Pierre Kroll, à la frontière entre journaliste et dessinateur


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Pierre Kroll, à la frontière entre journaliste et dessinateur
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le
5 min

Connu des francophones pour ses nombreux dessins dans des publications régulières, Pierre Kroll lève le voile sur les motivations qui l’animent. Il évoque son métier et ses envies à bâtons rompus.

"Tous les dessinateurs sont des enfants qui n’ont jamais arrêté de dessiner!", confie Pierre Kroll ©CathoBel/AT

Né au Congo en 1958, Pierre Kroll en est revenu deux ans plus tard. Pourtant, il a l’impression d’en avoir des souvenirs précis, à force d’en avoir entendu parler et d’avoir vu des objets qui venaient de là-bas. "Cela a forgé mon enfance. Il y a quelque chose qui me fait sentir que ce sont mes racines. Nous avons une espèce de rapport de famille avec le Congo; il y a un cousinage", avec notamment un même sens de l’humour. Ayant étudié l’architecture à la Cambre, à la suite de son oncle Lucien Kroll, et les sciences de l’environnement à l’Université de Liège, il a posé des choix prémonitoires. "J’ai étudié l’écologie scientifique, avec un intérêt pour l’écologie politique naissante."

Installé sur les hauteurs de Liège, dans une maison tournée à l’arrière vers la verdure, Pierre Kroll y a son antre, un bureau spacieux et lumineux. L’homme a toujours dessiné des personnages, y compris dans ses cahiers. "Tous les dessinateurs sont des enfants qui n’ont jamais arrêté de dessiner!", commente-t-il. Après avoir publié un premier dessin à l’âge de 16 ans dans une revue automobile, il accomplit son service civil dans un théâtre de marionnettes: Al Botroüle et commence à vendre ses dessins à quelques journaux. "Très vite, c’est devenu mon métier et j’ai abandonné tout le reste."

"Je suis ma propre rédaction!"

Dessinateur attitré du quotidien Le Soir et de l’hebdomadaire Ciné-Télé-Revue, Pierre Kroll éprouve "tout le temps" le syndrome de la page blanche. "Le métier est une obligation de résultat à partir de rien!", nous explique celui qui baigne dans l’information toute la journée. "Je m’en suis toujours sorti, je n’ai jamais jeté l’éponge, mais je sais que je fais des dessins moins bons que d’autres. C’est un boulet au pied. Il faut toujours trouver une idée. Par contre, j’ai une satisfaction quotidienne: celle de l’avoir fait. Ce n’est pas un métier de routine!"

Pour se plonger dans son univers, jeter un oeil sur le site web de Pierre Kroll

Pierre Kroll se réjouit de ne pas être soumis à une quelconque censure et de traiter de multiples domaines, passant des sports à la politique. Son mot d’ordre? L’actualité. "Je suis ma propre rédaction!" Toutefois, le dessinateur admet ne pas aborder certains sujets, par manque d’intérêt ou par décision personnelle, comme celle de ne jamais représenter Marc Dutroux. "Un dessin ne doit pas toujours être un avis ni une opinion. Il y a une obligation de résultat! Je ne dessine pas pour moi. Je dois donner un regard sur l’information. En tant que dessinateur de presse, je suis à la frontière entre le journaliste et le dessinateur. On ne me demande pas d’aller à la recherche d’infos ni d’être objectif, mais la manière dont j’ai vu un événement ou comment je pense qu’il faut le raconter. Je suis l’anti-journaliste parmi les journalistes." Et Pierre Kroll de partager une frustration: "Tous les gens commentent le contenu du dessin et y vont, très vite, de leur propre avis" sans relever la pertinence éventuelle de son aspect graphique ou esthétique. Et là, le dessinateur avoue une aspiration propre aux artistes: la reconnaissance de sa singularité créatrice.

Le fou du roi

Parmi les personnages imposés, il en est un qui se dégage de manière emblématique… celui du roi Albert II. "Le dessinateur de presse peut être comparé au fou du roi, comme on disait au Moyen Age. Il se moquait surtout des courtisans, mais c’était aussi le seul qui pouvait se moquer (un peu) du roi…" Des politiciens, Pierre Kroll souligne qu’il ne cherche ni à les fréquenter ni à les éviter. "Quand je dessine, je n’ai pas de couleur politique, même si je vote. On ne peut pas faire ce métier si on est trop influençable par eux." Non-bilingue, le dessinateur ne lit pas la presse flamande. "Je fais partie de ceux pour qui la Flandre est un autre pays, alors que c’est le même."

Ami de Marc Moulin, il a longtemps participé aux aventures radiophoniques du "Jeu des dictionnaires" sur La Première. "Mettre des gens qui s’amusent entre eux est la meilleure manière de faire des émissions d’humour. C’était un plaisir de bande. On travaillait beaucoup pour pondre toutes ces fausses définitions. Il y avait une générosité par rapport à l’auditeur." C’est à ce moment qu’il lance ses pastiches d’Evangile, qui ne laissent pas indifférents. Certains les abhorrent, d’autres en sont amusés. "Quand je ris de cela, je ris sur du supposé connu pour beaucoup de gens. Je renforce ce que Jésus dit, sans changer sa personne. Il n’est jamais dans un autre rôle."

Une envie de monter sur scène

Très sollicité après la publication des caricatures du prophète Mahomet et les attentats de Charlie Hebdo, il a alors l’idée de prendre la parole sur scène, afin d’expliquer son métier et faire rire avec ses dessins. Initialement conçu pour dix représentations, ce spectacle a déjà été représenté près d’une centaine de fois. "Maintenant, je raconte plutôt l’année écoulée, comme avec mes albums." Et de glisser l’envie d’un prochain spectacle "plus construit que des revues d’actualité".

L'actualité du pape inspire aussi Pierre Kroll ⤵

Fils d’un couple mixte, avec une mère engagée, catholique pratiquante, et un père laïc convaincu, il a été scolarisé entre les deux réseaux: les primaires dans l’enseignement catholique et les humanités à l’athénée, tout en allant chez les scouts à l’unité Sainte-Véronique. Lui en est resté un totem: belette rayonnante et sa philosophie résumée dans la formule "Je crois que je ne crois pas." Lui en reste aussi une boîte remplie d’images pieuses. Et de conclure, ambivalent: "Croyant ou pas, je n’ai pas peur de l’après. Je n’ai pas peur du rien, tout en ayant relativement confiance dans l’indulgence qu’il y aura à mon égard." Rendez-vous est pris dans l’au-delà.

Angélique TASIAUX

Ecoutez Pierre Kroll dans l’émission Pleins feux en podcast sur www.cathobel.be.

Catégorie : Culture

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