L’été est une période propice pour prendre un temps de retraite. Il faut dire que notre pays ne manque pas de lieux inspirants. Mais comment les hôtelleries s’organisent-elles pour répondre, au mieux, à vos attentes ? C’est le sujet de notre série d’été. Cette semaine, nous nous rendons dans l’abbaye de Brialmont, dans le diocèse de Liège.
Un long chemin à travers les campagnes mène à l’abbaye Notre-Dame. D’emblée le calme s’impose… Tous les visiteurs reconnaissent être pris par l’atmosphère et l’énergie particulière qui habite l’espace.
"La configuration des lieux et l’ouverture sur la vallée" jouent assurément un rôle, observe mère Marie-Pascale, la mère supérieure de l’abbaye de Brialmont. De l’autre côté de la vallée, se dégagent les bâtiments massifs du Centre Hospitalier Universitaire de Liège.
Dans le ciel, les va-et-vient d’un hélicoptère rappellent les transferts en cours vers l’Institut de Cancérologie Arsène Burny. Une présence qui ne passe pas inaperçue dans le cœur des religieuses, sensibles à la souffrance des malades et en communion avec les personnes éprouvées. Il arrive d’ailleurs que des malades viennent les trouver à la suite d’un séjour hospitalier. "Nous sommes en communion avec eux", explique mère Marie-Pascale.
Véritable centrale téléphonique, la sœur hôtelière ne cesse de répondre aux appels qui surgissent à tout bout de champ. Des gens en détresse, des religieux venus d’autres horizons ou communautés… Ils sont nombreux à séjourner une journée, une nuit ou plus, selon les disponibilités des douze chambres. Et quand il n’y a plus de place, les religieuses se démènent pour en trouver! "Le bout du monde attire ! Les gens ont besoin de décrocher", confie sœur Colette.
Même du yoga
A côté de l’accueil individuel, l’abbaye de Brialmont reçoit également de nombreux groupes organisés "avec leur propre objectif de formation", comme le souligne la sœur hôtelière. Parmi ceux-ci, se retrouvent des équipes pastorales ou venues de la Communauté de Vie Chrétienne (CVX), des groupes d’accompagnement Vivre & Aimer Belgique, mais aussi des groupes de relaxation, de yoga, de méditation de pleine conscience… "Il y a aussi de la jeunesse !", se réjouit la mère supérieure.
De nombreux élèves de rhéto arrivent, en effet, sur place, en collaboration avec le collectif des Tutti Frutti et Nicolas Gazon, le référent pour la transition écologique et sociale du diocèse de Liège, également co-fondateur de l’asbl Graines de Soi. "Cela nous incite à prier pour la nouvelle génération. Elle a en main toutes ses richesses et les capacités de changement", complète sœur Colette.
Une abbaye en transition
L’ouverture prévaut résolument dans cette abbaye qui bénéficie à Tilff d’un "réseau bénévole dense. Nous sommes pris dans un maillage local de solidarités", raconte mère Marie-Pascale. C’est ainsi que le collectif Tutti Frutti a rejoint les moniales à Brialmont, avec un projet ancré dans la transition écologique et sociale. "Le quatrième enfant est attendu chez les Tutti !", glisse la religieuse, heureuse de côtoyer des tout-petits.
L’une des particularités de ce monastère de moniales trappistines est de prendre part à sa propre transition. "Nous avons cette chance de l’avoir vue venir", constate mère Marie-Pascale. "A six, nous savons que la communauté est en fin de vie. Chacune est accompagnée vers un potentiel lieu de reconversion, tandis qu’une charte veille à conserver l’identité cistercienne du lieu." Et sœur Colette d’enchaîner: "Nous avons à être qui nous sommes dans ces ruptures et à nous détacher de ce qui se vit".
Besoin de parler à quelqu’un
Dans la salle à manger, les visiteurs d’un jour ou plus se retrouvent. Parmi eux, Caroline et sa collègue Florence. Les deux philosophes sont là pour écrire le récit et l’analyse d’une occupation des étudiants, en soutien à la Palestine, dans les locaux de l’Université de Liège. Sans être croyantes, les jeunes femmes se disent sensibles au côté paisible et bienveillant du lieu. Autre attente, plus spirituelle cette fois, avec Véronique, qui avait besoin de parler à quelqu’un, au milieu de tous ses questionnements personnels. L’avantage de l’abbaye, c’est qu’un accompagnement occasionnel y est possible, avec quelques rencontres en cours de séjour.

Siméon, lui, est un habitué des retraites, d’abord à Orval, puis à Tibériade. "Le mot retraite convient parfaitement. On se retire loin des sollicitations. Cela permet de se reconnecter à l’essentiel", estime le père de famille, venu y passer trois jours.
Dans cette salle, il n’y a pas seulement des personnes en retraite qui prennent leur repas, mais aussi des membres du personnel, en charge de l’accueil ou du ménage, et des volontaires. Ainsi, Louisette est-elle bénévole à l’abbaye depuis douze ans. Tous les mardis, elle parcourt les 38 kilomètres qui la séparent de Brialmont. Pourquoi ? Pour se ressourcer ! Autre exemple avec Joanna, bénévole depuis dix ans. C’est à la suite d’une retraite autour des exercices ignatiens que cette habitante de Flandre a découvert et pris goût à l’abbaye. "Cela m’apporte le bonheur de venir ici", confie-t-elle.

Un magasin ouvert sur le monde
Passons à présent du côté du magasin. Aujourd’hui, c’est Anne-Marie, une fidèle abonnée de Dimanche, qui en a les clefs. Dans ce grand espace se retrouvent des produits monastiques labellisés: miel, confitures, bières d’Orval et de Rochefort… sans oublier les champignons, véritable spécialité de Brialmont. Les livres occupent également de nombreux rayonnages. "Nous avons des clients ponctuels, des retraitants, des promeneurs, des habitués du village, des gens attirés par les produits d’abbayes, d’autres qui viennent pour voir les expositions de peintures, de photos ou de sculptures…", nous raconte Anne-Marie. "C’est un magasin où on ne fait pas seulement ses achats !" Pour preuve, une voisine venue raconter sa recherche actuelle de logement.
Après avoir découvert l’abbaye lors d’une promenade, Judith a trouvé une formule qui lui convient: le mardi matin, c’est en tant que retraitante qu’elle vient, tandis que l’après-midi elle se met à la disposition des besoins du jour à l’hôtellerie ou au magasin… Et pendant les vacances, Adri, sa fille de 15 ans l’accompagne pour tenir la caisse de la boutique.

Répondre aux besoins et aux attentes du monde suppose une grande dose de flexibilité. Les sœurs de Brialmont l’ont bien compris. C’est ainsi que les hôtes sont invités, sans obligation, à prendre part aux offices qui rythment leur journée. Certains y vont, d’autres pas. "Ce qu’ils vivent ici est parfois magnifique", conclut la sœur hospitalière.
Angélique TASIAUX
