Devant les autorités camerounaises, le Pape appelle à « briser les chaînes de la corruption »


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Devant les autorités camerounaises, le Pape appelle à « briser les chaînes de la corruption »
Le Pape a exhorté les dirigeants camerounais à investir dans la jeunesse du pays, afin "d’endiguer l’hémorragie de talents merveilleux vers d’autres régions de la planète". © Vatican Media
Par Clément Laloyaux et Vatican News
Publié le
7 min

A son arrivée au Cameroun, ce mercredi 15 avril, le pape Léon XIV a prononcé un discours musclé au palais présidentiel, fustigeant la "corruption" et les "abus de pouvoir". Devant un parterre réunissant dirigeants camerounais, société civile et corps diplomatique, il a détaillé ses aspirations pour le pays, plaidant notamment pour "la transparence dans la gestion des ressources publiques" et le "respect de l’État de droit".

Léon XIV est arrivé ce mercredi 15 avril après-midi à l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen au Cameroun, en provenance de l'Algérie, où il a passé deux jours sur les traces de saint Augustin.

Après la cérémonie de bienvenue en terre camerounaise, deuxième étape de sa tournée internationale en Afrique, le Saint-Père a effectué une visite de courtoisie au président Paul Biya dans le Palais de l’unité, résidence du chef de l'État du Cameroun. C'est un édifice emblématique, construit dans les années 1980 et qui constitue le centre névralgique du pouvoir politique et administratif du pays.

Léon XIV est déjà le troisième pontife reçu au Cameroun par le président Paul Biya, depuis qu'il a pris les rênes du pays en 1982. © Vatican Media

Une visite historique

L’arrivée de Léon XIV est la quatrième visite d’un pape sur le sol camerounais. "C'est avec une joie immense que je vous accueille, à l'occasion de cette visite historique", a déclaré Paul Biya, 93 ans, qui dirige le pays depuis 1982. Dans son allocution de bienvenue, le président Biya a également mis en avant la coexistence pacifique entre différentes confessions religieuses, un modèle dont le pays se dit "légitimement fier". "Le message de paix et de concorde dont vous êtes porteur résonne avec une force particulière dans nos cœurs" a-t-il ajouté.

Léon XIV s'est ensuite exprimé à son tour devant les autorités camerounaises, ainsi que des représentants de la société civile et du corps diplomatique. 

Le pape Léon XIV dans le palais présidentiel. © Vatican Media

La diversité camerounaise à l’honneur

Dès l’entame de son allocution, en français, Léon XIV a salué la richesse culturelle du Cameroun, souvent présenté comme une "Afrique en miniature", en raison de la diversité de ses territoires, de ses cultures, de ses langues et de ses traditions. "Cette variété, a-t-il poursuivi, n’est pas une fragilité, mais un trésor. Elle est une promesse de fraternité et une fondation solide pour construire une paix durable." 

Se présentant comme "pasteur et serviteur du dialogue", l’évêque de Rome a exprimé son attachement au peuple camerounais, tout en insistant sur la nécessité de poursuivre la construction du bien commun dans un contexte mondial marqué par le doute et la résignation. "Je tiens également à manifester ma volonté de renforcer les liens de coopération entre le Saint-Siège et la République du Cameroun, fondés sur le respect réciproque, sur la dignité de toute personne humaine et sur la liberté religieuse."

Transparence et lutte contre la corruption

Devant les autorités camerounaises, le Pape a invité à "oser faire un examen de conscience et un saut qualitatif courageux". "La transparence dans la gestion des ressources publiques et le respect de l’État de droit sont essentiels pour rétablir la confiance", a-t-il conseillé.

La sécurité, a ensuite assuré l’évêque de Rome, est une "priorité", qui doit être assurée "dans le respect des droits de l’homme, en unissant rigueur et grandeur d’âme, avec une attention particulière pour les plus vulnérables". "Une paix authentique naît lorsque chacun se sent protégé, écouté et respecté, lorsque la loi est un rempart sûr contre l’arbitraire des plus riches et des plus forts", a-t-il détaillé.

Pour que la paix et la justice "s’affirment", il faut "briser les chaînes de la corruption qui défigurent l’autorité en la vidant de sa crédibilité", "libérer le cœur de cette soif de gain qui est une idolâtrie. Le véritable gain c’est le développement humain intégral, c’est-à-dire la croissance équilibrée de tous les aspects qui font de la vie sur cette terre une bénédiction", a-t-il enjoint.

