Ce mercredi 1er octobre, à Castel Gandolfo, Léon XIV a donné le coup d’envoi de la conférence internationale "Raising Hope for Climate Justice", organisée à l'occasion des dix ans de Laudato si'. Léon a salué l'héritage de son prédécesseur. Mais invite à faire des pas de plus... Voici la traduction française du discours qu'il a prononcé (en anglais).
Mes chères sœurs et mes chers frères, la paix soit avec vous.
Avant de poursuivre avec quelques remarques préparées, je voudrais remercier les deux intervenants qui m’ont précédé. Et j’aimerais ajouter qu’il y a bien un héros d’action parmi nous cet après-midi : c’est vous tous, qui travaillez ensemble pour faire une différence.
Alors que nous commémorons le dixième anniversaire de l’encyclique Laudato Si’ sur la sauvegarde de notre maison commune, je salue cordialement les organisateurs, les orateurs, les participants et tous ceux qui ont rendu possible la conférence "Raising Hope". Je remercie particulièrement le Mouvement Laudato Si’ d’avoir soutenu, dès le début, la diffusion et la mise en œuvre du message du pape François.
Un impact dans les sommets internationaux
Cette encyclique a profondément inspiré l’Église catholique et de nombreuses personnes de bonne volonté. Elle s’est révélée être une source de dialogue. Elle a donné naissance à des groupes de réflexion, des programmes académiques dans les écoles et universités, ainsi qu’à des partenariats et projets variés sur tous les continents. De nombreux diocèses et instituts religieux ont été poussés à agir pour la sauvegarde de notre maison commune, redonnant une priorité aux pauvres et aux marginalisés dans ce processus. Son impact s’est même étendu aux sommets internationaux, au dialogue œcuménique et interreligieux, aux milieux économiques et entrepreneuriaux, ainsi qu’aux études théologiques et bioéthiques. L’expression "soin de notre maison commune" a aussi été intégrée dans des interventions et discours académiques, scientifiques et politiques.
Des défis encore plus actuels
Les préoccupations et recommandations du pape François ont été appréciées et reçues non seulement par les catholiques, mais aussi par de nombreuses personnes en dehors de l’Église, qui se sont senties comprises, représentées et soutenues à ce moment particulier de notre histoire. Son analyse de la situation (cf. chap. 1), sa proposition du paradigme de l’écologie intégrale (cf. chap. 4), son appel insistant au dialogue (cf. chap. 5), ainsi que son exhortation à s’attaquer aux causes profondes des problèmes et à "rassembler toute la famille humaine pour rechercher un développement durable et intégral" (n° 13) ont suscité un large intérêt. Rendons grâce à notre Père du ciel pour ce don que nous avons hérité du pape François ! Les défis identifiés dans Laudato Si’ sont en réalité encore plus actuels aujourd’hui qu’il y a dix ans. Ces défis sont de nature sociale et politique, mais avant tout spirituelle : ils appellent à une conversion.
Que reste-t-il à accomplir?
Comme pour tout anniversaire de ce genre, nous nous souvenons du passé avec gratitude, mais nous nous demandons aussi ce qu’il reste à accomplir. Au fil des années, nous sommes passés de la compréhension et de l’étude de l’encyclique à sa mise en pratique. Que faut-il faire maintenant pour que le soin de notre maison commune et l’écoute du cri de la terre et des pauvres ne paraissent pas comme de simples tendances passagères ou, pire encore, comme des sujets de division ? Dans la ligne de Laudato Si’, l’Exhortation apostolique Laudate Deum, publiée il y a deux ans, rappelait que "certains ont choisi de tourner en dérision" (n° 6) les signes de plus en plus évidents du changement climatique, de "ridiculiser ceux qui parlent du réchauffement climatique" (n° 7) et même d’accuser les pauvres de ce qui les affecte le plus (cf. n° 9).
