Le lundi 15 septembre, à l’occasion de la rentrée académique et des 600 ans de l’université Catholique de Louvain-la-Neuve (UCLouvain), la traditionnelle Messe du Saint-Esprit a été remplacée par une « célébration de la Parole ».
Cette cérémonie d’un genre nouveau aurait dû se dérouler sur la Place des Sciences à Louvain-la-Neuve mais la pluie et le vent en ont décidé autrement. Rapatriés in extremis, c’est dans l’auditoire attenant que fleurs, pupitre, public et chorale ont trouvé refuge.
Commencement et Big Bang
L’auditoire de secours qui a accueilli la cérémonie porte le nom de l’astronome catholique belge à l’origine de la théorie du Big Bang, Georges Lemaître. Heureux hasard : « Au commencement » est le titre évocateur qui avait été choisi, en référence à l’Évangile de Jean (1, 1-18). Après quelques réglages sonores, un ombrageux Laudate Dominum introductif a résonné dans l’auditoire.
Présidée par Mgr Luc Terlinden, archevêque de Malines-Bruxelles et grand chancelier de l'université, la cérémonie a commencé par quelques mots d’accueil de la rectrice Françoise Smets : « Merci à Mgr Terlinden d’avoir osé sortir cette célébration de son cadre habituel » a-t-elle déclaré d’emblée avant de s’adresser à toutes les personnes présentes (parmi lesquelles un quart d’étudiants et d’étudiantes) : « Que les paroles et les musiques vous donnent du cœur, du souffle, de l’énergie et surtout de l’audace pour l’année à venir ».

La joie se décide et se cultive
Après la lecture d’un poème du philosophe et théologien Maurice Bellet « Ce qui s’annonce est la vie heureuse… », le Professeur de l’École polytechnique de Louvain Renaud Ronsse a souhaité aux élèves, dans un court texte aux accents sincères et compatissants, beaucoup de joie malgré les frustrations inévitables que l’on rencontre lors d’un parcours de formation : « Contrairement au bonheur ou au plaisir, la joie est une vertu dont il nous faut décider, activement et puissamment. La joie ne tombe pas du ciel, mais elle se cultive ».
Ensuite, après la lecture d’un texte de la poétesse belge Colette Nys-Mazure, l’étudiante en anthropologie Ana Gordo Fontao est venue prononcer un texte de son cru intitulé avec malice « Parole en liberté ». Après qu’elle a réclamé vigoureusement et contre toute attente une salve d’applaudissements en conclusion de son texte, les 350 personnes présentes ont répondu prestement à sa demande.
Un pari réussi
Si cette année la volonté était de garnir de chaleur et de textes évocateurs cette cérémonie liminaire, sans renoncer néanmoins à sa solennité traditionnelle, le pari était réussi. Et le texte de Madame Gordo Fontao, en guise de trait d’union, n’y était pas pour rien.
En sortant de l’auditoire, certains spectateurs globalement enthousiastes regrettaient quand même que la lecture de l’Évangile ait été faite dans sa retraduction moderne publiée par Bayard. Mais c’étaient là des chagrins vite dissipés car dehors un vif soleil presque chaud était venu baigner la Place des Sciences, dépeuplée une heure plus tôt.
Un débat qui n’est pas nouveau
Cela fait plusieurs années que le maintien de la messe de rentrée suscite des interrogations au sein de l’UCLouvain. Elle était de moins en moins suivie et, pour ne rien arranger, certains étudiants assistaient à leurs premiers cours au même moment. L’ancien recteur Vincent Blondel avait ouvert la voie d’une réflexion à ce sujet. C’est sous le mandat de sa remplaçante, Françoise Smets, que le changement s’est opéré. Faut-il y voir un signe des temps et d’une nécessaire ouverture à l’altérité ? Certainement. La curiosité ou l’intérêt ont en tout cas incité de nombreuses personnes à faire le déplacement cette année.






Deux salles deux ambiances
C’est un choix volontairement plus traditionnel qui a été fait par l’université Saint-Louis Bruxelles trois jours plus tôt (une université qui a pourtant fusionné il y a deux ans avec l’UCLouvain). Le 12 septembre en effet, à l’occasion des « Start Days », dans la petite chapelle du boulevard du Jardin botanique à Bruxelles, une vingtaine d’étudiants, chercheurs, enseignants et membres du personnel administratif se sont réunis pour suivre une Messe du Saint-Esprit ouvertement catholique, sans fleurs et sans musique.
L’homélie de l’Abbé Claude Castiau était précédée d’une lecture de l’épisode de l’Évangile de Luc (11, 1-13) lors duquel Jésus apprend à ses disciples à prier avant de leur déclarer : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira ». C’est là aussi une façon de s’adresser, ne serait-ce qu’en principe, à des non-catholiques, à des personnes en souffrance ou en cheminement de foi, en somme, à la « diversité »… un mot répété de nombreuses fois trois jours plus tard lors de la cérémonie néolouvaniste.
Julien PAUL

