Sainte Thérèse de Lisieux : « Mes espérances tendent à l’infini »


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Sainte Thérèse de Lisieux : « Mes espérances tendent à l’infini »
Malgré les grandes souffrances de sa vie, Thérèse n’a cessé d’espérer : "Jamais mon espérance n’a été trompée". © Montage CathoBel
Par Dominique MENVIELLE
Publié le - Modifié le
5 min

"Ma voie est sûre." Ce sont les mots-mêmes de Thérèse: elle avait promis à ses sœurs carmélites qu’une fois au Ciel, elle les préviendrait au cas où elle se serait trompée. En 1997, Thérèse est déclarée docteur de l’Eglise: sa "petite voie" spirituelle est présentée officiellement à tous comme chemin universel de sainteté.

Aujourd’hui, nous serions tentés de baisser les bras: qui croit en Dieu, en voyant les églises se vider, les principes de vie de notre Créateur bafoués et son nom relégué à la sphère privée? Qui espère en Lui, en constatant le désespoir face à un avenir sombre? Qui aime son prochain, en voyant la haine monter et entraîner défiance et repli sur soi?

Thérèse nous sort de ce marasme ambiant en nous invitant à nous appuyer non pas sur nous-mêmes, ni sur les dieux de l’argent, du progrès, de l’idéologie… mais sur Dieu seul, sur son Amour: "Le Père Lui-même vous aime", insiste Jésus dans l’Evangile. Thérèse nous livre "une petite voie, bien droite, bien courte" (Manuscrit autobiographique C, 2v), pour réaliser notre vocation: nous unir à Dieu qui nous appelle à partager son bonheur, dès maintenant et pour l’éternité.

La force de Dieu dans la faiblesse de l’homme

Durant ses premières années, Thérèse, dans sa famille, vit le bonheur parfait d’une petite dernière pétillante de vie et d’intelligence. Dieu, "premier servi", fait partie de la famille: on sait bien qu’on est de passage sur terre, en route vers le Ciel. Très vite, Thérèse comprend qu’à la messe, Jésus se fait tout petit dans l’hostie pour venir à nous. A sa sœur Céline (sept ans) qui se demande comment Il fait, la jeune théologienne de quatre ans explique: "Ce n'est pas si étonnant puisqu’Il est tout-puissant! Il fait ce qu’Il veut!" (Correspondance familiale, 201)

Cette foi, déjà ferme, sera renforcée quelques années plus tard, lorsqu’elle fera l’expérience que Dieu est tout-puissant en Amour et Miséricorde.

A la mort de sa mère, Thérèse n’a pas cinq ans. La béance affective est énorme. Elle en tombe gravement malade sur le plan physique et psychique. La Vierge Marie vient à son secours avec son merveilleux sourire de mère. Rétablie, Thérèse reste cependant fragile, tourmentée de scrupules.

Le don de l’Amour, guérisseur et missionnaire

Un soir de Noël, Jésus, qui s’est fait "si petit" dans l’Eucharistie pour "s’unir" à elle, la guérit complètement par un envahissement d’amour: "Je sentis la charité entrer dans mon cœur, le besoin de m’oublier pour faire plaisir, et depuis lors je fus heureuse" (Ms A, 45 v).

Peu de temps après, lors d’une Eucharistie, le regard de Thérèse tombe sur une image de Jésus sur la croix. Son cri "J’ai soif!" retentit en elle. Elle comprend que Jésus a soif de notre amour, de l’amour de tous sans exception, jusqu’au criminel Pranzini, qu’elle prend dans sa prière pour qu’il ne s’obstine pas dans son refus de Dieu. Et elle est exaucée!

En quelques mois, Thérèse expérimente la paternité miséricordieuse de Dieu pour elle comme pour le plus éloigné de Lui. Elle comprend l’attitude de foi confiante que Dieu attend de chacun de nous pour se donner en plénitude: "Ce qui Lui plaît c’est l’espérance aveugle que j’ai en sa miséricorde" (Lettre 197). Elle saisit la joie de Dieu qui n’attend qu’un regard de notre part pour se donner à nous et nous combler de son amour. Elle comprend que l’amour reçu est fait pour être diffusé: "Attirez-moi, nous courrons." (Ms C 1,3)

Réciter le Notre Père à l'envers
Lors d’une Eucharistie, le regard de Thérèse tombe sur une image de Jésus sur la croix. Son cri "J’ai soif!" retentit en elle. Elle comprend que Jésus a soif de notre amour.

Les mains vides

Désormais, toute sa vie ne sera que réponse d’amour à l’amour de Dieu, non pour sa propre consolation à elle, mais pour son seul plaisir à Lui. (cf. Ms A, 79 v)

Le don de Dieu est gratuit. Thérèse ne compte pas ses bonnes œuvres, elle se présente à Lui les mains vides: elle est toute réceptivité. C’est la condition que rappelle Jésus dans l’Evangile pour entrer dans le royaume de Dieu: "Si vous ne devenez comme des petits enfants…" (Mt 18,3)

Sa vie se passera ainsi dans une union grandissante au Christ. Par quels moyens? Simplement ceux qu’elle a reçus en germe à son baptême, dont l’Esprit Saint soutient le développement, avec le concours de sa force d’âme. Car, insiste Thérèse: "C’est ce qu’Il veut que j’aime." Il y a donc des choix à faire.

La foi, la charité, l’espérance

Le choix de la foi: croire que Dieu est présent en nous et qu’il nous aime! Trouver Jésus en tout, dans l’Eucharistie, dans la prière surtout - cet "élan du cœur", ce "simple regard jeté vers le Ciel", ce "cri de reconnaissance et d’amour au sein de l’épreuve comme au sein de la joie" (Ms C, 25), et dans toutes nos relations.

Le choix de la charité: "Jésus je ne te demande que la paix, et aussi l’amour infini sans limite autre que toi" (Prière 2). Voilà l’unique prière à faire, qui renferme toutes les autres et qui se réalise dans nos moindres actes (cf. Ms B, 3 v ss). Aimer les autres – à commencer par les plus proches, ceux qui nous entourent dans la vie quotidienne – avec l’amour-même que Jésus nous a donné, c’est Lui prouver notre amour. Lisons l’histoire de sa vie, ses poèmes, ses lettres, Thérèse nous donne bien des exemples. 

Le choix de l’espérance: "Attendre tout du bon Dieu, comme un petit enfant attend tout de son père" (Carnet jaune 6.8.6), "c’est le chemin de la confiance et du total abandon" (Ibid. juillet 1897). Malgré les grandes souffrances de sa vie, Thérèse n’a cessé "d’espérer contre toute espérance" (Ms A, 64 v). Elle pouvait affirmer: "Jamais mon espérance n’a été trompée" (Ms C, 22 v) et "Mes espérances tendent à l’infini" (Ms B, 2 v).

"Ce trésor ne serait-il pas le vôtre?"

Cette question, qu’elle posait à sa sœur Marie (cf Lettre 197), Thérèse peut la poser à chacun de nous. Ce trésor, c’est cette petite voie, chemin de confiance dans la force de l’Esprit Saint pour avancer résolument, "qu’il fasse jour, qu’il fasse nuit" (cf. Mc 4,26). "C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour… "

Dominique MENVIELLE
Membre de l'Institut Notre-Dame de Vie, grande connaisseuse de la famille de Thérèse.
Mise à jour : Texte publié initialement le 29 septembre 2023

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