Sainte Gudule et la prière persévérante : le commentaire de l’Evangile de ce dimanche par Benoît Lobet


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Sainte Gudule et la prière persévérante : le commentaire de l’Evangile de ce dimanche par Benoît Lobet
Par Benoît Lobet
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La cathédrale de Bruxelles est, on le sait, placée sous le patronage de deux saints: le grand archange Michel, également protecteur de la ville tout entière, et la plus locale Gudule – sainte des VIIe et VIIIe siècles, d’origine aristocratique, aimée et vénérée par tous les Bruxellois. Gudule a sa légende: jeune fille adonnée à la prière, elle s’en allait dans l’obscurité pour rejoindre un lieu silencieux de la campagne et s’y recueillir. Alors le diable, qui n’aime pas la prière, venait sournoisement éteindre sa lanterne… qu’un ange s’employait sans cesse à rallumer. Belle histoire, qui peut se raconter en parallèle à la parabole évangélique entendue ce dimanche: il faut toujours prier, sans jamais se décourager.

La parabole va loin, puisqu’elle compare Dieu à un… juge sans justice! Et s’il finit par rendre justice, c’est pour ne plus entendre les demandes insistantes de la veuve qui l’implore. Si un juge est capable d’un tel comportement… combien plus Dieu fera-t-il justice à ceux qui crient vers lui jour et nuit! L’a fortiori, en effet, a de quoi rassurer. Mais la conclusion de la parabole nous conduit aussi à méditer sur deux conditions que Jésus met à l’exaucement de la prière humaine.

D’abord, répétons-le, il faut qu’à l’exemple de la prière de Gudule, elle soit persévérante: que les élus, dit-il, crient vers Dieu "jour et nuit"! Serait-il donc possible de prier "jour et nuit", de prier toujours? La tradition spirituelle, en particulier orientale, a beaucoup médité sur cette question, et y a répondu par exemple en invitant à l’ "hésychasme", c’est-à-dire à cultiver en permanence une disposition du cœur qui l’ouvre à la paix, notamment par une certaine maîtrise de la respiration qui permette de vivre mieux uni à la respiration de Dieu, au rythme de son Esprit Saint – car c’est l’Esprit qui prie en nous. Et puis, autre condition, Jésus demande si lors de son retour glorieux, il trouvera "la foi sur la terre"… Terrible question, qui nous invite à vérifier la qualité de notre foi. La foi solide n’est pas naïve, elle ne craint ni la critique ni le doute, mais, à travers eux, elle se retrouve chaque matin capable d’abandon confiant entre les mains d’un Père que nous croyons prévenant – et plus aimant que le juge sans justice!

Le mot même "prière" montre sa connivence étymologique avec un autre, "précarité" (precare, un verbe du latin tardif, est à l’origine des deux termes). La prière persévérante s’origine toujours dans la reconnaissance d’une espèce de faiblesse, d’un manque constitutif de notre être même. C’est de là qu’elle s’élève, dans un mouvement de foi, et que dans le silence et la paix du cœur, elle attend de Dieu, et de lui seul, l’accomplissement du vrai désir dont elle est porteuse.

Catégorie : Sens et foi

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