Le retour au coeur
Outre la diffusion du message de l’encyclique, il est maintenant plus important que jamais de revenir au cœur. Dans l’Écriture, le cœur n’est pas seulement le centre des sentiments et des émotions, mais le lieu de la liberté. Bien qu’il comprenne la raison, il la dépasse et la transforme, influençant et intégrant tous les aspects de la personne et de ses relations fondamentales. Le cœur est l’endroit où la réalité extérieure a le plus grand impact, où se fait la recherche la plus profonde, où se révèlent les désirs les plus authentiques, où se découvre son identité ultime, et où se forment les décisions. Ce n’est qu’en revenant au cœur qu’une véritable conversion écologique peut avoir lieu. Nous devons passer de l’accumulation de données au soin, et du discours environnemental à une conversion écologique qui transforme à la fois les modes de vie personnels et communautaires. Pour les croyants, cette conversion n’est en fait pas différente de celle qui nous oriente vers le Dieu vivant. Nous ne pouvons pas aimer Dieu, que nous ne voyons pas, tout en méprisant ses créatures. Nous ne pouvons pas non plus nous dire disciples de Jésus-Christ sans partager son regard sur la création et son soin pour tout ce qui est fragile et blessé.
Quatre relations et une seule famille
Chers amis, laissez votre foi vous inspirer pour être porteurs de l’espérance qui naît de la reconnaissance de la présence de Dieu déjà à l’œuvre dans l’histoire. Rappelons-nous comment le pape François décrivait saint François d’Assise : il "vivait en simplicité et en merveilleuse harmonie avec Dieu, avec les autres, avec la nature et avec lui-même. Il nous montre combien est inséparable le lien entre le souci de la nature, la justice envers les pauvres, l’engagement dans la société et la paix intérieure" (Laudato Si’, 10). Que chacun de nous grandisse dans ces quatre relations — avec Dieu, avec les autres, avec la nature et avec nous-mêmes — à travers une constante attitude de conversion. L’écologie intégrale s’épanouit dans toutes ces relations. Par notre engagement envers elles, nous pouvons croître dans l’espérance en vivant l’approche interdisciplinaire de Laudato Si’ et l’appel à l’unité et à la collaboration qui en découle.
Nous sommes une seule famille, avec un seul Père, qui fait lever son soleil et tomber la pluie sur tous (cf. Mt 5,45). Nous habitons la même planète, et nous devons en prendre soin ensemble. Je renouvelle donc mon vif appel à l’unité autour de l’écologie intégrale et à la paix ! Il est encourageant de voir la variété d’organisations représentées à cette conférence, ainsi que la grande diversité d’organismes qui ont rejoint le Mouvement Laudato Si’ et la Plateforme d’action.
Chacun doit faire pression
De plus, le pape François a souligné que "les solutions les plus efficaces ne viendront pas seulement des efforts individuels, mais surtout des grandes décisions politiques aux niveaux national et international" (Laudate Deum, 69). Chacun dans la société, à travers les organisations non gouvernementales et les groupes de plaidoyer, doit faire pression sur les gouvernements pour qu’ils développent et mettent en œuvre des règlements, procédures et contrôles plus rigoureux. Les citoyens doivent jouer un rôle actif dans la prise de décision politique aux niveaux national, régional et local. Ce n’est qu’alors qu’il sera possible d’atténuer les dégâts causés à l’environnement. La législation locale sera également plus efficace si les communautés voisines soutiennent les mêmes politiques environnementales (cf. Laudato Si’, 179).
J’espère que les prochains sommets internationaux des Nations Unies — la Conférence sur le changement climatique de 2025 (COP 30), la 53e Session plénière du Comité sur la sécurité alimentaire mondiale et la Conférence sur l’eau de 2026 — écouteront le cri de la Terre et le cri des pauvres, des familles, des peuples autochtones, des migrants involontaires et des croyants du monde entier. En même temps, j’encourage chacun, en particulier les jeunes, les parents et ceux qui travaillent dans les administrations et institutions locales et nationales, à jouer leur rôle pour trouver des solutions aux "défis culturels, spirituels et éducatifs" d’aujourd’hui (Laudato Si’, 202), en recherchant toujours avec ténacité le bien commun. Il n’y a pas de place pour l’indifférence ni pour la résignation.
La question que Dieu nous posera
Je voudrais conclure par une question qui nous concerne tous. Dieu nous demandera si nous avons cultivé et pris soin du monde qu’il a créé (cf. Gn 2,15), pour le bien de tous et des générations futures, et si nous avons pris soin de nos frères et sœurs (cf. Gn 4,9 ; Jn 13,34). Quelle sera notre réponse ?
Chers amis, je vous remercie pour votre engagement et je vous adresse volontiers ma bénédiction. Merci.

