Distingué par le Prix des 5 continents de la francophonie, le roman Le rêve du pêcheur est désormais accessible en poche. Son histoire vogue entre le Cameroun et la France.
"Du Cameroun à la France, cette fresque familiale se démarque par l’ampleur de son univers et son écriture poétique sur les thèmes de l’exil, du déracinement et du bouleversement des valeurs. L’autrice a su jongler entre passé et présent, cultures et croyances, ancrage et perte de repères", a déclaré le jury du Prix dans sa délibération. C’est donc un livre qui mêle les générations et les contrées, au sens d’une large fresque romanesque.
Le Prix des 5 continents de la francophonie n’est pas seulement une magnifique reconnaissance honorifique. Il donne également à l’auteure l’occasion de voyager et d’accroître sa notoriété à travers la francophonie, dont les identités contemporaines sont nécessairement variées. Hemley Boum souligne d’ailleurs que "le français est arrivé à ces endroits par des histoires différentes".
Entre tradition et modernité
Née au Cameroun et anthropologue de formation, l’écrivaine vit aujourd’hui en région parisienne. Pour composer ce roman, elle n’a pas hésité à placer deux histoires et deux continents en miroir. Dans la famille camerounaise de Zacharias, on est pêcheur de père en fils, tandis que Zack, le petit-fils, est devenu psychologue clinicien et s’est installé à Paris. Avec Le rêve du pêcheur, les générations vont se croiser et s’entremêler, alors même que des codes différents régissent les relations selon leur lieu de vie.
Au village le long de la côte, l’installation d’une compagnie forestière a bousculé le mode de vie habituel des pêcheurs, sans cesse tentés par l’achat à crédit d’objets neufs. Clairvoyante, la femme de Zacharias s’interroge : "Elle ne comprenait pas l’intérêt de se procurer des biens que nul ne jugeait utiles avant de les posséder." Un changement de vie qui va avoir des effets cataclysmiques sur la population locale.
"Nous sommes dans une époque et une philosophie, qui met en avant – à juste titre sans doute – l’individu et sa capacité à se prendre en charge, mais sans sa communauté et sans le lien qu’il peut établir avec les autres, celui-ci est relativement creux", estime Hemley Boum.
Avant de poursuivre : "Pour moi, la spiritualité est aussi importante que l’art, la culture. C’est important comme toutes ces choses essentielles qu’on ne peut pas quantifier ou nommer ou monétiser. Cela fait partie profondément de la façon dont on se construit en tant qu’être humain et du regard qu’on pose sur le monde."
A l’inverse d’un voyage, "ce qui rend l’exil inhumain, c’est l’idée qu’on ne peut pas revenir", observe-t-elle. "C’est un chemin éminemment solitaire."
Angélique TASIAUX
Hemley Boum, Le rêve du pêcheur. Gallimard, collection Folio, 2025, 400 pages.

