La RTBF met les « émissions concédées » sous pression: « nous sommes stupéfaits »


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La RTBF met les « émissions concédées » sous pression: « nous sommes stupéfaits »
Par Vincent Delcorps
Publié le
3 min

Historique: le média de service public a décidé de ne plus soutenir les émissions concédées. Celles-ci permettent à quinze associations représentatives de faire vivre le débat démocratique sur ses antennes.

Nous sommes fin juin, et ça commence à sentir (bon) les vacances… Quand arrive ce recommandé. Il est signé par Jean-Paul Philippot, l’administrateur-délégué de la RTBF. "Depuis de nombreuses années, la RTBF garantit, dans le cadre de sa mission de service public, un espace d’expression aux associations représentatives reconnues", écrit-il. "A ce titre, votre association bénéficie non seulement d’une diffusion de vos émissions ‘En Quête de Sens’ (…) mais également d’un appui financier (…) ainsi que de la mise à disposition gratuite de moyens techniques (…)." On craint le pire… "Ce dispositif va évoluer". La sentence? Dès le 1er janvier 2026, la RTBF ne soutiendra plus CathoBel pour la production de ses émissions.

Un report de six mois

Les téléphones chauffent, les e-mails fusent. Car CathoBel n’est pas la seule concernée, bien sûr. Rapidement, la concertation s’organise entre les cultes, la laïcité, les organisations syndicales et patronale. La riposte aussi.

Certes, tout le monde sait parfaitement que la RTBF est soumise à un dur régime budgétaire – c’est la crise… En même temps, chacun est choqué par la radicalité de la mesure, la brutalité de la lettre. En août, huit associations signent une réponse commune. Elles se montrent constructives et respectueuses: "C’est avec beaucoup de reconnaissance que nous collaborons avec vos services". Mais elles ne sont pas naïves: "Devons-nous voir, derrière cette décision, une volonté d’affaiblir, voire de faire disparaître à terme, les émissions dites ‘concédées’?" Les cosignataires demandent à pouvoir réfléchir à des alternatives. Et plaident, à tout le moins, pour un report de six mois.

Il faut dire que les enjeux ne sont pas minces. Par sa présence hebdomadaire sur les chaînes du service public, CathoBel touche chaque semaine plusieurs dizaines de milliers de personnes. Des personnes qui, bien souvent, tombent sur ces programmes un peu par hasard – parce qu’elles sont sur la route ou qu’elles viennent d’allumer leur télé. Des personnes qui, parfois, sont très éloignées de l’Eglise et de l’Evangile. Mais qui peuvent être touchées par un témoignage, un message d’espérance, une parole de Vie…

"Stupéfaits"

Fin août, la réponse de la RTBF se révèle décevante. Si l’administrateur-délégué affirme son attachement aux émissions concédées ("Cette collaboration de longue date constitue une richesse [et contribue à] nourrir le débat démocratique"), il ne se montre nullement ouvert aux demandes des associations.

Le 23 septembre, une réunion se tient au boulevard Reyers. C’est un désastre. Le principal responsable des émissions concédées brille par son absence. Au détour d’une question, l’assemblée apprend que dès l’an prochain, les émissions de 10 minutes – qui représentent la moitié des émissions télévisées de CathoBel! – seront reléguées sur Auvio. "Nous sommes stupéfaits", lâche l’un.

Plus tard, un responsable de la chaîne indique qu’il ne peut garantir le maintien des horaires de diffusion pour les émissions restantes. Enfin, la RTBF reste prête à mettre des studios à disposition des associations… mais contre rétribution. Les tarifs sont dévoilés. "Impayables", "indécents"…

L’on se quitte. L’on sait qu’on se reverra. L’on sait aussi que le combat se poursuit… L’enjeu? De manière constructive, montrer qu’on a tous intérêt à trouver des solutions réalistes. Raisonnables. Finançables… Pas seulement pour nos associations. Mais parce que celles-ci sont au service du dialogue et de la vitalité de notre espace public. Et que, dans ce monde polarisé, ce sont là des biens communs particulièrement précieux.

Vincent DELCORPS

Catégorie : Société

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