La vie et la mort en maison de repos demeurent, le plus souvent, un sujet tabou. Certains établissements proposent cependant un accompagnement personnalisé des résidents, basé sur une relation de confiance, qui permet d’aborder ces questions avec sérénité. C’est le cas du Home Saint-Joseph, à Bruxelles, ou de la résidence La Pairelle à Wépion.
Au Home Saint-Joseph, comme dans leurs autres maisons, les Petites Sœurs de pauvres mettent en place un accompagnement personnalisé de chaque résident, en fonction de son état de santé, de ses souhaits et de ses convictions (voir ci-dessous). A la résidence La Pairelle, à Wépion, une philosophie identique régit les soins quotidiens apportés aux personnes âgées, qu’elles soient encore plus ou moins valides ou en fin de vie.
Des initiatives concrètes
Gaëlle Descamps est ergothérapeute à La Pairelle. Lorsqu’on lui demande si l’entrée en maison de repos correspond à la fin du voyage, elle répond: "Oui et non. C’est peut-être le début d’un voyage différent. Parce qu’il se passe plein de choses dans la maison de repos. Il y a des activités, qu’on adapte en fonction de chacun." Concernant l’accompagnement en fin de vie, la soignante a développé plusieurs initiatives. Dans le cadre des soins palliatifs, elle a créé un chariot destiné aux soins mais aussi au bien-être des personnes, et qui peut être utilisé aussi par les infirmiers que par les familles. Sur ce chariot, on trouve des huiles essentielles, des produits pour les soins du visage, des coussins de positionnement…
Mais l’accompagnement relatif à la fin de vie ne s’arrête pas là. Pour aborder le thème de la mort avec les résidents, un jeu de cartes un peu particulier permet de dédramatiser ce sujet délicat. Chaque carte exprime un souhait de ce que la personne souhaiterait pour sa fin de vie. Dans un petit groupe, chacun choisit des cartes, et puis on en parle. Les personnes se montrent heureuses de pouvoir dire concrètement ce qu’elles souhaitent avant ou après leur mort. Autre exemple: des papillons en papier sont collés sur un mur, en hommage aux résidents décédés.
Le cœur de l’accompagnement est la relation
En présence de ces initiatives, une question se pose: cet accompagnement personnalisé est-il envisageable dans toutes les maisons de repos, vu la pénurie de soignants auxquelles beaucoup d’entre elles sont confrontées? Valentine Charlot, psychothérapeute spécialisée dans l’accompagnement des personnes âgées, pense que c’est possible. "L’accompagnement ne dépend pas uniquement de moyens", explique-t-elle. "Toutes les maisons de repos sont confrontées à cette pénurie, mais le cœur de l’accompagnement de la vie, de la fin de la vie et de la mort en institution, c’est la relation qui se crée dès les premiers jours, et qui va se développer au fil du temps." C’est cette relation qui pourra être un réconfort au moment de la fin de vie.
A la résidence La Pairelle, la mort n’est pas un sujet tabou. Mais qu’en est-il généralement dans les maisons de repos? La réponse de Valentine Charlot est limpide: "La mort reste un sujet tabou dans les maisons de repos comme dans la société en général." Si on assiste à une évolution sur la question des décisions médicales à prendre en fin de vie, grâce notamment aux questionnaires qui sont de plus en plus souvent remplis et transmis, le dialogue autour de la fin de vie, des souhaits, des croyances ou de la spiritualité, est moins présent. "Pourtant", note la psychothérapeute, "quand on laisse la place à ce dialogue, on constate la place qu’il prend et la sérénité qu’il peut amener, tant pour les résidents que pour les professionnels."
Christophe HERINCKX

