Dignité humaine et fin de vie: quand deux conceptions s’opposent


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Dignité humaine et fin de vie: quand deux conceptions s’opposent
Par Vincent Delcorps
Publié le - Modifié le
4 min

Hasard des calendriers: la semaine dernière, alors que le Vatican publiait un texte consacré à la dignité humaine, un débat s’ouvrait en Belgique concernant le suicide assisté. Au cœur des échanges s’opposent deux visions très différentes de la dignité humaine.

Ce lundi 8 avril marque l’aboutissement d’un long travail. Cela fait quatre ans, en effet, que les services du dicastère pour la doctrine de la Foi travaillent sur ce texte consacré à la dignité humaine. Un travail réalisé par des théologiens pointus, et dans lequel le pape François s’est personnellement impliqué.

"Un cas qui gagne du terrain"

Ce texte est-il une façon, pour François, de répondre à ceux qui estiment qu’il s’intéresse trop aux questions sociales (migration, climat…) et pas assez aux problèmes bioéthiques et anthropologiques? Peut-être. Mais pas seulement. Dignitas infinita vient d’abord actualiser la doctrine sur une notion catholique majeure. Dans un monde qui change si vite, le texte identifie les nombreuses menaces qui pèsent sur l’Homme – qu’elles touchent à la bioéthique ou des questions… sociales. Le Vatican s’oppose aussi bien à "l’empire de l’argent", au "drame de la pauvreté" et à la "violence numérique" qu’à la gestation pour autrui, la théorie du genre et au changement de sexe.

L’euthanasie et le suicide assisté sont aussi ciblés – "un cas particulier d’atteinte à la dignité humaine, plus silencieux mais qui gagne beaucoup de terrain", estime le Vatican. Pour qui, c’est évident: "Il n’y a pas de conditions sans lesquelles la vie humaine cesse d’être digne et peut donc être supprimée."

"Une vie de qualité"

Lundi 8 avril toujours. Dans le Nieuwsblad et la Gazet van Antwerpen, Luc Van Gorp, président de l’Alliance nationale des mutualités chrétiennes, alerte sur les coûts engendrés par le vieillissement de la population. Dans ce contexte, il entend ouvrir un débat. "Vivre plus longtemps n’est pas une fin en soi, n’est-ce pas? Il faudrait avant tout se poser la question suivante: combien de temps puis-je vivre une vie de qualité?" Et l’homme de plaider pour une forme d’euthanasie "plus douce". En clair: il faudrait pouvoir aider les personnes âgées qui le souhaiteraient à mourir – même sans qu’elles souffrent d’une maladie particulière.

En Flandre, le débat s’emballe immédiatement. Si l’argumentation économique du patron est largement contestée, le cœur de son propos n’est pas forcément rejeté. En Belgique francophone, la polémique est nettement moins vive. Mais le discours dominant est clair. En témoigne la façon dont la RTBF s’empare du sujet. Le mardi 8 avril, dans un article en ligne, elle donne la parole à quatre personnes: trois citoyennes qui estiment que la loi euthanasie est trop stricte. Et Jacqueline Herremans, présidente de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, qui milite de longue date en faveur de l’euthanasie.
Deux jours plus tard, La Dernière Heure consacre une page à la thématique. A gauche, un article intitulé "Les vieux sont déconsidérés". Lui fait face une interview de… Jacqueline Herremans, titrée "Il faut pouvoir refermer le livre gentiment". Le message est clair…

Riposte catholique

C’est jeudi que les évêques de Belgique décident de sortir de leur réserve. Dans un communiqué intitulé "Une société humaine opte toujours pour la vie", ils indiquent avoir découvert les propos de Luc Van Gorp "avec stupéfaction et déception". Plaidant pour "le respect fondamental de la vie humaine, et en premier lieu, celle des plus vulnérables", les évêques terminent leur court texte en indiquant que "la dignité humaine est sacrée et constitue le pilier essentiel de toute société humaine digne de ce nom".

Le lendemain, c’est Hilde Kieboom, présidente de Sant’Egidio Belgique qui réagit. "La mort ne peut pas être encouragée. Au contraire, la vie fragile doit être soutenue et protégée." Et le mouvement de condamner d’autant plus fermement la proposition qu’elle émane d’une… mutualité… chrétienne! "La mentalité purement commerciale qui se dégage de ces déclarations est en contradiction avec les bases sur lesquelles cette mutuelle doit son émergence et le nombre considérable de ses membres."

L’après-midi, une délégation de Sant’Egidio sera reçue par Luc Van Gorp. Au terme duquel "un dialogue constructif" sera signalé. Ainsi que la volonté, exprimée par les deux parties, de maintenir le contact.

Vincent DELCORPS

Catégorie : Société

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