contre la pauvreté et protection de la planète ».

Vendredi dernier, au Vatican, les deux hommes ont échangé pendant plus d’une heure. Le contenu de la conversation n’a pas été révélé mais cette rencontre devait permettre d’aborder plus en détails« les défis soulevés par l’actualité nationale », comme l'avait annoncé l’Elysée. Dès le début de la guerre en Iran menée par les Etats-Unis, le Saint-Siège avait appelé à « mettre fin à la spirale de la violence ». Plus récemment encore, Léon XIV dénonçait « le fracas des armes » lors de son voyage à Monaco et demandait que « ceux qui ont le pouvoir de déclencher des guerres choisissent la paix » lors du dimanche de Pâques. Ces derniers jours, le président français et le souverain pontife ont dénoncé la politique guerrière de Donald Trump.

Un objectif commun : la paix

Le Liban, qui a connu la semaine dernière une série de frappes particulièrement meurtrières, bénéficie d’une « attention, une sensibilité particulière du pape et du président ». Il s’agit d'ailleurs d'un pays que Léon XIV a déjà visité, à l'occasion de son premier voyage apostolique. Le dirigeant français, quant à lui, ne cesse de militer pour inclure le front libanais dans l’accord de cessez-le-feu de deux semaines conclu par les Etats-Unis et l’Iran.

Le 1er avril dernier, Paris saluait le « rôle essentiel du Saint-Siège » et « l’engagement personnel du Saint-Père en faveur de la paix, du dialogue et de la solidarité entre les peuples ». Mercredi dernier, juste après l’annonce du cessez-le-feu entre l’Iran et les Etats-Unis, le Saint-Père a rappelé que « seul le dialogue peut mettre fin à la guerre au Moyen-Orient ».

Sur X, le président français s'est justement dit "très heureux" de sa rencontre avec le souverain pontife. « Nous portons une même conviction : face aux fractures du monde, l’action pour la paix est un devoir et une exigence. La France œuvrera toujours pour le dialogue, la justice et la fraternité entre les peuples », a-t-il publié.

Le sujet délicat de la fin de vie

La présidence française avait indiqué d’emblée que les conflits internationaux ne seraient pas seuls sur la table : le multilatéralisme, la régulation de l’intelligence artificielle, le climat et l’humanitaire devaient également être abordés. Mais le sujet probablement le plus délicat concerne la politique intérieure.

Le projet de loi du gouvernement français sur « l’aide à mourir » sera examiné par le Sénat le 11 mai prochain. Si ce texte finit par aboutir, le suicide assisté, pour l’instant encore illégal, serait légalisé dans l’Hexagone. La Conférence des évêques de France a indiqué à maintes reprises « sa profonde opposition » à cette réforme sociétale. Le Saint-Siège considère l’euthanasie comme un « crime contre la vie humaine » et le suicide assisté comme un « péché grave ». Le 28 mars dernier à Monaco, le pape Léon XIV appelait encore à protéger la vie humaine « de sa conception à sa fin naturelle ».

De nombreux cadeaux

Comme le veut la tradition, le président français a offert différents présents au souverain pontife liés à ses centres d’intérêts. Tout d’abord, le pape, passionné de sport, s’est vu offrir un maillot dédicacé de l’équipe de France de basket-ball. Le Pape américain, né à Chicago, est supporter des Chicago Bulls, l’équipe de basket de sa ville natale. A tel point qu’une fresque le représentant en tenue des Bulls a été peinte à Rome par l’artiste de rue italien TVBoy.

Le Pape a également reçu un fac-similé de la carte du père Jacques Marquette, un missionnaire français du XVIIe siècle. Elle illustre les débuts de l’exploration française en Amérique du Nord et est issue du voyage de 1673 avec l’explorateur canadien Louis Jolliet vers le Mississippi. Il s’agissait à l’époque d’un territoire inconnu des Européens et le document mêle à la fois observations géographiques et descriptions des peuples autochtones rencontrés. Cette carte, qui a participé à la diffusion en Europe des découvertes missionnaires et scientifiques fait écho à l’engagement missionnaire contemporain du pape Léon au Pérou entre 1985 et 1998.

La liste ne s’arrête pas là puisque le Chef de l’Etat français a encore présenté un recueil de textes de Georges Bernanos, un écrivain français catholique du XXe siècle. Intitulé Combat pour la liberté, cet ouvrage a été écrit pendant la Seconde Guerre mondiale. L’auteur défend fermement la liberté contre tous les formes d’oppression, y compris le totalitarisme. Bernanos critique le régime de Vichy et la collaboration avec l’occupant nazi. Ce recueil est un symbole de résistance et de dignité humaine et illustre un attachement aux valeurs humaines et chrétiennes. Enfin, un deuxième ouvrage a été remis au Pape : Rebâtir Notre-Dame de Paris. Il s’agit du livre officiel de la reconstruction de la cathédrale, dévastée par un incendie en 2019. Il contient des dizaines de photographies et des témoignages des artisans, architectes et ingénieurs qui ont participé à la reconstruction et réouverture de l’édifice en 2024

Une visite d'Etat en vue ?

L’Elysée a profité de cette audience au Vatican pour inviter officiellement le souverain pontife à se rendre en France. Il s’agit d’une visite souhaitée par le cardinal Jean-Marc Aveline, le président de la conférence épiscopale française. Léon XIV aurait un intérêt manifeste pour « la fille ainée de l’Eglise » dans laquelle il percevrait des ressources missionnaires pour enrayer le déclin du catholicisme en Europe.

Bien qu’aucune date n’ait encore été fixée, cette visite pourrait se dérouler vers la fin du mois de septembre. Une venue à la cathédrale Notre-Dame de Paris et au sanctuaire est étudiée. Ces lieux, chargés de signification religieuse, reflètent la tradition des voyages apostoliques, alliant dimension pastorale et visibilité internationale. La décision finale appartient néanmoins toujours au Saint-Siège.
Pour rappel, malgré les trois voyages du Pape François sur le territoire français, respectivement à Strasbourg (Conseil de l'Europe), Marseille (Rencontres méditerranéennes) et Ajaccio, ce dernier n’a jamais effectué de visite d’Etat en France. Il avait même décliné l’invitation du président français à la réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris en 2024.

Maxime MPEYE (st.)

Catégorie : International

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