Décryptages – Quel avenir pour le Liban ? 


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Décryptages – Quel avenir pour le Liban ? 
La journaliste Laurence D’Hondt et Fidaa H., une franco-libanaise née dans une famille proche du Hezbollah.
Par Julien Paul
Journaliste
Publié le - Modifié le
4 min

Cette semaine, les invitées de la première partie de l’émission Décryptages étaient la journaliste Laurence D’Hondt et Fidaa H., une franco-libanaise née dans une famille proche du Hezbollah. Cet entretien s’est tenu au moment où le pays du cèdre observait une journée de deuil national après avoir subi un déluge de feu israélien sans précédent. 

Le Hezbollah (« Parti de Dieu ») est un parti politique et une milice islamiste chiite libanaise. Il est soutenu et piloté par le régime iranien. Le Hezbollah joue un rôle important dans le tissus social libanais, contrairement à l’État qui, affaibli, est de plus en plus défaillant. Ce sont les cadres de cette organisation chiite qui sont visés par les frappes israéliennes qui lacèrent le Liban ces temps-ci.

À travers l’histoire de Fidaa H., une femme marquée par la guerre, l’exil et le refus des explications toutes faites, c’est la structuration de la société libanaise dans son ensemble qui a d’abord été interrogée. 

Un oiseau rare

Au Liban, sous l’influence notamment des discours promus par le Hezbollah, nombreux sont ceux et celles qui souhaitent l’effacement d’Israël de la carte du mode. Sous le joug des bombardements indiscriminés de Tsahal, cette vision des choses s’accentue inévitablement. Mais l’exilée Fidaa H. a décidé de s’affranchir de ce narratif : "Quand j'étais jeune, je trouvais qu’Israël était une anomalie. C'est comme cela que j'ai été élevée. Et je peux comprendre ce point de vue. Mais cette soit disant anomalie a été acceptée par l'ONU, par de nombreux pays qui entretiennent des relations diplomatiques avec Israël. En 80 ans, quatre générations d’Israéliens sont nées là-bas ; alors qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on ne peut pas trouver une solution en partant de ce constat ?"

Pourquoi la journaliste Laurence D’Hondt a-t-elle choisi de faire le portrait de Fidaa H. qui se situe à contre-courant des points de vues majoritaires au Liban ? La journaliste s’en explique : "Cette minorité représente la part la plus émancipée de la population du Liban. Et on trouve des esprits libres dans les trois communautés du pays : chiite, sunnite et chrétienne. C'est pour cela qu'au départ j'ai intitulé mon article dans le journal Dimanche 'Un esprit libre au cœur d'un Liban confessionnalisé'. Je trouve que l’expression 'esprit libre' convient bien à ce que je sais de Fidaa H.. Elle est issue d'une famille chiite dont une partie est proche du Hezbollah. Son parcours de liberté au sein même de cette famille représente un effort. Son parcours est un cheminement difficile que j'ai voulu saluer".

100 frappes sur le Liban en 10 minutes mercredi 

Il était environ 14 heures mercredi quand un déluge de feu israélien s’est abattu sur la banlieue sud de Beyrouth et dans plusieurs quartiers de la capitale. Paradoxalement, cette violence s’est déchaînée au moment où la tension entre la rhétorique totalitaire de Donald Trump et la riposte du régime Iranien baissait d’un cran. 

Selon un dernier décompte, les frappes sur Beyrouth ont fait plus de 350 morts et près de mille blessés parmi la population civile. L'armée israélienne dit être parvenue à éliminer plus de 180 'terroristes' du Hezbollah sans en apporter la preuve. Par ailleurs, l'avancée terrestre des troupes israéliennes au sud du Liban est accompagnée de la destruction de villages, de ponts et d’infrastructures. Cela dessine de facto une zone tampon vidée de sa population dans le sud du pays qui fragilise la souveraineté du Liban déjà grandement éprouvé.

Dans ces circonstances, c’est le système social et humanitaire libanais dans son ensemble qui est exsangue aujourd’hui. Les hôpitaux sont submergés :  51 centres de santé et 4 hôpitaux sont hors service. "Derrière les chiffres, il y a des familles qui ont tout perdu. Des enfants qui ne vont plus à l'école. Un pays qui, malgré les crises successives, tenait debout grâce au courage de sa population et que cette guerre est en train de faire vaciller" a déclaré le ministre belge des affaires étrangères Maxime Prévot à la veille de son déplacement à Beyrouth.

Sauver des vies

Dans un contexte marqué par une violence persistante, les organisations humanitaires appellent à la désescalade et au respect du droit international. Mais leur voix est peu audible face aux velléités guerrières du gouvernement Netanyahou qui, après avoir fait pleuvoir les bombes, entend ouvrir des négociations avec le Liban mardi prochain, le 14 avril, à Washington.

Sur le terrain, la priorité des acteurs humanitaires est d’accompagner les populations civiles durement éprouvées. Caritas Liban est parvenue à mettre en place une réponse d’urgence. Cuisines communautaires, distributions de nourriture, mise à l’abri : les équipes locales de la branche humanitaire du Vatican sont mobilisées dans l’ensemble du pays, y compris dans les zones difficiles d’accès. 

Au-delà de l’urgence, il s’agit désormais de permettre aux déplacés de vivre dans des conditions dignes sur la durée. Les besoins en eau, en soins et en hébergement continuent d’augmenter, alors même que les ressources disponibles se tarissent. Pour mener à bien son action, Caritas International appelle à faire un don en ligne ou sur le compte BE88 0000 0000 4141, avec la communication "5327 Liban".

Julien PAUL

Décryptages est une émission produite par CathoBel pour les antennes locales de RCF en Belgique francophone. 

Catégorie : Décryptages

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