Couvent Saint-Antoine : « Un départ qui fait mal »


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Couvent Saint-Antoine : « Un départ qui fait mal »
Jean Stemler réagit au départ du frère Daniel-Marie et du frère Jack de la communauté franciscaine de Bruxelles. © DR
Par Jean Stemler
Publié le - Modifié le
4 min

L’information est tombée ce dimanche : le frère Daniel-Marie et le frère Jack du couvent Saint-Antoine à Bruxelles (ordre des franciscains conventuels) ont été priés de quitter leur communauté.

Cette décision fait suite à une enquête interne qui avait déjà donné lieu à des sanctions pour l’un d’entre eux. On parle ici probablement de plaintes pour abus spirituels lors de prières de guérison, même si tout n’est pas clair ; nous y reviendrons. Je voulais aborder trois aspects de cette triste actualité.

Tout d’abord, que ce soit dans le cadre de cette enquête ou dans une autre, il est important de rappeler que nous nous devons d’avoir un accueil bienveillant des témoignages des potentielles victimes. Dans notre cas, alors que les témoignages n’ont pas été rendus publics et qu’une sanction a déjà été prise, on peut tout de même lire ici et là qu’on a du mal à croire au bien-fondé des accusations et que l’expérience positive qu’ont beaucoup de gens de ces deux frères rend peu crédibles ces accusations.

Est-ce une réaction prudente et juste ? N’oublions pas que, dans l’histoire récente de l’Église, des figures charismatiques et populaires sont tombées dans toutes sortes d’abus… Si l’enquête aboutit à un non-lieu, il restera important de faire preuve de charité envers les victimes qui ont cru bon d’alerter sur ces prières. Maintenant, si l’enquête confirme des abus spirituels graves, que notre faute sera grande d’avoir jugé ces personnes. Donc, de même qu’il existe une présomption d’innocence qui nous empêche de déclarer les frères déjà coupables, il est important de respecter les plaintes de potentielles victimes, qui méritent ne serait-ce que nos prières et notre bienveillance.

Je tiens maintenant à souligner que nous avons le droit d’avoir mal. Mal de voir une des églises qui attirent tant de jeunes dans la tourmente. Mal pour le frère Jack et le père Daniel-Marie, qui ont eu, pour beaucoup d’entre nous, des paroles justes et inspirantes. Leur histoire à Bruxelles finit d’une manière bien triste, et nous pouvons prier pour eux, qu’ils soient coupables ou non. Nous pouvons aussi prier pour que l’enquête aboutisse au plus vite et permette, quoi qu’il arrive, de faire la lumière sur ces événements. Nous avons la chance de vivre dans une Église qui enquête sur ce qui se vit dans nos communautés et qui, de manière souvent prudente, prend des mesures pour protéger les fidèles. C’est un aspect positif…

En revanche, il y a un autre aspect que je ne supporte plus quand on parle d’abus : le manque de transparence. Comment peut-on encore accepter qu’un supérieur provincial fasse lire une lettre à une assemblée tourmentée avec écrit : « Il faut accepter de ne pas tout savoir ou de ne rien savoir » ? Et bien non, je pense qu’il ne faut pas accepter. Une chose est de ne pas tout savoir : c’est même un impératif légal, pour protéger les victimes et la présomption d’innocence; ne rien savoir en est une autre. Dire à des fidèles tourmentés qu’il faut accepter d’être tenus dans l’ignorance alors qu’ils ne savent pas si l’on parle simplement d’abus spirituels (qui peuvent être plus ou moins graves) ou d’autre chose (le père Daniel-Marie est renvoyé devant un dicastère qui ne s’occupe d’habitude pas d’abus spirituels), est insupportable.

Serait-ce la preuve d’un manque de considération pour les fidèles ou d’une peur irraisonnée de la transparence ? Comme constaté dans des affaires similaires, il est possible d’indiquer la nature des accusations afin d’éviter le climat de suspicion qu’elles suscitent, sans porter atteinte aux personnes concernées. Pourquoi ce silence ici? C’est, entre autres, ce culte du secret qui a permis aux frères Philippe de sévir en France alors que l’Église avait déjà imposé des sanctions canoniques dès les années 1950. Ne devrait-on pas chercher à protéger plutôt la communion que la réputation ?

Cela reste l’occasion de prier pour les victimes potentielles, les frères Jack et Daniel-Marie, la communauté franciscaine de Bruxelles et notre Église, qui en a tant besoin.

Jean STEMLER

Catégorie : Opinions

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