Si l’évangéliste Luc apporte tellement de détails historiques pour situer le moment où la Parole de Dieu se fit entendre à Jean-Baptiste, ce n’est pas seulement pour montrer qu’il fait œuvre d’historien. C’est pour solenniser l’événement: en un moment précis du temps et de l’Histoire, ceux-ci – le temps et l’Histoire – ont en quelque sorte arrêté leur cours, car Dieu est venu les habiter, lui, l’Eternel, inscrivant son Etre dans nos jours éphémères. Depuis, le temps est à jamais adossé à Jésus, appuyé sur lui, l’homme qui, empruntant quelque trente années de notre vie humaine, en a chamboulé le cours: nos fragiles histoires d’êtres humains, elles sont avec lui ensemencées par l’éternité de Dieu. Au cœur de chaque instant, désormais, Dieu vient dans l’avènement – l’Avent – de Jésus. Cela vaut bien une solennelle introduction…
Jean-Baptiste annonce cela, et il l’annonce en proclamant… un bain! Il faut se laver, se débarrasser de ses souillures, se rendre aussi blanc et neuf que possible et, par delà le nettoyage de nos corps, il faut nettoyer nos cœurs. Se convertir, c’est-à-dire, se retourner vers la grandeur de cet événement qui bouleverse tout. Cela suppose de s’arrêter, de suspendre la course folle de nos existences si souvent speedées, stressées, cela suppose de faire halte. Stop. De nous demander, chacune et chacun, à nous-mêmes: "Tu cours, tu cours, mais pour aller où?" La vraie direction de nos vies, leur vrai sens – dans la double acception du terme, comme direction et comme signification – c’est Jésus qui nous les montre. Il faut désormais les apprendre de lui, en toute confiance. Certes, en nous indiquant ce cap nouveau de nos destinées, il nous dévoile aussi ce qui depuis toujours, nous le sentons bien sans nous l’avouer, nous empêche de marcher sur la bonne voie: nos cœurs accidentés, aux ravins escarpés, aux montagnes inaccessibles, aux passages tortueux, nos cœurs tellement blessés et depuis si longtemps. Mais en nous dévoilant le sens nouveau de nos vies, Jésus qui vient à nous, nous rassure aussi et nous prévient qu’en son avènement, il nous guérit de nous-mêmes: Comblés, les ravins! Abaissées, les montagnes et les collines! Aplanis, les chemins tortueux! En lui, la prophétie d’Isaïe s’accomplit, en lui, la Voie est libre et avec lui, nous pourrons marcher vers le Père.
Le temps de l’Avent du Seigneur propose à notre prière la contemplation d’au moins deux grandes icônes: la Vierge Marie, enceinte, dans l’attente de sa délivrance. Et, avant elle, la figure du Baptiste dont la voix retentit dans nos déserts intérieurs et nous invite à accueillir ce Dieu qui vient à nous, qui vient bouleverser nos histoires, notre Histoire, et qui nous rend capables, par le doux toucher de sa guérison, d’accueillir dans la joie sa perpétuelle jeunesse.

Abbé Benoît LOBET

