« Le syndrome de Caïn est toujours là » : le cardinal Bustillo dénonce les combats fratricides en Corse après l’assassinat d’un militant nationaliste


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« Le syndrome de Caïn est toujours là » : le cardinal Bustillo dénonce les combats fratricides en Corse après l’assassinat d’un militant nationaliste
L'Eglise de Corse travaille et travaillera toujours pour la Paix, a assuré l'évêque d'Ajaccio. © Montage CathoBel (Adobe Stock et France 3 Via Stella)
Par Clément Laloyaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

Lundi, l'île de Beauté a été entachée par un assassinat perpétré au cours de funérailles. Si les règlements de comptes ont jalonné l’histoire du nationalisme corse, ce meurtre commis dans un cimetière surprend par la transgression d’un interdit majeur, celui du sang versé dans un lieu sacré. Dans un vibrant appel à la paix, le cardinal François Bustillo, exhorte à ne pas céder à une "culture mortifère et fataliste".

Ce lundi 12 janvier, Alain Orsoni a été tué dans son village familial de de Vero, en Corse-du-Sud, alors qu'il assistait aux obsèques de sa mère. Selon le procureur d'Ajaccio, l'homme de 71 ans a été touché au thorax par un tir de longue distance. L'unique projectile retrouvé ouvre la piste du grand banditisme. Son assassinat s'inscrit dans une série noire de règlements de compte et luttes intestines au sein du mouvement nationaliste.

Alain Orsoni était un pilier du nationalisme corse. Elu à l'assemblée territoriale de Corse, il avait notamment fondé le Mouvement pour l’autodétermination (MPA), vitrine politique du FLNC-Canal habituel, et dirigé l'emblématique club de foot de l'AC Ajaccio pendant plus de 30 ans. Il se savait menacé : il avait échappé de justesse à un projet d'assassinat en 2008. Depuis, Alain Orsoni partageait sa vie entre le Nicaragua et la Corse, revenant sur son île qu’avec parcimonie, et bien souvent équipé d’un gilet pare-balles.

Alain Orsoni fut l'un des chefs du Front de libération nationale corse (FLNC), avant de créer son Mouvement pour l’autodétermination (MPA). Le 12 janvier 2026, il été touché d’une balle au thorax. Un impact fatal.
© Capture d'écran YouTube / France 3 Corse ViaStella

Tir lors de funérailles : la fin du code d'honneur ?

Le premier homme d'Eglise à réagir fut l'abbé Roger-Dominique Polge, témoin malheureux de la scène puisqu'il célébrait la cérémonie des obsèques : "C'est un moment de peine et de chagrin, d'un coup, on entend un coup de feu, et Alain tombe mort", s'exprime-t-il à chaud, au micro de la chaine régionale corse. Encore sous le choc, il s'insurge contre un acte survenu "en plein cimetière, après une cérémonie religieuse", ce qu'il pensait "inimaginable" en Corse : "Je me demande où on est, dans quelle époque on est". "La Corse me paraît pire que la Sicile..." s'emporte-t-il, en langue corse.

"Les auteurs ont bravé un interdit et touché à un lieu sacré : le cimetière", décrypte Frédéric Ploquin, journaliste d’investigation spécialiste du grand banditisme, auprès de 20minutes.fr. "C’est une première fois en Corse et cela suscite une émotion compréhensible".

"Les lieux sacrés sont-ils encore respectés ?" s'interroge le cardinal Bustillo

Au lendemain de l'assassinat, le quotidien local Corse-Matin a recueilli la réaction du cardinal François Bustillo : "Pour la première fois, un homme est assassiné dans un cimetière, il s'agit d'une nouvelle réalité" a dénoncé l'évêque d'Ajaccio. "Les lieux sacrés sont-ils encore respectés ? C'est extrêmement cruel d'un point de vue humain. Le syndrome de Caïn est toujours là..."

Le soir, dans un communiqué publié par l'Eglise catholique en Corse, le cardinal franciscain a précisé sa pensée, notamment sur la référence à Caïn. "La Corse est confrontée à une forme de paroxysme dans la montée de la violence, et dans la multiplication des assassinats. Ce sont des combats fratricides. On dirait que le syndrome de Caïn l'emporte sur l'idéal du pardon et de la réconciliation."

La violence ne peut pas devenir une habitude, implore-t-il : "Nous ne pouvons pas céder à une culture mortifère et fataliste. Nous ne pouvons pas nous habituer à la violence. Nous devons lutter contre la permanence de la violence dans notre société. Si la violence l'emporte, nous devenons des êtres barbares, et nous perdons notre humanité." Face à cette escalade de la violence sur l'île, il l'assure :

"L'Eglise de Corse travaille et travaillera toujours pour la Paix !"

Une paix et une espérance que les Corses ont à léguer à leurs enfants : "Quel avenir leur préparons-nous sur cette terre ? Un avenir sombre, violent ?" Le cardinal promet que non et assure que l’Eglise œuvrera pour faire émerger de la Corse "son potentiel de Bien et d'avenir" et "sortir des Corses ce qu'ils ont de meilleur." Pour cela, prévient-il, il faudra "combattre le pire".

Il conclut sa lettre par un appel, ô combien fondamental, tiré de l'Evangile : "Heureux, les artisans de Paix, ils seront appelés Fils de Dieu" (Matthieu 5, 1-12).

Clément Laloyaux avec Corse Matin


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