En Roumanie, des disciples de toutes les nations rassemblés pour construire la paix


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En Roumanie, des disciples de toutes les nations rassemblés pour construire la paix
Cette rencontre inter-monastique en Roumanie était organisée par ‘Synaxe’ (anciennement EIIR - les Rencontres Internationales et Interconfessionnelles de Religieux/ses). © Press office Orthodox Metropolis of Benelux / Flickr
Par Clément Laloyaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
5 min

Pour sa 39e rencontre inter-monastiques, l'association Synaxe a réuni du 3 au 9 juillet 2024 une quarantaine de membres de diverses communautés religieuses orthodoxes, catholiques et protestantes autour du thème "Heureux les artisans de paix". Cette intense semaine de partage, de réflexions et de prières s'est déroulée au Monastère de Brâncoveanu, en Roumanie, au pied des Carpates.

Depuis 1970, les rencontres œcuméniques organisées par 'Synaxe' (anciennement 'EIIR') offrent l’opportunité à des religieux et religieuses, des clercs, des laïcs, des hommes et des femmes de confession et de nationalité différentes de se rencontrer et de partager leurs expériences autour d’un thème de la foi chrétienne qui les interpelle.

Cette année, le thème de cette grande rencontre internationale était : "Heureux les artisans de paix".

Le monastère de Brâncoveanu (Roumanie). © Press office Orthodox Metropolis of Benelux / Flickr

Pour le président de Synaxe, le Métropolite Athénagoras de Belgique, le choix de ce thème paraissait évident, étant donné la proximité de la situation douloureuse qui se déroule en l’Ukraine voisine, ainsi que ce qui se passe à Gaza et dans d'autres endroits du monde.

"En tant que chrétiens, nous ne pouvons pas permettre que la guerre continue", déclarait en ouverture de semaine le représentant officiel de l'Église Orthodoxe au Benelux. "Après tout, ne sommes-nous pas appelés à être de véritables artisans de paix? La paix n'est pas un vain mot. Pendant les jours que nous allons passer ensemble ici, nous voulons réfléchir à la paix et surtout prier pour elle".

Mais comment devenir un artisan de paix ? "La paix bénie par le Christ, dit-il, est le résultat et le fruit de la purification du cœur et de l'union avec Dieu". Elle commence par rencontrer les autres et les écouter :

Il faut une hospitalité du visage et de l’oreille.

Son Eminence le Métropolite Athénagoras de Belgique et Exarque des Pays-Bas et du Luxembourg

Du 3 au 9 juillet dernier, les membres de l'association ont été accueillis au monastère historique de la Dormition de la Mère de Dieu en Roumanie, plus connu sous le nom de monastère de Brâncovranu.

© Press office Orthodox Metropolis of Benelux / Flickr

Des religieux/es provenant des quatre coins du monde donnent leur vision de la paix :

La paix, fruit de l’Esprit Saint.

Pour Frère Guillaume de la Communauté de Taizé, la paix est un des fruits de l’Esprit (Galates 5,22). Il faut lutter contre notre propre nature pour trouver la paix. C'est l’essentiel et les premiers chrétiens le faisaient. Ils sont devenus ainsi des personnes libres et remplies des dons de l’Esprit. Nous devons construire la paix avant tout en devenant des personnes réconciliées, en accueillant les dons des autres. Elle est liée à la simplicité de vie qui conduit à l’ouverture aux autres.

Le pasteur Jean-Philippe Calame, aumônier de la Communauté de Grandchamp en Suisse, pense que la paix est essentiellement un don qui descend de Dieu. Elle est dans l'histoire, mais pas de l’histoire. Jésus seul est la paix accomplie de Dieu. La politique ne suffit pas à la créer. Lui seul peut la donner.

La paix du cœur dans la tradition chrétienne

Dom Jean Geysens du monastère bénédictin de Chevetogne en Belgique, a parlé de la paix du cœur dans la tradition chrétienne, en évoquant quelques figures spirituelles importantes. Il commence par la Vie de Saint-Benoît, dont l'auteur, Grégoire le Grand, dit de lui qu’il habitait avec lui-même. C’est pourquoi il ne craignait personne. Dans l’Imitation de Jésus-Christ, Thomas a Kempis met l'accent sur la paix intérieure en réponse aux sollicitations extérieures. D'après lui, la condition nécessaire pour trouver la paix serait la conversion intérieure :

Quittez-vous et vous jouirez d’une grande paix intérieure !

Dom Jean Geysens du monastère bénédictin de Chevetogne

Son Eminence le Métropolite Serafim (Patriarcat de Roumanie) a rappelé que la tradition hésychaste met l'accent sur l'intériorisation. Toute prière doit être une prière du cœur, pas seulement celle qu’on appelle "prière de Jésus". La méditation doit descendre dans notre cœur, au moyen de l'ascèse et de la prière. Sans elles, on ne peut pas acquérir la paix du cœur.

Sœur Magdalen du Monastère de Saint Jean-Baptiste (Essex, Angleterre), a introduit les participants à la spiritualité de Saint Silouane, un moine du Mont Athos décédé en 1938, qui a vécu la béatitude de la paix en enseignant et vivant l’amour des ennemis. Celui-ci voit un lien entre la paix, l’amour des ennemis et l’humilité.

L’âme de l’homme humble est comme la mer ; si l’on jette une pierre dans la mer, elle trouble pour un instant la surface des eaux, puis s’enfonce dans les profondeurs.

Saint Silouane

👉 Retrouvez ici l'entièreté des interventions retranscrites par le Pasteur Martin Hoegger

📸 Retrouvez ici l'album photo de la rencontre. © Press office Orthodox Metropolis of Benelux / Flickr

Des célébrations œcuméniques "belles" et "riches de diversité"

Nombre de participants ont (re)découvert la beauté des offices et de la liturgie orthodoxe dans la vieille église au centre du monastère, avec ses fresques "qui évoquent ceux qui ont aimé le Seigneur avant nous".

La liturgie protestante vécue en plein air dans la clairière du monastère les a également touchés par la qualité spirituelle qui s’y exprimait. Il est heureux qu’un frère orthodoxe ait souligné la beauté de cette liturgie.

"Les moments de célébrations étaient riches de diversité" rapporte l’Archevêché Orthodoxe de Belgique sur son site. "Ils nous ont rassemblés dans l’unité de la foi au Christ confessé dans le Credo de Nicée-Constantinople, dont nous allons commémorer les 1700 ans de sa promulgation, en 2025".

"Certes, les participants ont ressenti la douleur d’une communion eucharistique imparfaite, mais ils se sont rappelés que les murs ne vont pas jusqu’au ciel. Malgré cela, ils ont pu partager tant de belles choses et avons été encouragés à faire des pas en avant."

Le Métropolite Athénagoras de Belgique dans le jardin du monastère de Brâncoveanu. © Press office Orthodox Metropolis of Benelux / Flickr

"Ils ont aussi été heureux de la participation de plusieurs jeunes, mais sont conscients de la nécessité d’élargir la rencontre encore plus à une nouvelle génération" poursuit l'Archevêché Orthodoxe de Belgique. "Après ces jours bénis, ils sont repartis le cœur remplis de paix, de joie et de reconnaissance d’appartenir au même Corps du Christ. Ils espèrent que cette belle histoire de Synaxe continue, comme Dieu le veut".

C.L. (sources : Orthodoxia.be et Martin Hoegger)


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