"Il faut libérer le cœur de cette soif de gain qui est une idolâtrie. Le véritable gain c’est le développement humain intégral."

Le pape Léon XIV a prononcé l'entièreté de son discours en français. © Vatican Media

Gouverner, c’est servir

S’appuyant sur la pensée d’une "grande actualité" de saint Augustin, évêque d’Hippone dont il vient de parcourir les terres en Algérie, le Pape a rappelé que l’autorité doit être au service du peuple :

"Ceux qui commandent sont au service de ceux qu’ils semblent commander. Ils ne commandent pas par soif de domination, mais par devoir de subvenir aux besoins; non par orgueil pour s’imposer, mais par compassion pour protéger".  

Le Pape a rendu hommage au rôle "sans égal" des femmes

Soulignant le rôle des femmes, qui malheureusement, sont souvent les premières victimes des préjugés et des violences, Léon XIV a soutenu qu’"elles restent cependant des artisans infatigables de paix", puisque, leur engagement dans l’éducation, la médiation et la reconstruction du tissu social est "sans égal et constitue un frein à la corruption et aux abus de pouvoir." 

C’est aussi pour cette raison, a-t-il continué, qu’il faut que leur voix puisse être "pleinement reconnue dans les processus décisionnels."

Devant une assemblée réunissant des femmes camerounaises, le Pape à demandé d'intégrer la voix des femmes dans les processus décisionnels. © Vatican Media

Face aux crises, refuser la logique de la violence

Devant les autorités camerounaises, le Saint-Père a aussi abordé les tensions et les violences qui ont frappé certaines régions du nord-ouest, du sud-ouest et de l’extrême nord et causé de profondes souffrances: "des vies perdues, des familles déplacées, des enfants privés d’école, des jeunes qui ne voient pas d’avenir". "Derrière les statistiques, il y a des visages, des histoires, des espérances brisées", a-t-il affirmé.

Face à ces situations dramatiques, Léon XIV a renouvelé son invitation à "rejeter la logique de la violence et de la guerre, pour embrasser une paix fondée sur l’amour et la justice". Il s’agit, a-t-il expliqué, d’une "paix désarmée, c’est-à-dire qui n’est pas fondée sur la peur, la menace ou les armements; et désarmante, car capable de résoudre les conflits, d’ouvrir les cœurs et de susciter la confiance, l’empathie et l’espérance." 

Pour le Successeur de Pierre, "le monde a soif de paix. […] Assez de guerres, avec leur douloureux cortège de morts, de destructions, d’exilés. Ce cri veut être un appel à la volonté de contribuer à une paix authentique, en la faisant passer avant tout intérêt partisan."

"Assez de guerres, avec leur douloureux cortège de morts, de destructions, d’exilés !"

Endiguer l’hémorragie des jeunes, ces "talents merveilleux"

Le Cameroun, a fait également savoir le Successeur de Pierre, dispose des "ressources humaines, culturelles et spirituelles nécessaires pour surmonter les épreuves et les conflits, et avancer vers un avenir de stabilité et de prospérité partagée". 

Selon lui, les jeunes représentent l’espérance du pays et de l’Église. "Leur énergie et leur créativité sont des richesses inestimables", a reconnu Léon XIV, mais lorsque "le chômage et l’exclusion persistent, la frustration peut engendrer de la violence". 

D’où l’exhortation à un investissement stratégique pour la paix: dans l’éducation, dans la formation et dans l’esprit d’entreprise des jeunes. C’est le seul moyen, a déclaré l’Évêque de Rome, "d’endiguer l’hémorragie de talents merveilleux vers d’autres régions de la planète" et de lutter contre les "fléaux de la drogue, de la prostitution et de la torpeur qui dévastent trop de jeunes vies, de manière toujours plus dramatique".

"Grâce à Dieu, les jeunes Camerounais ont une spiritualité profonde qui résiste encore à l’uniformisation du marché. Elle est une énergie qui rend leurs rêves précieux, ancrés dans les prophéties qui nourrissent leurs prières et leurs cœurs."

Que Dieu bénisse le Cameroun !

"Que Dieu bénisse le Cameroun" a conclu le Pape, "soutienne ses dirigeants, inspire la société civile, éclaire le travail du Corps Diplomatique et accorde à tout le peuple camerounais –chrétiens et non-chrétiens, responsables politiques et citoyens– d’accueillir le Royaume de Dieu, en construisant ensemble un avenir de justice et de paix."

CL avec Vatican News

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