Ce samedi, le pape Léon XIV était dans la Principauté. Une visite historique : aucun évêque de Rome ne s’y était rendu depuis Paul III, en 1538. Retour sur les moments forts d’une journée… où le Pape s’est exprimé en français.
Samedi matin à 9 heures, le Saint-Père a été accueilli à l’héliport de Monaco par le prince Albert II, qu’il avait déjà reçu au Vatican en janvier dernier, et son épouse, la princesse Charlène. Il a ensuite pris la direction du Palais princier pour la cérémonie de bienvenue officielle. Après un accueil de la famille princière et un entretien bilatéral entre les chefs d’Etat des deux plus petits pays au monde, le prince a prononcé une allocution solennelle depuis le balcon du palais.
"Notre foi fait notre force": le catholicisme comme religion d'Etat
Il a salué « une visite historique » et rappelé les liens entre le micro-Etat et le catholicisme : "[Le destin monégasque] est façonné dans la foi catholique, qui, depuis plus de 700 ans, a guidé notre chemin, forgé notre identité et inspiré notre action", commence-t-il. « Le catholicisme est au cœur de notre histoire, de notre identité et de notre avenir. Respectueuse de la liberté de culte et soucieuse de l’épanouissement de chacun, engagée dans la préservation de la planète et tournée vers la modernité, la Principauté de Monaco a toujours été porteuse d’une spiritualité et d’une éthique qui nous inscrivent dans le temps long et inspirent nos actions dans notre organisation comme dans notre action internationale. Notre foi fait notre force », a-t-il ajouté. Monaco fait partie des rares Etats au monde à reconnaître le catholicisme comme religion d'Etat, un statut inscrit dans la Constitution monégasque depuis 1962 sous le règne du prince Rainier.
Le pape appelle à plus de justice sociale
Le Saint-Père a également prononcé un discours, en français, avant de bénir les fidèles rassemblés devant le balcon. Dans son discours, il a dénoncé les inégalités en fustigeant « les configurations injustes du pouvoir, les structures de péché qui creusent des abîmes entre pauvres et riches, entre privilégiés et rejetés, entre amis et ennemis ». Il a appelé au partage des richesses dans cet Etat réputé pour son luxe : « Chaque talent, chaque opportunité, chaque bien mis entre nos mains a une destination universelle, un devoir intrinsèque de ne pas être retenu mais redistribué, pour que la vie de tout le monde soit meilleure ». En évoquant le statut de la foi catholique dans le pays, le pape âgé de 70 ans a ajouté : « Celle-ci nous met devant la souveraineté de Jésus qui engage les chrétiens à devenir dans le monde un Royaume de frères et sœurs, une présence qui n’écrase pas mais relève, qui ne sépare pas mais relie, prête à toujours protéger avec amour chaque vie humaine, à tout moment et dans toutes les conditions, afin que personne ne soit jamais exclu de la table de la fraternité ».
Il a également souligné les combats communs de la Principauté et du Saint-Siège en évoquant la paix, la protection de la nature et le respect de la dignité humaine dans toutes ses dimensions. Devant la place du Palais, dont l’accès était réservé aux résidents et aux Monégasques, de nombreuses personnes sont venues voir le souverain pontife. « C'est historique, c'est une des seules fois de notre vie où ça se passera à Monaco. Et ça montre l'engouement du peuple monégasque », a expliqué Béatrice, une habitante, au micro de BFM TV.
"Encore aujourd’hui, combien de calculs sont faits dans le monde pour tuer des innocents ?" : un discours axé sur la paix
Le pape s’est ensuite rendu à la Cathédrale de l’Immaculée-Conception à bord de sa papamobile. Il y a été reçu par l’archevêque de Monaco, Monseigneur Dominique-Marie David. Une prière de la Liturgie des Heures rassemblant le clergé, les religieuses de Monaco et les représentants du diocèse y a été célébrée. Il a également prononcé une homélie. Devant les responsables religieux, le pape a appelé à protéger la vie humaine « de sa conception à sa fin naturelle ». Actuellement, l'interruption volontaire de grossesse n'est autorisée qu'en cas de viol ou de danger pour la mère. L'année dernière, le prince Albert II avait justement refusé de légaliser l'avortement jusqu'à 12 semaines pour des raisons religieuses.
A la fin de la célébration à la cathédrale, le souverain pontife a rencontré des jeunes et des catéchumènes à l’église Sainte-Dévote, un lieu hautement symbolique pour les Monégasques. Un temps de prière et une prise de parole du pape ont accompagné ces moments d’échange. Pour clôturer cette visite historique, Léon XIV a présidé une messe au Stade Louis II à 15 heures. Cette célébration qui a rassemblé près de 15 000 personnes sur place a été retransmise en direct dans le monde entier. Dans son homélie, prononcée en français, le pape américain s'est longuement exprimé en faveur de la paix alors que de nombreux conflits se multiplient dans le monde. Il a exhorté les fidèles à ne pas « s’habituer au fracas des armes et aux images de la guerre ». « La paix n’est pas un simple équilibre des forces, (…) elle est l’œuvre de ceux qui voient dans l’autre un frère à protéger, et non un ennemi à abattre », a-t-il imploré.
Il a également dénoncé « la démonstration de la force et la logique de la toute-puissance (qui) blessent le monde et compromettent la paix ». Les injustices qui blessent les peuples, et les guerres qui les ensanglantent, sont « le fruit de l’idolâtrie du pouvoir et de l’argent » a ajouté le Souverain pontife. « Encore aujourd’hui, combien de calculs sont faits dans le monde pour tuer des innocents ? Combien de fausses raisons sont revendiquées pour les éliminer ? », s'est-il interrogé en référence aux « nombreuses injustices qui blessent les peuples et à la guerre qui déchire les nations ». A l'issue de cette messe à ciel ouvert, il a rencontré plusieurs représentants associatifs et religieux.
En route vers l'Afrique...
Près de neuf heures après son arrivé son place, le pape Léon XIV a achevé son voyage apostolique. Il est retourné à l’héliport pour la cérémonie d’adieu. Après avoir salué la délégation locale et traversé la garde d’honneur, il a été salué une dernière fois par le prince Albert II et la princesse Charlène avant de regagner son hélicoptère, vers l’Italie. Dans un télégramme adressé au prince souverain, Léon XIV a encore remercié la famille princière, le gouvernement et la population monégasque « pour l’accueil chaleureux et l’hospitalité généreuse » qu’il a reçus. « Je prie pour que Dieu Tout-Puissant vous bénisse de paix et de force », conclut-il.
Le prochain voyage apostolique du pape sera sa tournée très attendue en Afrique, du 13 au 23 avril.
Maxime Mpeye (st.)
