Après plus de deux années de travaux, la commission d’enquête chargée de faire la lumière sur les questions relatives à l’"Opération Calice" a rendu son rapport final. La Conférence des évêques de Belgique prend acte des conclusions formulées, tout en contestant avoir "tenté d’exercer une influence" comme il est indiqué dans le rapport. "L’Église a simplement tenté de se défendre de manière légitime", répondent les évêques. Désormais, il appartient aux autorités compétentes de traduire les recommandations du rapport en mesures concrètes.
Mise en place en septembre 2024, dans le prolongement direct de la commission d’enquête Violences sexuelles (elle-même constituée à la suite de Godvergeten), la commission "Calice" avait pour mission d'enquêter sur d'éventuels dysfonctionnements dans le déroulement de l’"Opération Calice", l’enquête judiciaire ouverte en 2010 sur des faits d’abus sexuels au sein de l’Église catholique.
Pendant deux ans, cette commission d'enquête parlementaire a auditionné des membres du Conseil supérieur de la Justice, magistrats, avocats, membres des services de police, responsables politiques en fonction à l’époque... et procédé à un travail considérable d’analyses et de recoupements. "Chaque constat a été confronté aux faits, aux procédures et au cadre légal applicable" retrace Pierre Jadoul, député MR et président de la commission d'enquête.
Une ingérence de l'Eglise dans les enquêtes judiciaires ?
Ce mardi 24 mars 2026, la commission d'enquête a présenté ses conclusions, compilées dans un rapport final de 270 pages. L'une des conclusions évoque des tentatives d'influence de l'Eglise dans la procédure judiciaire, sans pour autant l'accuser d'ingérence illégale : "La commission d'enquête a constaté que l’Église avait tenté d’exercer une influence, mais il n’est possible ni de prouver ni d’exclure que ces tentatives aient eu un impact sur les décisions judiciaires" peut-on lire.
La commission renvoie à des éléments précis de l'enquête : un appel téléphonique "agressif" de Maître Keuleneer (alors conseil de l'Eglise) au juge d'instruction de l'époque ; un "changement de cap" du parquet général suite à une rencontre* entre Maître Keuleneer et les magistrats du parquet général ; ou encore le fait que Maître Keuleneer "a explicitement reconnu, au cours de son audition, qu’il avait effectué un travail d’influence en faisant valoir ses arguments, et que celui-ci faisait évidemment partie de sa mission."
*Sur ce point précis, la commission note toutefois qu'"aucune interdiction juridique ou déontologique n’empêche aujourd’hui le ministère public de recevoir les avocats des parties à une procédure pénale ou de s’entretenir avec eux."
L’Église réagit et dément toute tentative d'influence
Dans un communiqué paru dans la foulée de la publication du rapport, la Conférence des évêques de Belgique dit "prendre acte" des conclusions de la commission d’enquête, mais réfute toute ingérence de l'Eglise catholique dans les enquêtes judiciaires : "L’Église a simplement tenté de se défendre de manière légitime dans le cadre des procédures en cours, par l’intermédiaire de ses avocats, ce qui est normal dans un État de droit."
Les évêques déplorent que, dans le rapport, cela apparaisse comme des "tentatives d’influence". "La Conférence des évêques maintient sa position : il n’y a eu ni ingérence indue ni tentative d’influence de sa part. Les autorités judiciaires l’ont d’ailleurs confirmé à plusieurs reprises dans le cadre de cette commission, ainsi que lors d’une précédente commission parlementaire. Par ailleurs, la commission d’enquête conclut elle-même dans son rapport final qu’il n’existe aucune preuve d’ingérence illicite."
Contestation du PTB
Cette commission d'enquête parlementaire réunissait tous les partis représentés au Parlement fédéral, du PTB au Vlaams Belang. Pourtant, ce 24 mars, la formation d'extrême-gauche s'est elle aussi fendu d'un communiqué pour déclarer qu'elle "n’approuvera pas" le rapport final de la commission "Calice". Pour Greet Daems, députée du PTB et membre de la commission, ce rapport "refuse de nommer le fait qu’il existe de graves indications selon lesquelles les autorités ecclésiastiques ont été protégées dans l’“Opération Calice” et la manière dont elles ont été aidées dans ce but, entre autres par le ministre de la Justice de l’époque, Stefaan De Clerck."
VRT NWS a pris contact avec le ministre de l’époque, Stefaan De Clerck (CD&V). Il clame qu'il n’y a jamais eu d'intervention visant à influencer le déroulement de la procédure. D'ailleurs, "aucune preuve d’une quelconque intervention n’a jamais été trouvée", réplique-t-il. Il regrette toute tentative de suggérer le contraire.
La députée PTB Greet Daems craint également que ce rapport "referme définitivement la chape de plomb entourant les abus et l’abstention coupable". Une affirmation avec laquelle le président de la commission s'inscrit en faux : "Le rapport ne prétend pas clore le débat, ce n'est pas un point final", insiste Pierre Jadoul.
Dans une réaction parue aujourd'hui, Pierre Jadoul et sa collègue libérale Catherine Delcourt vont plus loin, dénonçant une attitude "incompréhensible" de la part du PTB : "Sur un sujet aussi grave, il est regrettable de voir un groupe politique tenter de fragiliser un travail de fond pour des considérations politiciennes. Le plus surprenant dans leur attitude est qu’ils votent pour sur l’ensemble des recommandations mais contre le rapport dans sa globalité."
41 recommandations : la balle est dans le camp des autorités !
Pour éviter de futurs soupçons d'ingérence et l'enlisement de dossiers "mammouths" comme celui-ci, la commission d'enquête a formulé et approuvé - à l'unanimité - 41 recommandations. Ces recommandations touchent entre autres au réquisitoire de mise à l'instruction et aux réquisitions complémentaires. Le rapport demande aussi de garder une trace de chaque contact entre un ministre et le parquet.
Pour Pierre Jadoul, président de la commission, ce rapport n’est ni un geste symbolique ni un exercice formel. Il constitue au contraire "un cadre de référence et un outil de travail [...] pour améliorer durablement le fonctionnement de nos institutions et renforcer la confiance des citoyens dans l’État de droit." L’utilité de ce travail dépendra toutefois de la mise en œuvre concrète des recommandations par les acteurs concernés. Il appartient désormais aux autorités compétentes d’en assurer le suivi et de traduire ces propositions en mesures opérationnelles.
👉 Retrouvez ici le rapport complet de la commission d'enquête Calice
L'Eglise engagée dans une politique de tolérance zéro
Ces dernières années, de nombreuses mesures concrètes ont été mises en place par les évêques de Belgique pour soutenir les victimes et faire de la tolérance zéro une norme au sein de l'Eglise : points de contact et structures d’accompagnement, collaboration avec des instances indépendantes, formations pour les collaborateurs et indemnisation financière des victimes de faits prescrits par la Justice via la Fondation Dignity – pour un montant total d’environ 9 millions d’euros à ce jour. Dans ce cadre, une coordinatrice nationale a également été désignée l’an dernier ; elle a déjà élaboré un nouveau plan d’action concret qui est actuellement mis en œuvre au sein de la Fondation Dignity.
Découvrez dans ce document récapitulatif ce que l'Eglise fait pour les victimes d'abus.

