Le meurtre de Charlie Kirk met en lumière une tension douloureuse : une religion mêlée à l’idéologie qui entraîne les jeunes dans la division. Notre société ne peut pas se permettre de rester spectatrice. Il est temps d’offrir aux jeunes le savoir, l’espace et la sécurité qu’ils méritent dans leur recherche de sens.
🖊️ Une opinion de Sofi Van Ussel, responsable de Kamino (la pastorale des jeunes diocésaine du Nord du pays)
Le meurtre atroce de Charlie Kirk a provoqué un choc non seulement aux États-Unis, mais aussi dans le monde entier. Pour certains, il était un héros ; pour d’autres, un danger. Donald Trump l’a honoré comme un « martyr de la vérité et de la liberté ». Le vice-président catholique J.D. Vance a salué sa foi profonde. En même temps, d’autres rappellent ses propos haineux, comme l’affirmation selon laquelle, selon la Bible, les homosexuels devraient être lapidés.
Kirk parlait souvent le langage de Jésus, mais...
Nous ne pouvons jamais justifier la violence. Tout ce débat et cette polarisation mettent en évidence une douleur croissante : le mélange de la religion et de l’idéologie. La foi devient un carburant pour les luttes politiques, au lieu d’être une source d’espérance et de rencontre. Kirk parlait souvent le langage de Jésus, mais il l’utilisait pour diviser. Ainsi, la religion cesse d’être un chemin de communauté et devient une arme dans un conflit idéologique.
Kirk n’était pas seul dans cette voie. Je suis profondément préoccupé par les déclarations publiques de dirigeants qui, en réaction à sa mort, appellent à encore plus de violence, de persécution, de polarisation et d’intolérance. En parallèle, une multitude d’influenceurs diffusent des messages simplistes aux jeunes sans aucune nuance. Leur succès montre combien les jeunes sont aujourd’hui en quête. Dans un monde ébranlé par le climat, la guerre et la polarisation, la faim de direction et de sens est immense. Quand cette quête n’est pas nourrie par la connaissance, le dialogue et l’expérience, les jeunes risquent de devenir le jouet des penseurs manichéens.
La violence au nom de Dieu est un blasphème
C’est là que résonne avec force l’avertissement du défunt pape François. À maintes reprises, dans son encyclique Fratelli Tutti, lors des Journées mondiales de la jeunesse, ou encore pendant le Hope Happening en Belgique, il a appelé à la rencontre, au dialogue, à l’amitié et à la fraternité. Il n’a laissé aucun doute : « La violence au nom de Dieu est un blasphème, et donc une violence contre Dieu lui-même. » Le langage violent de Kirk est en totale contradiction avec le cœur de toute foi authentique.
Ce qui est peut-être encore plus préoccupant, c’est que la contradiction devient peu à peu impossible. Des enseignants, des pompiers, des journalistes, voire un membre du Secret Service, ont perdu leur emploi pour avoir exprimé des critiques sur la mort de Kirk. C’est insensé que toute forme de critique ou de contradiction soit bannie.
La démocratie a besoin d’instances de sens
Notre société touche ici un point fondamental. La démocratie ne peut exister sans espace pour la différence et le débat. La démocratie a besoin d’instances de sens (comme la religion). Non pas une vision du monde qui enferme les gens dans la peur ou l’idéologie, mais une qui nous fait découvrir qu’il y a plus que notre propre raison. Une vision qui invite à poser des questions, à se rencontrer et à chercher ensemble un sens.
Nous pourrions analyser cela sans fin. Mais les événements exigent que nous assumions nos responsabilités dès maintenant. Cela signifie : ne pas laisser les jeunes chercher seuls. Chaque jour, nous marchons aux côtés de jeunes en quête de sens ou croyants. Dans ce contexte, c’est particulièrement lourd. Les jeunes observent comment nous, en tant qu’Église et société, réagissons. Ils voient si nous nous laissons emporter par la colère ou le triomphe, ou si nous osons choisir un autre chemin : une tristesse sincère, une compassion large, un amour qui demeure même là où c’est difficile. Voilà pourquoi, en tant que responsables, nous devons montrer un autre exemple – par les paroles et par les actes.
Mon plaidoyer : la création d'un centre autour de la quête de sens
Sans connaissance de la religion et de la vision du monde – y compris non religieuse – les jeunes restent vulnérables. C’est pourquoi je réitère mon plaidoyer pour un centre de connaissances et d’expertise autour de la quête de sens : un lieu où se croisent les savoirs de la pédagogie, de la théologie, de la psychologie, du travail et du travail avec les jeunes. Un centre qui relie la recherche à la pratique, qui soutient les écoles, les organisations et les traditions spirituelles dans leur mission.
Dans le même esprit, l’importance d’un enseignement religieux de qualité reste essentielle. Un enseignement qui n’endoctrine pas, mais qui permet aux jeunes de découvrir la richesse et la spécificité des traditions religieuses, tout en s’ouvrant au monde et aux autres. Celui qui apprend à comprendre ses propres sources apprend aussi à mieux dialoguer avec la différence.
Mais la connaissance seule ne suffit pas. Les jeunes ont aussi besoin d’expérience. Célébrer ensemble, se recueillir ensemble, interpréter ensemble les expériences en dialogue. C’est là que la foi devient une source d’espérance, et non un instrument de lutte.
Les jeunes ont droit à un développement spirituel sûr
Prenons cela au sérieux : les enfants et les jeunes ont droit à un développement spirituel sûr. Cela signifie que nous, en tant que société, devons veiller à ce qu’ils ne deviennent pas dépendants de gourous charismatiques ou de mouvements où la critique est taboue. Les jeunes méritent un espace pour questionner, douter, apprendre à discerner. Dans la liberté et la sécurité.
C’est une mission essentielle pour un centre d’expertise que de maintenir le dialogue sur la foi et la vision du monde ouvert et discutable dans la société. Dès que la foi disparaît uniquement dans la sphère privée, la société perd la possibilité de l’accompagner de manière critique. Alors le risque grandit que l’extrémisme s’enracine sans entrave. Seul un dialogue public peut empêcher que les extrêmes prennent le dessus.
Reste dans l'amour
C’est précisément pour cette raison que nous avons choisi chez Kamino le thème de l’année : "Reste ! Reste dans l’amour." C’est à contre-courant, mais non polarisant. C’est un choix radical pour la connexion et la rencontre. Avec la conviction que, lorsque l’on rencontre vraiment l’autre, des ponts se construisent.
Reste dans l’amour. C’est l’acte le plus courageux que tu puisses poser aujourd’hui. C’est le seul choix plus fort que la haine, plus puissant que la peur et plus grand que l’idéologie.
Sofi Van Ussel
Intertitres : CathoBel

