Le séisme provoqué par la diffusion de la série-docu Godvergeten continue de secouer la Flandre. La nouvelle réplique, dans cette saga politico-médiatique, provient du CEO de la VRT qui, dans une interview publiée ce samedi, s'est demandé si "la VRT ne devait pas, elle aussi, se faire débaptiser". Concrètement, Frederik Delaplace s'interroge sur la pertinence pour le média public flamand de continuer à retransmettre des offices catholiques. Les réactions n'ont pas manqué.


Dans une interview sans filtres ni langue de bois accordée au quotidien flamand De Standaard, Frederik Delaplace s'est penché sur le financement et les missions de la radiodiffusion publique. Abordant, dans un premier temps, des enjeux intrinsèquement télévisuels tels que la publicité télévisée, les placements de produit ou le coût des émissions, le patron de la VRT a ensuite été interrogé sur l'affaire du moment : la série Godvergeten.
S'il reconnait que des doutes ont entouré la création du documentaire, "comme cela arrive avec beaucoup de programmes", il affirme n'avoir subi aucune pression de l'extérieur. Du moins pas avant la diffusion. Car, aujourd'hui, "beaucoup de téléspectateurs et d'auditeurs nous demandent pourquoi nous continuons à dépenser de l'argent pour diffuser des cultes catholiques", confie-t-il.
Le patron de la télévision publique avoue que c'est une question qu'il s'est lui-même posée après la diffusion de Godvergeten : "La VRT doit-elle elle aussi se faire débaptiser ?" Dans cette optique, il s’interroge sur la pertinence pour le média public flamand de continuer à retransmettre des offices catholiques : "Après tous ces remous dans la société et la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire, peut-on encore se résoudre à fermer les yeux l'espace d'un instant le dimanche à dix heures ?" "Le débat doit être mené", conclut-il.
Le sort des messes à la télévision est-il bientôt scellé chez nos voisins du Nord ? Pas si sûr quand on voit l'ampleur des réactions que ces propos ont suscité les dernières heures.
Des réactions de tout bord, même depuis la maison VRT
"La VRT a un rôle à jouer", estime Benjamin Dalle
La première réaction, et non des moindres, a été celle du Ministre flamand des Médias, Benjamin Dalle. Toujours dans De Standaard, il a déclaré ne pas vouloir de décisions hâtives dans ce domaine : "Cela nécessite un débat approfondi sur la manière dont le culte, la religion et la spiritualité ont leur place sur la VRT. La VRT a un rôle important à jouer à cet égard."
"N'oublions pas non plus que la retransmission du culte le dimanche reste un point de repère pour beaucoup de gens", estime le Ministre de tutelle. "Il s'agit souvent de personnes plus âgées et moins mobiles. Nous ne devons pas les perdre de vue. Il y a aussi beaucoup de personnes engagées et actives au sein de l'Église catholique qui n'ont rien à voir avec les abus. De plus, l'éventail des cultes sur la VRT est plus large que les seuls cultes catholiques".
La messe à la radio publique est "une forme de discrimination", pense ce philosophe
Cette dernière phrase prononcée par Benjamin Dalle, "l'éventail des cultes plus large que les seuls cultes catholiques", est loin d'être un avis partagé par le philosophe moraliste Patrick Loobuyck. Invité en radio ce dimanche matin, il a au contraire fustigé la VRT pour son traitement "déséquilibré" et "inégal" des offices religieux qui, selon lui, favoriserait l'Eglise catholique.
"À la radio, seule l'eucharistie catholique est diffusée", a déclaré Patrick Loobuyck. "Les personnes d'autres confessions n'ont droit à rien. En fait, il s'agit d'une forme de discrimination." Il est vrai qu'actuellement, la VRT diffuse le culte catholique tous les dimanches à 10 heures sur Radio 1, tandis qu'à la télévision, la messe est diffusée tous les quinze jours le dimanche matin.
Si le philosophe admet constater un peu plus d'équilibre entre les conceptions philosophiques à la télévision, il estime néanmoins que le traitement n'est "pas encore assez équilibré".

Réaction de Geert De Kerpel
"La remise en question de la diffusion des cultes sur la VRT fait froncer les sourcils", réagit Geert De Kerpel, porte-parole de la conférence épiscopale. "Les dizaines de milliers de téléspectateurs et d'auditeurs fidèles vont-ils donc être punis pour ce qui ne relève en rien de leur responsabilité ? Et il est évident qu'ils sont aussi fâchés, indignés et déçus que n'importe qui d'autre".
Retrouvez sa réaction complète sur Kerknet.
Ça réagit aussi sur les réseaux sociaux :
Gaan we dan ook geen sportwedstrijden meer capteren want ook daar grensoverschrijdend gedrag?
— Phara de Aguirre (VRT) (@PharaVrt) October 14, 2023
↪️ La journaliste-phare de la VRT, Phara de Aguirre, s'interroge : "Allons-nous également cesser de filmer les compétitions sportives en raison des comportements indésirables qui s'y produisent ?"
“Moet de VRT zich ook laten ontdopen? VRT-ceo stelt eucharistieviering op openbare omroep in vraag.” Hopelijk is er nog plaats voor pluralisme in Vlaanderen. Hun geloof is en blijft veel mensen dierbaar, ook al komen ze minder aan het woord in de media.
— Rik Torfs (@torfsrik) October 14, 2023
↪️ Rik Torfs, professeur de droit canon et ancien recteur de la KUL : "Il faut espérer qu'il y ait encore de la place pour le pluralisme en Flandre. La foi est et reste chère à beaucoup de gens, même si les médias leur accordent moins d'attention."
Clément Laloyaux (avec De Standaard et Kerknet)

