« Si la liberté de conscience de Myriam Tonus nous questionne, la violence numérique doit plus encore nous interpeller »


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« Si la liberté de conscience de Myriam Tonus nous questionne, la violence numérique doit plus encore nous interpeller »
Par Lionel Jonkers
Publié le - Modifié le
4 min

Lionel Jonkers est professeur de religion catholique. Il a été frappé par la violence verbale dont a été victime Myriam Tonus suite à l’annonce de son départ vers l’Eglise protestante. Il propose une carte blanche, intitulée : "Facebook, nouveau tribunal de l’Inquisition ? Quand la défense de la foi se trompe de combat". Découvrez-la ci-dessous dans son intégralité.

Facebook, nouveau tribunal de l’Inquisition ? Quand la défense de la foi se trompe de combat

Une violence verbale qui interpelle

Récemment, CathoBel publiait sur Facebook une interview de la théologienne Myriam Tonus. Elle y exprimait son désir de rejoindre le protestantisme, expliquant notamment qu'une Église catholique, perçue comme de plus en plus conservatrice, peinait à reconnaître la juste valeur des charismes féminins. Sans surprise, cette publication a suscité plus de deux cents commentaires. Toutefois, si certains ont fait preuve de compréhension et de respect, d'autres, en revanche, ont versé dans une violence verbale interpellante. Car si la liberté de conscience de Myriam Tonus nous questionne légitimement, la violence numérique déstabilisante doit plus encore nous interpeller et nous contraindre à un profond discernement.

D'emblée, ce qui frappe dans cette virulence, c'est la résurgence d'une pratique que l'on croyait révolue : l'anathème. Pourtant, cette logique d'exclusion avait été explicitement délaissée par le concile Vatican II au profit d'un langage de dialogue, de discernement et de miséricorde. Paradoxalement, le plus étonnant demeure le profil sociologique de ces censeurs : ces réactions ne proviennent pas tant de générations antérieures au Concile, mais bien souvent de jeunes croyants qui s'érigent en gardiens d'une orthodoxie qu'ils jugent menacée.

Le déni du dialogue œcuménique

Dans ce contexte de tribunal numérique, le protestantisme est qualifié sans détour d'"hérésie". Or, tenir de tels propos revient à faire fi d'un demi-siècle de dialogue œcuménique, pourtant reconnu et encouragé par le Magistère. De plus, cette posture oublie que l'unité des chrétiens n'est pas une option facultative, mais une exigence évangélique rappelée avec force par Vatican II et par tous les papes successifs. Nous professons tous, depuis 1700 ans : Credo in unum Deum … 

Plus fondamentalement, le rapport au catéchisme cristallise ces tensions. En effet, pour beaucoup de ces commentateurs, la référence ultime semble rester le Catéchisme du Concile de Trente, tandis que le Catéchisme de l'Église catholique, promulgué sous saint Jean-Paul II (1992), est passé sous silence. Cependant, c'est bien ce dernier qui constitue la référence normative de l'Église universelle aujourd'hui, s'inscrivant explicitement dans la continuité de Vatican II.

La véritable nature du catéchisme

Dès lors, il est théologiquement urgent de rappeler qu'un catéchisme n'est ni intemporel, ni désincarné. Au contraire, il se déploie toujours dans une culture donnée pour répondre aux questions d'une époque précise. Par conséquent, sa fonction n'est pas de figer la foi, mais d'en proposer une expression fidèle et intelligible pour permettre un cheminement spirituel. Le catéchisme n'est donc pas une fin en soi, et encore moins un instrument d'exclusion ; il est un guide pour avancer dans l'approfondissement du mystère de Dieu, lequel dépassera toujours nos formulations doctrinales.

Ainsi, le réduire à une méthode de ‘questions-réponses’ — comme celui de mon « arrière-grand-mère » — coupée du contexte revient à méconnaître sa finalité profonde : la communion. Communion avec le Peuple de Dieu, avec l'Église universelle et avec l'histoire vivante de la Tradition. Car la foi chrétienne ne se transmet pas par l'accumulation de savoirs, mais par l'initiation à une relation vivante avec le Christ.

En définitive, ces réactions, marquées par une dureté peu compatible avec l'Évangile, nous rappellent que le Royaume de Dieu ne se construit ni par la peur, ni par le repli identitaire. Surtout, elles soulignent l'ampleur du travail qui reste à accomplir pour accueillir réellement la pluralité des charismes — notamment féminins — et poursuivre le chemin de l'unité. Ce chemin, certes exigeant mais éminemment évangélique, demeure plus que jamais une responsabilité centrale - et désormais prioritaire - pour notre Église, pour nos Églises.

Mais au fond, une ultime interrogation s'impose : un homme formulant ce même désir d'absolu aurait-il essuyé une telle virulence ?

Lionel Jonkers, professeur de religion catholique (titre et chapeau : rédaction)

Catégorie : Opinions

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