Le 24 mai 2015, le pape François signait Laudato si’, une encyclique appelée à marquer une génération. Dix ans plus tard, qu’en reste-t-il ? Si le texte a bouleversé certains, la conversion écologique qu’il appelait de ses vœux semble encore inachevée.
Des graines plantées dans l’Église et au-delà
Laudato si’ est sans doute l’un des textes du pontificat de François qui aura suscité le plus d’échos hors de l’Église. Et cela même si “Fratelli Tutti aussi a eu quand même un rayonnement très important”, nous rappelle Pierre Granier, secrétaire de rédaction du journal Dimanche, « mais pas avec le même impact que Laudato si, qui a frappé les esprits par sa nouveauté. »
Dès sa parution, Laudato si, a été salué par les ONG, les scientifiques et même des responsables politiques, croyants ou non. Par sa clarté, sa portée universelle et son approche intégrale de l’écologie, le texte a jeté un pont inédit entre le monde catholique et la société civile.
Pour Angélique Tasiaux, journaliste pour CathoBel et Dimanche, ce texte a été une joie pour de nombreux catholiques qui a surtout permis de tisser des liens avec des personnes en dehors de l’Église. L’encyclique « est peut-être même plus connue dans le monde extérieur aux croyants que chez les croyants eux-mêmes, » ajoute-t-elle.
Une vision prophétique, une réception contrastée
Si l’encyclique a été lue, commentée, discutée, a-t-elle été mise en œuvre ? Certains en doutent. Le développement de référents pour l’écologie intégrale dans les diocèses, les initiatives paroissiales — potagers partagés, retraites Laudato si’, camps d’été — témoignent d’un début de cheminement. Mais « l’Église n’est pas parvenue à se laisser convertir de manière structurelle, profonde et durable », comme l’écrit Vincent Delcorps dans son éditorial pour Dimanche.
L’expérience montre pourtant que Laudato si’ peut transformer des vies. Des chrétiens se sont saisis du texte pour revoir leur mode de consommation, s’engager localement, ou même évangéliser en ramassant les déchets de leur quartier.
Une actualité toujours brûlante
À l’heure où la crise environnementale est parfois reléguée au second plan par d’autres urgences mondiales, le message de Laudato si’ garde toute sa pertinence. La guerre, les tensions politiques et les dérèglements économiques ne peuvent faire oublier l’enjeu climatique, tant celui-ci est lié à la question de la justice et de la paix.
Le texte de 2015 appelait à une « conversion écologique » personnelle et communautaire. Dix ans plus tard, peut-être faudrait-il en relancer la lecture, le débat, et surtout, la mise en pratique. Pourquoi ne pas imaginer, comme le suggère Angélique Tasiaux, une distribution du texte à la sortie des messes ? Ou une rediffusion numérique plus visible ?
En nous parlant d’une dame qui met l’encyclique en pratique en ramassant les déchets, Pierre Granier se rappelle cette citation d'un père du désert : « Quand tu passes quelque part, la situation doit s’y être améliorée ». Une phrase simple, mais qui pourrait bien résumer l’esprit de Laudato si’ qu'il est tout aussi urgent d'appliquer en 2025 qu'en 2015.

